Les derniers jours des fauves par Jérôme Leroy

La manufacture de livres – 440 pages – 2 février 2022 – 9782358878302

Thriller politique, uchronie, roman noir, comme souvent avec Jérôme Leroy, ce nouveau roman est inclassable. Dans la lignée de Le Bloc, Les derniers jours des fauves, nous racontent la vie politique française d’une « dimension parallèle »… ou pas… Toutes ressemblances avec des personnes ou situations existantes ne seront que des vues de vos esprits.

2017, à la surprise générale et à l’issue d’un second tour aux résultats très serrés, Nathalie Séchard, du mouvement politique Nouvelle Société, créé spécialement pour elle, est élue présidente de la République et a évité de peu de voir le pays sombré aux mains du Bloc Patriotique.

Seulement, cinq années ont passé. Usée par ce mandat, la sexagénaire, mariée à un homme plus jeune qu’elle d’un quart de siècle, décide de se retirer de la vie politique et d’enfin profiter des quelques années d’un bonheur égoïste qu’elle est en droit de réclamer.

Au sein du gouvernement où se sont retrouvés élus de gauche et de droite, jeunes loups et vieux lions, une guerre de succession gronde. Dans un contexte de pouvoir affaibli par les crises successives, Gilets Jaunes, sanitaire, climatique, Manerville, le ministre écologiste et Beauséant, le très à droite ministre de l’Intérieur, vont s’affronter dans un combat qui dépassera l’arène politique.

Jérôme Leroy use ici de tous ses talents pour nous offrir un roman qui, en plus de nous donner un intense plaisir de lecture, nous donne matière à réfléchir sur le fonctionnement de notre société, celle que l’on conforte à chaque élection, tant ne nous reste que, depuis trop longtemps, le choix entre le moins pire des deux.

Derrière sa plume qui fait mouche, aiguisée par son regard sur la société, derrière ses bons mots et le déguisement de ses personnages, sa mise en scène et les nombreux clins d’œil aux lecteurs, Leroy, génie poétique et littéraire, nous livre un roman bourré d’humanité. Ici, même les personnages les plus sombres, ont une part de bon en eux. Ils ne sont que des hommes et des femmes qui savent aussi à côté des rivalités, trahisons, mensonges, des renoncements, faire preuve d’amour, d’amitié, de fidélité. La politique n’est que le reflet de ceux que sont les Sapiens.

Les derniers jours des fauves sera parmi les plus grands romans de l’année à n’en pas douter. La période préélectorale est le décor parfait pour se plonger dans cette fiction. Un seul conseil, foncez chez votre libraire, achetez ce roman et même les autres de Leroy (y compris les romans jeunesse), on ne peut que ressortir plus intelligent de ces lectures.

Petit clin d’œil à Jérôme avec la dernière strophe d’un poème de Bernard Dimey, Fredo du recueil Poèmes voyous :

A côté des r’quins d’la finance
et des crabes du gouvernement
De ces tarés qui règn’en France
à grands coups de gueul’d’enterr’ment
A côté d’tout’ces riches natures
qui nous égorgent à coups d’grands mots
à côté d’tout’cett’ pourriture
i’n’était pas méchant, Frédo.

Pour tous les commentateurs des réseaux sociaux et autres… Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire On arrive au sommet de l’imbécillité…

Un immense merci à Pierre Fourniaud et l’équipe de La Manuf’ et à Jérôme, mes amitiés camarade.

Le site de la Manufacture de Livres : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/215/leroy-jerome-les-derniers-jours-des-fauves

HMS BEAGLE, aux origines de Darwin par Fabien Golleau et Jérémy Royer

Dargaud – 176 pages – 31 août 2018 – 9782205077063

Le récit fabuleux et romancé du voyage de Charles Darwin. Une aventure à la source de nombreux bouleversements qui changeront le cours de la science.

Plutôt que de nous proposer une biographie classique de cet éminent homme de science que fut Charles Darwin, Jérémie Royer et Fabien Grolleau ont choisi d’adapter à leur manière le récit autobiographique Voyage d’un naturaliste autour du monde de Darwin. S’attarder sur le périple à l’origine de l’homme qui donnera un éclairage nouveau sur nos origines est astucieux et nous offre les clés pour comprendre comment celui qui était destiné à devenir pasteur a introduit le principe d’évolution des espèces.

