Alphonse par Akli Tadjer

JC Lattès – 180 pages – 24 août 2005

Début des années 2000, Mohamed arrive au Terminus Nord, cette brasserie en face de la Gare du Nord, au subtil mélange architectural entre Art Déco et Art Nouveau. Il doit y retrouver sa cousine Juliette, qu’il n’a pas vu depuis quatre décennies afin de lui remettre des lettres, retrouvées à l’occasion du déménagement de sa maman. Il la voit, la reconnait, enfin presque… Il s’assoit, l’observe de loin et se replonge dans ses souvenirs où il nous entraîne un été au milieu des années 60, en plein bassin minier alors qu’il y était devenu Alphonse

Un prénom plus « français » pour cet enfant né en France, mais de parents nés en Algérie et dans cette petite ville proche de Lens, sa famille puisqu’il s’agit de sa tante Jeanne et son oncle Sala qui par volonté de s’intégrer à gommé le H qui complétait son prénom, ne veulent pas faire de vagues… À Annay, on n’aime pas les étrangers. Et en plus il y a déjà les Polonais, ceux qui sont venus sacrifier leurs poumons dans les mines et qui sont parfois Juifs. Alors les arabes non !!

Akli Tadjer, romancier de l’authentique, nous narre ici, une chronique du racisme ordinaire, sans jugement moralisateur, il fait toujours preuve d’une incroyable justesse. Il nous décrit la bêtise ordinaire que font preuves ceux qui, souvent par manque d’instruction, n’acceptent pas chez l’autre, la différence. Dans ce tableau familial, l’oncle Sala, renie ses origines par manque de courage, la tante Jeanne, pleine d’amour, veut cacher Mohamed par bienveillance à son égard, leur fille, Juliette, à moitié de sang Algérien, amouraché d’Edouard, blouson noir, bête à manger du foin est contre tout ce qui vient d’ailleurs. Et dans ce petit milieu villageois, seul Théo d’origine polonaise et Annabelle, la sœur d’Edouard ont l’air d’apprécier Alphonse pour ce qu’il est, un jeune adolescent, un peu mytho.

Alphonse, est un condensé de plaisir, dans ce récit se mêlent habillement les émotions. Nous passons régulièrement de scènes tendres à de franches rigolades avec toutefois, en toile de fond, Mohamed adulte, qui derrière sa nostalgie, se demande vraiment ce qu’il fait là, dans cette brasserie à observer Juliette et Edouard… Comme le chante si bien Maxime Le Forestier : On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. On choisit pas non plus les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher.

À la découverte du bassin Lensois des années 60…

La page de l’éditeur : https://www.editions-jclattes.fr/livre/alphonse-9782709627320/

La page de l’auteur sur Babelio : https://www.babelio.com/auteur/Akli-Tadjer/5622


Terrienne par Jean-Claude Mourlevat

Gallimard Jeunesse – 416 pages – 12 septembre 2013

Terrienne, est un inclassable roman de Jean-Claude Mourlevat, lauréat du prix Astrid Lindgren considéré comme le Nobel de la littérature jeunesse. Roman à la fois d’aventure et d’enquête, également dystopie sur fond de philosophie, roman accessible aux jeunes lecteurs de 12-13 à 120 ans, il n’entre dans aucune case mais, a toute sa place chez les bibliophiles.

La jeune Anne, une presque adulte de 17 ans, partira à la recherche de sa sœur ainée, disparue peu après son mariage avec un étrange bonhomme, Jens. Après avoir reçu un étonnant message de Gabrielle, elle s’aventurera sur une route de campagne qui, l’emmènera dans un monde parallèle, aseptisé, totalitaire où la respiration est bannie. Cette dystopie écrite il y a près de dix ans résonne presque aujourd’hui de manière prophétique. Elle entraînera avec elle, un attachant vieux monsieur, Etienne, veuf de Madeleine, retraité, mais écrivain qui verra là, une façon de plonger dans l’imaginaire de ses romans.

C’est là, une grande partie de l’intérêt de ce très bon roman, la place de l’irréel, du fantasmé dans notre réalité. Car, notre Terrienne, Anne, se retrouve confrontée à cette civilisation, une espèce plus très humaine, mais étrangement proche de nous, réduite à une forme d’esclavage et où les femmes capturées sur Terre ne deviennent que des objets de reproduction. Ce monde parallèle, nous fait obligatoirement penser à Atwood, Orwell, les maîtres de la dystopie.