Les deux auteurs n’en sont pas à leur coup d’essai puisqu’ils avaient déjà réalisé le très bel album graphique Les Ailes du monde, Audubon, le peintre naturaliste. De nouveau, ils font preuve d’un remarquable travail documentaire. Les qualités graphiques notamment les paysages, la faune et la flore, que subliment les couleurs utilisées, nous offre des planches devant lesquelles nous nous surprenons à passer de longues minutes de contemplation.

Au-delà du côté plaisir procuré par cet ouvrage, le côté documentaire nous alimente en connaissance et éveille en nous de nombreuses questions sur la réception de ces découvertes par les sociétés très religieuses de l’époque. Aujourd’hui encore, certaines communautés remettent en cause la théorie darwinienne et le succès de livres comme Dieu – la science et ses preuves de Bolloré et Bonnassies sont la preuve que dans le débat public subsistent beaucoup de questions.

Embarquez avec Darwin à bord du His Majesty Ship Beagle et profitez de ce génial voyage pour vous faire votre opinion.

Le site des éditions Dargaud : https://www.dargaud.com/bd/hms-beagle-aux-origines-de-darwin-bda5154570

Nos vies en flammes par David Joy

Sonatine – 352 pages – 20 janvier 2021 – 9782355847301

Prenant comme décor les Appalaches en feu, David Joy, à travers le combat de Ray Mathis, un garde-chasse retraité et veuf, nous dépeint une sombre société américaine. Joy nous prouve ici, qu’il est le maître du roman noir contemporain américain.

Raymond Mathis, occupe ses journées à lire, à s’occuper de son terrain et aide la communauté. Veuf, il n’a plus qu’un fils, un toxicomane qui a, depuis trop longtemps, sombré dans la drogue. Il faut dire aussi qu’il est presque plus facile de s’en procurer que d’aller faire ces courses dans cette région dévastée par la misère sociale, vidée de ses ressources souterraines et où même la forêt a été pillée. Seulement avec le départ de toutes les entreprises destructrices et où le chômage bat des records, seul le tourisme culturel apporte un peu de richesse. Pour cela les Cherokees se retrouvent à transformer leur Histoire, leurs traditions en vulgaire marchandises monnayables. On ne peut que faire le parallèle entre Ray et son territoire, tous deux condamnés à vivre au jour le jour, sans véritable espoir d’un lendemain heureux. Ray sait même que son fils décédera à cause des opioïdes. Juste, il ne sait pas quand.

Dans le décor des Appalaches dévorées par la drogue et en proie aux flammes qui les encerclent et génèrent un nuage de cendres qui les recouvre comme pour mieux les étouffer, Joy se fait le conteur de ses âmes égarées. Peu d’auteurs maîtrise aussi bien la poésie des mots pour, raviver la lumière au plus profond de ce que notre société a de plus sombre.

Oui, quand tout espoir semble perdu, des âmes se dressent pour balayer les tâches qui abîment nos vies. Comme Ray, qui en se relevant contre ceux qui inondent ses montagnes de poisons chimiques essaiera de garder un lien avec son fils et de laisser un peu de bien au milieu des cendres.

Ce quatrième roman de David Joy et incontestablement le meilleur. Il écrit avec passion, amour pour cette région où il vit et écrit. Dans Nos vies en flammes, il s’intéresse au fléau de la drogue dont il a déjà parsemé des récits mais, cette fois, il y ajoute l’histoire de ce territoire avec les Cherokees. Ce roman noir est également le plus polar avec une immersion dans une mission d’infiltration de la DEA.

Lire du David Joy est à chaque fois un chamboulement émotionnel tant il arrive à donner à ses personnages une profondeur et un réalisme. Et, ce qu’ils soient bons comme Ray ou perdus comme Ricky ou Denny.

L’Amérique qui a élu Trump est en partie, celle décrite par David Joy. Soit on moque ces millions d’électeurs, soit on cherche à comprendre pourquoi. Les médias ont choisi la moquerie, à nous lecteurs de découvrir cette Amérique rurale qui n’est pas sans rappeler la France « périphérique ».

Pour mieux connaître la Caroline du Nord
Le site des éditions Sonatine : https://www.lisez.com/livre-grand-format/nos-vies-en-flammes/9782355847301

Le Droit du sol par Étienne Davodeau

Futuropolis – 216 pages – 06 octobre 2021 – 9782754829212

Une BD-Documentaire nous racontant un pèlerinage écologique, engagé, celui de l’auteur qui nous interroge sur les traces laissées aux futures générations.

Été 2019, Étienne Davodeau entreprend un voyage pédestre long de près de 800 km entre Cabrerets dans le Lot et Bure dans la Meuse. Plus précisément entre la grotte du Pech Merle, refermant des œuvres d’art pariétales âgées de 25 000 ans pour les plus anciennes et le site d’enfouissement de déchets nucléaires, issu du projet Cigéo.

À travers plus de 200 planches, l’auteur alternera entre récit pédagogie, rencontres avec des proches ou mises en scène de rencontres antérieures au voyage, anecdotes de randonneurs et splendides paysages traversés. Le tout traversé par une grosse dose d’engagement et de partialité. Ce manque d’équité est tout à fait assumé par Davodeau.

Des questions, nous nous en posons à notre tour du début à la fin de ce récit graphique et, une fois la lecture terminée, nombre d’entre elles restent. Davodeau ne cherche pas à nous donner réponse à tout, d’ailleurs existent-elles, les solutions magiques ? Le dessinateur-randonneur, nous donne des clés de compréhension de la délicate gestion de nos déchets nucléaires que nos gouvernants ont choisis de cacher sous le tapis meusien.

Nos ancêtres nous ont légué de magnifiques témoignages de leur vie et nous, nous laissons aux générations futures le soin de gérer les déchets que notre mode de (sur)consommation génère.

Bravo à Étienne Davodeau d’avoir réalisé ce pèlerinage et de nous le restituer aussi joliment. Que vous soyez pro ou anti-nucléaire, lisez ce roman graphique. Aucune recette miracle n’existe et les arguments de chacun sont bien souvent recevables. Essayons déjà, ensemble de réduire nos consommations, de respecter notre planète et les vivants. Nous avons tous notre part de responsabilité.

Le site des éditions Futuropolis : https://www.futuropolis.fr/9782754829212/le-droit-du-sol.html

Après nous le déluge par Yvan Robin

Editions In8 – 240 pages – 21 septembre 2021 – 9782362241260

Une claque, pour ne pas dire un uppercut qui vous sonne complétement. Après nous le déluge est un roman inclassable d’une profonde noirceur percée par une lumineuse poésie.

Beaucoup de romans nous marquent même si quelques-uns s’installent en nous pour toujours. Chaque année, dans la quantité extraordinaire de romans publiés, quelques pépites coexistent et parfois même certains sont prodigieux. Souvent, les romans se ressemblent. Des chefs-d’œuvre, il y en a si peu et pas tous les ans. Après nous le déluge en est un. Le roman de la maturité comme nombre de critiques aiment à les qualifier. Un roman écrit avec les tripes et dans lequel l’auteur ne s’interdit rien, je dirais.

Anticipation, post-apocalyptique, roman d’aventure, roman épique, roman noir, social, ce récit poétique, une Odyssée écologique ne rentre dans aucune case, il les coche toutes. L’auteur ne rend pas seulement hommage aux grands textes fondateur de la littérature, il a l’audace de s’inscrire dans leurs pas.

Et, pour cela, il ose tout, même emprunter au premier livre de la Bible sa temporalité. En effet, Yvan Robin nous relate son apocalypse en sept jours qui verront la nuit envahir les jours, les pluies s’abattre sur ce qu’il reste de terre, la Lune, les étoiles s’éteindre et les animaux disparaître avant les Hommes.

Dans la fiction contemporaine, la crise écologique est de plus en plus présente. Nombre de romans, de films, d’œuvres artistiques s’en emparent même certains politiques, rappelons-nous, par exemple, en 2002, le président Chirac prononcait à Johannesburg la fameuse phrase « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Beaucoup plus d’actualité, le film Don’t look up d’Adam McKay avec Leonardo DiCaprio où des scientifiques tentent de prévenir de la fin du Monde. La sonnette d’alarme est tirée, on s’échine encore à la faire sonner plus fort mais, dans le brouhaha médiatique, le transfert d’un joueur de foot fait plus de bruit qu’un rapport du GIEC. Yvan Robin n’écrit pas une énième sommation, il nous dépeint Le Déluge, celui provoqué par l’Homme, espèce destructrice.