Avec beaucoup de talent, l’auteur, nous conte ce monde terrifiant, mais passionnant. Il nous offre une parenthèse de réflexion sur nos imperfections qui nous rendent si uniques tout en nous capturant dans un récit rythmé que l’on ne lâchera plus. Un grand roman qui donne envie de lire tout Mourlevat.

Terrienne a été écrit dans l’ambiance envoutante de la musique de Philip Glass… et si vous le lisiez en écoutant ce génie de la musique minimaliste…

Le site de l’éditeur : https://www.onlitplusfort.com/livres/terrienne/

Le site de Jean-Claude Mourlevat : https://www.jcmourlevat.com/

Fucking Melody par Noël Sisinni

Jigal éditions – 232 pages – 20 mai 2021

C’est fou comme les choses qu’on a jamais imaginé peuvent vite devenir familières.

Cet extrait que l’on retrouve à plusieurs reprises dans ce premier roman de Noël Sisinni, traduit à la perfection ce que l’on ressent devant ce récit, car très vite, nous sommes pris d’affection par les personnages au premier rang desquels Fiorella, « Fio » comme elle aime se faire appeler, suivie de près par Soline, clown et musicienne de génie ainsi que son compagnon Boris, talentueux dessinateur de BD puis, le Professeur Antoine Marsac, médecin empli d’humanité, se battant quotidiennement face à la maladie et la mort, frappant au hasard les enfants et adolescents soignés dans sa clinique. Très vite, au gré des phrases couchées sur les pages, dont les véritables punchlines de Fio, nous tombons également sous le charme de la plume de l’auteur, teintée de beaucoup d’esprit, parfois drôle, souvent tendre. Le tout nous est offert à un rythme infernal, page turner digne des romans des meilleurs spécialistes du genre.

Dans Fucking Melody, Noël Sisinni se fait chef d’orchestre de cette putain de mélodie, celle qui gronde au loin et telle la foudre, frappe au hasard, d’abord sur Fio, qui du haut de ses quinze ans se découvre rongée de l’intérieur par une saloperie de crabe qui l’empêchera surement de voir ses seize ans et de connaître la vie et l’amour. Par ricochet, elle entraînera avec elle, Soline l’ancienne toxicomane et surtout Boris, sur qui elle jette son dévolu, potentiel amant et futur otage de sa cavale infernale mais, c’est fou comme les choses qu’on a jamais imaginé peuvent vite devenir familières.

Les éditions Jigal ont encore déniché une pépite avec Noël Sisinni. Un grand bravo à ce dernier et un grand merci à Jimmy Gallier pour cet excellent opus doté d’une très belle couverture.

Comme Soline, ils apportent de la joie à ces enfants malades … Merci à eux.

Le site des clowns de l’espoir : https://lesclownsdelespoir.fr/

Le site de Jigal : http://polar.jigal.com/?page=liens&p=264

Le fils du professeur par Luc Chomarat

La manufacture de livres – 285 pages – 19 août 2021

Avec beaucoup de talent, de magie, aidé d’une sublime plume, Luc Chomarat, nous raconte l’enfance, de la maternelle au passage à l’âge adulte à travers les années 60 et 70.

Roman autobiographique ? Fiction ? Certainement un peu des deux, une autofiction comme l’aurait qualifié Serge Dubrovsky. Luc Chomarat écrit à la première personne, le personnage principal est né comme l’auteur en Algérie française, à Tizi-Ouzou, seulement, dans ce roman, jamais l’écrivain, ne dévoile un nom ou un prénom qui lèverait le voile sur ce mystère. Néanmoins, ce roman, par son authenticité ne triche pas et chaque lecteur, se retrouve plus ou moins dans Le Fils du professeur, qu’il soit né dans ce début de seconde moitié du XXe siècle ou pas.