Au milieu de ce décor grandiose, terrifiant, de cette nuit qui nous semble alors éternelle, luisent encore quelques étoiles. Feu-de-bois, jeune adolescent débordant de vie et son père suicidaire. Dalila, la camarade de Feu-de-bois ou Lilu, cette jeune femme qui tente vaille que vaille de sauvé son Kamishibaï, théâtre d’images japonais, peut-être le seul vestige de la création artistique humaine.

L’auteur utilise une quantité incroyable de matière pour donner du corps à son récit. Un peu comme s’il réunissait à travers son roman, tout ce qui fait les êtres que nous sommes. Transformant son histoire en arche de Noé de l’humanité. Pour nous happer et nous faire jouer un rôle, nous lecteurs, habitués à être de simples spectateurs, il utilise pour le fils, une narration à la première personne, nous accrochant à lui au milieu du chaos. Pour le père, en revanche, il utilise la deuxième personne du singulier, créant plus de distance avec lui mais, nous permettant de prendre du recul et nous offrant un temps nécessaire à la réflexion. Cette réflexion, nous suivra longtemps après avoir refermé ce livre.

Merci Yvan, de partager avec nous, ce talent immense qui donne une puissance incroyable aux mots. Merci également à Josée Guellil et aux éditions In8, de publier des œuvres aussi profondes et poétiques.

N’est-ce que de la fiction ?

Le site des éditions in8 : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/926-apres-nous-le-deluge

Widjigo par Estelle Faye

Albin Michel – 256 pages – 29 septembre 2021 – 9782226457431

Estelle Faye, nous promène, avec Widjigo dans un Terre-Neuve historique où se mêlent habillement, aventure, horreur et fantastique.

1793, la terreur en France permet la chasse aux aristocrates, symboles de l’ancien monde, celui de la monarchie. Jean Verdier, jeune officier doit donc arrêter Justinien de Salers, un marquis vieillissant retranché dans une tour. Seulement, c’est gonflé de compassion pour ce vieil homme réputé pour le bien qu’il a fait autour de lui que le lieutenant se voit contraint d’accepter cette mission. C’est pourquoi, quand le vieux noble lui demande en échange de sa reddition d’accepter de l’écouter lui conter une histoire, son histoire, il ne peut refuser.

Dans une ambiance angoissante, comme connaissent les côtes bretonnes, battues par la pluie et le vent, l’aristocrate se lance dans un récit de l’autre côté de l’Atlantique, dans le nouveau monde. En effet, il y a près de 40 ans, alors jeune homme, le marquis se trouvait en Acadie et a vécu une aventure marquante sur l’île de Terre-Neuve sur laquelle lui et ses compagnons se sont échoués. Les survivants feront face, alors qu’ils cherchent à retrouver la civilisation, à de nombreux dangers inexpliqués teintés de surnaturel, de la mythologie des indiens algonquiens.

Dans ce roman, récit dans le récit, l’angoisse ressentie est accentuée par ces deux lieux parallèles, où se déroule l’histoire, le logis du marquis et l’île encore sauvage. Vient se greffer une galerie de personnages portants chacun leur part d’ombre et de mystère.

Estelle Faye fait preuve d’une habilité maîtrisée pour mélanger les genres, casser les codes tout en les respectant, pour inscrire dans un contexte historique plausible, une aventure aux notes fantastiques subtiles afin de rendre ce roman accessible à tous. Amateurs de littérature de l’imaginaire ou non. Passé le prologue un tantinet longuet, il devient difficile de ne pas être absorbé totalement par le récit. Au long de cette lecture, sans cesse dans votre tête résonne cette question : le Widjigo n’est-il pas en chacun d’entre nous ?

J’ai lu ce roman qui traînait dans ma PAL depuis trop longtemps à l’occasion du Prix Imaginales des Bibliothécaires 2022 dont il fait partie de la sélection. Félicitations à Estelle Faye qui a su séduire le jury avec ce roman dont la magnifique couverture est signée Aurélien Police.