La lecture de ce récit nous offre une pause, une parenthèse magique et inattendue qui fait un bien fou. Ce retour en arrière, dans un monde où le téléphone n’est pas un prolongement de notre anatomie et où internet n’existe pas, nous permet de nous déconnecter. De plus, la sensation permanente d’être sur le fil très fin qui sépare la réalité de l’imaginaire nous engloutit, on lâche prise avec le réel et retombons en enfance, cette nostalgique période d’insouciance.

Ce roman, écrit avec une grande justesse, nous évite de tomber dans le piège du « c’était mieux avant ». Il ne véhicule pas de jugements sur un monde différent de celui dans lequel nous vivons et élevons nos enfants aujourd’hui, contrairement aux procès médiatiques d’une bienpensance actuelle permanente jetant l’opprobre sur les travers de notre Histoire.

Le Fils du professeur est un merveilleux cocktail de tendresse, de nostalgie, d’humour et d’amour face auquel, nous sommes spectateurs de la transformation d’un jeune enfant en adulte, nous renvoyant en écho, toutes les questions que nous nous posions également et auxquelles, même aujourd’hui, nous n’avons pas forcément trouvé les réponses.

« Je crois que tout le monde joue au flipper parce que c’est une assez jolie métaphore de l’existence : on ne récupère jamais sa mise de départ, et aussi habile qu’on soit, on est toujours perdant. Et pourtant, quand toutes les lumières s’allument, quand les compteurs tournent et que les parties claquent, il y a toujours quelqu’un pour tourner la tête et vous regarder comme si c’était incroyable, et à ce moment-là nous sommes persuadés d’être immortels. »

Un grand bravo à Luc Chomarat pour avoir réveillé chez moi des souvenirs enfouis et un grand merci à Pierre Fourniaud et à La manufacture de livres pour ce roman.

Pour plonger à l’époque du Fils du professeur… Pour eux l’an 2000 était l’avenir… Pour nous le passé…

Le site de l’éditeur : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/206/chomarat-luc-le-fils-du-professeur

Le site de l’auteur : http://www.luc-chomarat.com/

Panier de crabes par Laurence Biberfeld

Editions In8 – 72 pages – 22 juin 2021

Un court roman, une novella d’une soixantaine de pages, mais un récit dense, intense, bourré d’émotions proposé par Laurence Biberfeld.

Dans ce récit noir que l’on pourrait également qualifier d’anticipation, nous découvrons une France dévastée dans laquelle, l’armée a pris le pourvoir et où les femmes et hommes cernés par la mort, tentent de survivre à leur manière. Un groupe par exemple, « Les Sans Clôture » traverse les campagnes pour libérer les animaux issus des élevages abandonnés afin de leur épargner une mort atroce, les tuants avec dignité afin de s’en nourrir. Ils seront bientôt rejoints par Myriam, fuyant son passé, sa mère distante, son ancien compagnon Nathan et leur fils Benjamin, tous deux incarcérés pour avoir violé conjointement une gamine de 13 ans. Elle n’emportera avec elle qu’un passager clandestin, un crabe, s’étant établi dans ses poumons.

Au gré des déplacements de ce groupe et des rencontres que fera Myriam, nous en apprendrons un peu plus sur son histoire, sa relation avec son fils pour qui elle ne ressent plus que dégoût et sur ses compagnons de route, tel Gabin, jeune homme au sombre passé.

Laurence Biberfeld, nous fait découvrir une France post-apocalyptique qu’elle nous décrit avec poésie, rendant presque belle, par exemple, la décomposition d’un corps humain. Ses nombreuses métaphores accentuent les conséquences de l’effondrement de la société dans laquelle la mort est quotidienne et seule issue pour ces êtres en survie…

Nous ne pouvons que faire le parallèle, à l’issue de cette lecture, entre le lien maternel brisé par la perversité de son fils et ce lien qui relie notre Terre à l’humanité, véritable Panier de crabes, cancer généralisé ayant détruit notre environnement. Nous avons, nous aussi, par la perversité de l’argent rompu ce lien et commençons à en payer les conséquences.

Peut-être serons-nous obligés de devenir aussi Les Sans Clôture….

La page de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/920-panier-de-crabes

Le site de Laurence Biberfeld : https://biberfeldauteur.legtux.org/

Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance par Nick Gardel

Friends only (autoédition) – 324 pages – 04 juin 2021

Lire un roman de Nick Gardel est toujours un voyage littéraire à part. Sa plume apporte souvent de l’humour ou de la poésie dans des récits sombres, parfois violents, mais toujours teintés d’humanités. Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance en est un nouveau témoignage.

Une nouvelle fois, l’intrigue, une enquête policière sur l’horrible assassinat d’une femme bientôt suivi par un second, bien ficelée ne sert que de prétexte à y faire évoluer des personnages hauts en couleur parmi lesquels, un trio d’enquêteurs avec le très bavard Patrice Guerineau, brigadier-chef et procédurier, la bande du Fenris avec ce pharmacien italien et entre autre, Grégoire, photographe culinaire qui comme Thibaud, l’éducateur, viennent s’y assommer d’alcool pour échapper à leur vie quotidienne. Sans oublier, la truculente Gabrielle Bocage, si peu présente, mais tellement mémorable.

Néanmoins, derrière ces artifices, Nick Gardel, nous livre un roman sur deux thématiques sociales beaucoup plus profondes, l’alcoolisme et l’éducation des jeunes en marge du système scolaire. Enseignant auprès de ce type de public, l’auteur nous offre là, une part de lui-même, apportant une touche particulière à cette histoire.

Comme le souligne Nick Gardel, l’oubli n’est pas une rédemption, l’alcool n’est pas une solution. Plutôt que de vouloir échapper à la réalité en s’abreuvant de liquide alcoolisé, entourés de piliers de bar, rencontrons des personnages loufoques issus de l’imagination débordante d’auteurs talentueux. Un voyage littéraire vaut mieux qu’un voyage éthylique.

Nick Gardel, nous prouve également avec Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance qu’il est possible de produire un roman autoédité de bonne facture, travaillé et bénéficiant d’une mise en page réussie, respectant les lecteurs. Une particularité à souligner, tant les autoédités sont peu nombreux à ne pas bâcler le travail éditorial.

Pour tout savoir sur la veisalgie ….

Le site de l’auteur : http://nickgardel.e-monsite.com/

Une destination de rêve par Sham Makdessi

Editions Alter Real – 161 pages – 05 avril 2019

La sombre illustration de couverture de ce roman, dont le titre respire plutôt la chaude lumière d’un coucher de soleil paradisiaque, nous annonce que ce voyage ne ressemblera pas aux moments de joie que sont les départs en vacances.

Dès le premier chapitre, nous comprenons d’ailleurs que le départ précipité d’Emilio n’est pas à but touristique, il s’agit plus précisément d’un sauve-qui-peut. Il doit quitter de toute urgence Paris où il se trouve pour rejoindre l’Amérique du Sud, où se trouverait un petit village, quasi monastique, dans lequel il pourrait devenir invisible et expier ses péchés.

Et ils sont nombreux, ses péchés car, Emilio excelle dans l’art d’ôter la vie aux autres puisqu’il exerce la profession de tueur à gages. Une spécialité familiale, de réputation internationale, transmise de génération en génération, réalisée dans les règles de l’art sans jamais un accroc. Enfin, c’était jusqu’à ce qu’Emilio, par mégarde, abat une jeune fille….

Ne lui reste donc plus que la fuite, il va devoir échapper à la justice et à sa famille. Seule échappatoire donc, ce village qui étrangement ressemble à celui dans lequel il vit. Et de la France vers l’Amérique du Sud, l’avion est le plus rapide des moyens de transport. Et, après les quelques difficultés à trouver un billet, il s’envolera à bord d’un avion de la flotte de Lenvers Airlines, pour un voyage d’une rare longueur.

Dans cet étonnant roman court, à la manière d’un récit initiatique, c’est le voyage intérieur d’Emilio qui primera sur le trajet, angoissant, pesant, claustrophobique. Les seules bouffées d’oxygène que nous partagerons avec Emilio, seront les moments où il pense à sa destination ou à son village natal.

Sham Makdessy avec Une destination de rêve, nous embarque dans un voyage philosophique autour de notre destinée, de notre libre arbitre et du prix à payer pour nos actes. Ce roman à suspense, jouera avec nos émotions pour notre plus grand plaisir. Nous ne reprendrons pas l’avion sans y repenser…

Les éditions Alter Real, nous offre en bonus, Trophée, une nouvelle de Sham Makdessi lauréate du prix « Nuit d’été ». Une nouvelle d’anticipation dans le milieu de la tauromachie où, à la manière du film Real Steel, les combattants sont des produits de la robotique mais, cela sera-t-il suffisant pour étancher la soif de barbarie des hommes ?