Pour découvrir l’exploration des terres canadiennes.

Le site des éditions Albin Michel : https://www.albin-michel-imaginaire.fr/livre/widjigo/

La conférence par Mahi Gand

Dargaud – 128 pages – 21 janvier 2022 – 9782205089776

Un roman graphique magnifiquement illustré d’après une nouvelle de Franz Kafka. L’histoire d’un singe devenu Homme.

Mahi Grand nous propose son adaptation d’une nouvelle de Franz Kafka Rapport pour une académie qui n’est pas sans rappeler La Métamorphose. Sauf qu’ici, l’histoire nous est contée par un narrateur qui a quitté sa condition simiesque pour devenir un humain. Une théorie de l’évolution en accélérée.

Cette théorie de l’évolution, de tout temps a été objet de débats surtout depuis qu’elle est devenue Darwinienne et même de nos jours encore elle crée des polémiques et certains s’en tiennent encore à des théories plus religieuses que scientifiques.

Dans cette œuvre, à travers le discours devant l’Académie des sciences de ce personnage devenu humain, il n’est point question de science ou de religion, mais plutôt de philosophie, l’auteur interroge sur la condition de l’Homme car, le singe pour survivre dans notre monde s’est adapté et a imité l’Homme.

Cette adaptation graphique apporte un regard neuf et avec ses graphismes aux sublimes couleurs, renforce l’univers kafkaïen. Les pages s’admirent et invitent à la contemplation, ce qui nous laisse le temps de réfléchir à cette humanité souvent bestiale.

La Conférence est un joyau graphique dont la lecture nous déconcerte et nous démontre une nouvelle fois qu’une œuvre écrite il y a plus d’un siècle peut poser des questions très actuelles.

Un grand bravo à Mahi Gran pour cet album graphique qui fascine et interroge. Merci aux éditions Dargaud et à Netgalley France pour cette découverte.

Une adaptation théâtrale

Le site des éditions Dargaud : https://www.dargaud.com/bd/la-conference-bda5395340

Villebasse par Anna de Sandre

La Manufacture de Livres – 224 pages – 19 août 2021 – 9782358877800

Une ville sombre aux habitants sans avenir, contée par une plume poétique aussi lumineuse que cette Lune bleue, fantastique, mystérieuse, accrochée dans le ciel de Villebasse.

Anna de Sandre, nous entraîne avec son premier roman, dans une lecture déroutante, mais captivante. En à peine plus de deux cents pages et trente-sept chapitres, elle nous dépeint une ville et une vingtaine de ses habitants. Cette ville, personnage principal du roman, engoncée dans une vallée dont seule dépasse cette fameuse Lune bleue, ressemble à tant de villes que nous connaissons, dévastée par la fermeture d’usines, oubliée des projets d’envergure au profit d’autres. Ces villes où seuls errent des habitants qui ne font que survivre, parfois rejoints par des personnes qui arrivent là par hasard. Ces communes souvent rurales que l’on connaît tous, du Nord au Sud, de la Bretagne au Grand-Est.

Cette ville, Villebasse, c’est Le Chien qui nous la fera découvrir. Arrivé lui aussi par hasard, il est dénué de maîtres et va de maison en maison, traversant quartiers et rues. Le seul point central où se retrouve régulièrement de nombreux personnages est Le ventre de l’ogresse, un bar. Les personnages multiples sont tous différents, mais ont en commun une absence de joie dans leur vie, tantôt en proie à des névroses familiales, tantôt victime de la crise économique. Anna de Sandre, à travers ce voyage onirique et poétique dépeint celle qui est souvent qualifiée de France périphérique. Cette France oubliée des politiques entre chaque élection et qui ne fait parlait d’elle en général qu’avec des drames intéressants les médias.

Cette lecture est relativement perturbante tant les premiers chapitres nous perdent dans ces rues froides, enneigées où il nous est impossible de trouver un fil conducteur. C’est d’ailleurs à cette occasion que la magie de la prose de l’autrice opère le plus et nous incite à aller plus loin, pour rapidement nous emballer totalement. N’ouvrez pas ce livre si vous n’avez pas un vrai temps de lecture devant vous.