Et si voyager en avion était un voyage dans le temps….

Le site de l’éditeur : https://editions-alter-real.com/catalogue/par-collection/suspense/une-destination-de-reve.html

Pour suivre l’actualité de Sham Makdessi : https://www.facebook.com/ShamMakdessiAuteur

L’agence Lovecraft – Tome 1 – Le mal par le mal par Jean-Luc Marcastel

Gulf stream éditeur – 192 pages – 09 septembre 2021

Voici le premier tome d’une série très prometteuse, L’agence Lovecraft. L’auteur, Jean-Luc Marcastel, véritable passionné du génie littéraire H.P. Lovecraft, nous emmène par la main dans cet univers monstrueux où l’on ne voudrait pas se retrouver seul. Déjà amateur de la mythologie Lovecraftienne ou pas, vous serez conquis par ce premier tome et dans l’attente de la suite, vous vous plongerez ou replongerez dans la lecture de textes de Lovecraft.

Ce roman, publié chez Gulf stream éditeur, en tant qu’objet est déjà une très belle réussite, la couverture, le dos, la 4ᵉ de couv’, forme un somptueux tableau, un décor fantastique, où l’on reconnait aisément, l’univers Lovecraftien, le rocher du Diable au large d’Innsmouth, les créatures marines, un vaisseau, le Nautilus (l’auteur rend également hommage à d’autres grands de l’imaginaire, Verne, Doyle,..), un emblème rouge de Cthulhu ainsi que des éléments imprimés à l’encre phosphorescente. Une fois ouvert, deux rabats illustrés dont un intégrant, un marque-page détachable. S’ajoute à cela, un papier de qualité ainsi qu’une mise en page réussie rendant la lecture agréable. La qualité de ce livre avec un prix aussi raisonnable, méritait d’être soulignée.

Le récit quant à lui, ravira les fans de littérature de l’imaginaire, de pop culture, de romans d’aventures,… L’auteur, nous transmet, la nostalgie de son adolescence, ses émotions de lecteurs à la découverte de ces monstres de la littérature. Lisez d’ailleurs « la genèse »(p. 169) avant même d’attaquer Le mal par le mal et de partir à la rencontre de Ryan et Jonathan, Marie, Sergueï, Kali, Cornaline, le docteur Sauvage et les créatures de Lovecraft.

Dans la première moitié de ce premier opus, l’auteur, sans sacrifier l’action, nous présente les protagonistes de L’agence Lovecraft, avant de nous donner dans un deuxième temps, les clés pour comprendre les menaces qui pèsent sur l’humanité.

Aventure, angoisse, rythme, action, frissons, le tout porté par une prose fluide, agréable à lire, permettent de rendre accessible ce roman à de jeunes lecteurs, à partir de 13 ou 14 ans sans bien sûr empêcher les lecteurs moins jeunes de partager le même plaisir.

Un grand merci à Gulf Stream Éditeur pour ce roman et un merci encore plus grand à Jean-Luc Marcastel pour ce voyage Lovecraftien teinté de nostalgie adolescente.

Pour découvrir ou redécouvrir l’importance de l’influence d’H.P. Lovecraft dans la pop culture

Pour découvrir Gulf Stream Éditeur : https://gulfstream.fr/

Jours de Sable par Aimée de Jongh

Dargaud – 288 pages – 21 mai 2021

Énorme coup de cœur pour ce roman graphique, fiction historique se déroulant pendant la grande dépression. Les personnages et le scénario sortent de l’imagination d’Aimée de Jongh mais, prennent corps dans un décor historique authentique.

Dans ce récit, nous sommes invités à suivre John Clarck, un jeune photo-reporter de 22 ans, essayant d’exercer son métier né de sa passion pour la photo, pour survivre dans la misère du New-York de la grande dépression. Nous le rencontrons, alors qu’en retard, il fonce vers un entretien pour l’agence gouvernementale qui souhaite envoyer en mission un photographe à la rencontre des paysans du Dust Bowl, cette région dévastée du centre des États-Unis, recouverte de sable et de poussière, charriés par des tempêtes en pleine sécheresse.

Grâce à la qualité de ses photographies, il est engagé et quitte New-York, armé de son appareil photo et de son immense talent pour rejoindre le bassin de poussière. N’ayant pas eu une vie facile avec un père détestable, il sera bousculé, tant ce qu’il découvrira est inimaginable…

L’autrice, s’attaque ici à de nombreux sujets. Sociaux d’abord avec cette crise qui a suivie le krach boursier de 1929 et qui ne prendra fin que remplacée par la seconde guerre mondiale. Écologiques, avec cette région dévastée par le vent et la sécheresse, en partie causés par l’activité humaine et qui fait forcément écho avec ce que nous vivons actuellement. Politiques, avec le pouvoir des images, les photos ici et leur « mise en scène », tromperie sur la forme, mais dans le but de faire éclater la vérité.

Aimée de Jongh réalise un véritable coup de maître avec ce roman graphique, qui n’est pas sans rappeler Steinbeck et Les raisins de la colère. Cet ouvrage mérite même deux lectures, dont une où l’on ne se contente de n’admirer que les graphismes magnifiques, qui transmettent autant d’émotions, si ce n’est plus que les textes. À ces illustrations, de nombreuses photos d’époques sont ajoutées afin de nous rappeler l’authenticité des difficultés rencontrées à l’époque.

Un récit bouleversant porté par de sublimes et poignants dessins, un immense bravo à Aimée de Jongh et un grand merci à Dargaud et Netgalley pour ce service presse.

Sous titré en français…

Le site de l’éditeur : https://www.dargaud.com/bd/jours-de-sable-bda5322000

Les seize arbres de la Somme par Lars Mytting

Actes Sud – 419 pages – 01 novembre 2017 – Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Une ferme isolée, à un peu plus de 150 kilomètres au nord d’Oslo en Norvège. Deux hommes, Edvard et Sverre Hirifjell. Un petit-fils et son grand-père qui vivent en quasi-autarcie, sans réelles interactions sociales, produisant pommes de terre et élevant des ovins. Tel est le décor dans lequel évolue notre protagoniste, ce jeune homme d’une vingtaine d’années Edvard, avec comme seules ombres au tableau, le partage d’un passé mystérieux, quatre jours où il a disparu à la mort de ses parents et alors qu’il était âgé de trois ans et pour son grand-père, un passé de soldat de la seconde guerre mondiale où sur le front soviétique, il portait l’uniforme allemand. Leur vie commune est plutôt bien réglée, millimétrée. Enfin, jusqu’au décès de Sverre et l’apparition d’un étrange cercueil, de toute beauté, réalisé par le travail habile d’un maître ébéniste, Einar Hirifjell, son frère, disparu de leur vie depuis si longtemps.

Désormais seul, Edvard, se posera de nombreuses questions sur son passé, son avenir. En effet, à l’âge où il doit construire sa vie, la perte de son grand-père, véritable tuteur et l’absence de fondations de son existence l’empêchent de trouver la voie, d’avancer. Il décidera donc de partir sur les traces de son passé nous entraînant dans une fresque familiale pleine de surprises, sur plus de soixante-dix ans au cours desquels ont eu lieu les deux plus grands conflits mondiaux.

Les seize arbres de la Somme est à la fois, un roman initiatique, d’aventure avec une chasse au trésor, historique et noir, social, sur les conséquences de ces guerres qui en plus de millions de morts ont laissé sur le bord de la route de trop nombreuses âmes brisées. Un roman touchant, qui nous fait voyager entre les territoires norvégiens, les îles Shetland et le nord de la France et plus particulièrement le nord de la Somme qualifié de plus grand abattoir mondial tant la der des der y fût dévastatrice.

Lars Mytting, nous offre ici un récit intéressant et complexe avec des personnages ambigus et une intrigue finement construite reprenant les codes qui font le succès des romans scandinaves. Une lecture passionnante qui malgré un rythme plutôt lent nous accroche du début à la fin.

Authuile, l’origine de l’intrigue du roman…

Le site de l’éditeur : https://www.actes-sud.fr/node/61377

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