Je remercie La Manufacture de Livre, Marie-Anne Lacoma et Pierre Fourniaud pour m’avoir permis de découvrir ce roman que je relirai certainement, chose rare, tant il possède de mystères à explorer.

Cette formidable équipe de la Manuf’ en parle bien mieux que moi (à partir de 4’11)

Le site de La Manufacture de Livre : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/207/de-sandre-anna-villebasse

Brutalisme par David Le Golvan

Éditions sans crispation – 216 pages – 2 octobre 2021 – 9791095024064

Une immersion au centre de l’esprit d’un homme, éprit de doutes, de questionnements, de folie. Une œuvre brutale nous offrant un voyage littéraire perturbant.

Le brutalisme, mouvement architectural à vocation sociale, prônant une forme d’égalité mêlée à une simplicité, un état brut, sans ornements sied à ce roman de David Le Golvan tant sur le fond que sur la forme. En effet, le personnage principal et narrateur de cette histoire est un architecte, Rodolphe, travaillant à la rénovation d’un quartier populaire, difficile, sensible comme il est politiquement correct de les qualifier et, sous la plume de l’auteur, le récit se veut direct, concis, sans trop d’effets de style.

Rodolphe donc, est le cadre supérieur typique de notre société. Il est marié, papa, installé, patron-associé. Il a l’impression d’œuvrer au bien-être commun en rénovant des quartiers défavorisés, en considérant, les besoins des habitants, en valorisant le vivre ensemble. Seulement lors de l’inauguration de son dernier projet, l’Ammonite, des locataires remontés, débarque et le prennent à partie devant le gotha local présent.

C’est alors que comme un boxeur K.O., groggy, l’architecte nous donne l’impression que son esprit s’envole, la scène devient floue, le temps s’arrête. Petit-à-petit, nous, lecteurs, sommes transformés en spectateurs de l’activité cérébrale de Rodolphe qui remet en question son existence.

Alors que la lecture des premières pages nous paraît presque ennuyeuses, nous sommes frappés brutalement par ce basculement dans le cœur du récit, ce quasi-monologue du narrateur et dès ce moment, il devient difficile de reposer le livre. Accentué par les paragraphes et chapitres courts, le rythme de lecture s’accélère et nous avalons ainsi les pages jusqu’à la dernière.

Les thématiques abordées à travers le cheminement de Rodolphe, trouvent, au moins en partie, échos chez tous les lecteurs, nous ne ressortons pas indemnes de ce récit.

Un grand merci aux éditions sans crispation pour ce roman.

Le site de l’éditeur : https://sanscrispation-editions.fr/produit/brutalisme-david-le-golvan/

Ladies with guns – T1 par Olivier Bocquet et Anlor

DARGAUD – 64 pages – 14 janvier 2022 – 9782205087338

Un western avec des flingues, du sang, de l’alcool et tout ce qui compose ce genre. Mais surtout porté par une équipée féminine qui nous rappelle Beatrix Kiddo dans Kill Bill.

Le décor du western est bien présent dans cet album qui commence par une attaque de coyotes sur une jeune fille enfermée dans une cage d’acier et qui sera sauvée par une femme armée d’une carabine et qui devra bientôt affronter une indienne qui la tient en joue avec son arc. En quelques planches, nous sommes tout de suite dans l’ambiance violente dont fut teintée la colonisation américaine.

Seulement ici, pas de John Wayne, même si les hommes sont bien présents. D’ailleurs ils n’ont pas toujours le bon rôle même si cela, par leurs comportements, ils l’ont bien cherché.

Dans ce premier tome de ce qui pourrait être le commencement d’une nouvelle série, la mise en place du décor n’occulte en rien l’action. Les scènes parfois très violentes sont surtout rythmées et les dessins servent parfaitement un excellent scénario. Mais tout cela ne serait rien sans ces femmes que rien ne prédisposait à se rencontrer et qui fasse aux évènements se montreront bien plus fraternelles que des hommes.

Ladies with guns est un vrai bon moment de lecture pour lequel je remercie les éditions Dargaud et NetGalley. Quant à Olivier Bocquet et Anlor, je ne souhaite que découvrir de nouveau le fruit de leur travail collectif.

Le site de l’éditeur : https://www.dargaud.com/bd/ladies-guns/ladies-guns-tome-1-bda5370410

La bande-annonce :

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