Panier de crabes par Laurence Biberfeld

Editions In8 – 72 pages – 22 juin 2021

Un court roman, une novella d’une soixantaine de pages, mais un récit dense, intense, bourré d’émotions proposé par Laurence Biberfeld.

Dans ce récit noir que l’on pourrait également qualifier d’anticipation, nous découvrons une France dévastée dans laquelle, l’armée a pris le pourvoir et où les femmes et hommes cernés par la mort, tentent de survivre à leur manière. Un groupe par exemple, « Les Sans Clôture » traverse les campagnes pour libérer les animaux issus des élevages abandonnés afin de leur épargner une mort atroce, les tuants avec dignité afin de s’en nourrir. Ils seront bientôt rejoints par Myriam, fuyant son passé, sa mère distante, son ancien compagnon Nathan et leur fils Benjamin, tous deux incarcérés pour avoir violé conjointement une gamine de 13 ans. Elle n’emportera avec elle qu’un passager clandestin, un crabe, s’étant établi dans ses poumons.

Au gré des déplacements de ce groupe et des rencontres que fera Myriam, nous en apprendrons un peu plus sur son histoire, sa relation avec son fils pour qui elle ne ressent plus que dégoût et sur ses compagnons de route, tel Gabin, jeune homme au sombre passé.

Laurence Biberfeld, nous fait découvrir une France post-apocalyptique qu’elle nous décrit avec poésie, rendant presque belle, par exemple, la décomposition d’un corps humain. Ses nombreuses métaphores accentuent les conséquences de l’effondrement de la société dans laquelle la mort est quotidienne et seule issue pour ces êtres en survie…

Nous ne pouvons que faire le parallèle, à l’issue de cette lecture, entre le lien maternel brisé par la perversité de son fils et ce lien qui relie notre Terre à l’humanité, véritable Panier de crabes, cancer généralisé ayant détruit notre environnement. Nous avons, nous aussi, par la perversité de l’argent rompu ce lien et commençons à en payer les conséquences.

Peut-être serons-nous obligés de devenir aussi Les Sans Clôture….

La page de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/920-panier-de-crabes

Le site de Laurence Biberfeld : https://biberfeldauteur.legtux.org/

Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance par Nick Gardel

Friends only (autoédition) – 324 pages – 04 juin 2021

Lire un roman de Nick Gardel est toujours un voyage littéraire à part. Sa plume apporte souvent de l’humour ou de la poésie dans des récits sombres, parfois violents, mais toujours teintés d’humanités. Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance en est un nouveau témoignage.

Une nouvelle fois, l’intrigue, une enquête policière sur l’horrible assassinat d’une femme bientôt suivi par un second, bien ficelée ne sert que de prétexte à y faire évoluer des personnages hauts en couleur parmi lesquels, un trio d’enquêteurs avec le très bavard Patrice Guerineau, brigadier-chef et procédurier, la bande du Fenris avec ce pharmacien italien et entre autre, Grégoire, photographe culinaire qui comme Thibaud, l’éducateur, viennent s’y assommer d’alcool pour échapper à leur vie quotidienne. Sans oublier, la truculente Gabrielle Bocage, si peu présente, mais tellement mémorable.

Néanmoins, derrière ces artifices, Nick Gardel, nous livre un roman sur deux thématiques sociales beaucoup plus profondes, l’alcoolisme et l’éducation des jeunes en marge du système scolaire. Enseignant auprès de ce type de public, l’auteur nous offre là, une part de lui-même, apportant une touche particulière à cette histoire.

Comme le souligne Nick Gardel, l’oubli n’est pas une rédemption, l’alcool n’est pas une solution. Plutôt que de vouloir échapper à la réalité en s’abreuvant de liquide alcoolisé, entourés de piliers de bar, rencontrons des personnages loufoques issus de l’imagination débordante d’auteurs talentueux. Un voyage littéraire vaut mieux qu’un voyage éthylique.

Nick Gardel, nous prouve également avec Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance qu’il est possible de produire un roman autoédité de bonne facture, travaillé et bénéficiant d’une mise en page réussie, respectant les lecteurs. Une particularité à souligner, tant les autoédités sont peu nombreux à ne pas bâcler le travail éditorial.

Pour tout savoir sur la veisalgie ….

Le site de l’auteur : http://nickgardel.e-monsite.com/

Une destination de rêve par Sham Makdessi

Editions Alter Real – 161 pages – 05 avril 2019

La sombre illustration de couverture de ce roman, dont le titre respire plutôt la chaude lumière d’un coucher de soleil paradisiaque, nous annonce que ce voyage ne ressemblera pas aux moments de joie que sont les départs en vacances.

Dès le premier chapitre, nous comprenons d’ailleurs que le départ précipité d’Emilio n’est pas à but touristique, il s’agit plus précisément d’un sauve-qui-peut. Il doit quitter de toute urgence Paris où il se trouve pour rejoindre l’Amérique du Sud, où se trouverait un petit village, quasi monastique, dans lequel il pourrait devenir invisible et expier ses péchés.

Et ils sont nombreux, ses péchés car, Emilio excelle dans l’art d’ôter la vie aux autres puisqu’il exerce la profession de tueur à gages. Une spécialité familiale, de réputation internationale, transmise de génération en génération, réalisée dans les règles de l’art sans jamais un accroc. Enfin, c’était jusqu’à ce qu’Emilio, par mégarde, abat une jeune fille….

Ne lui reste donc plus que la fuite, il va devoir échapper à la justice et à sa famille. Seule échappatoire donc, ce village qui étrangement ressemble à celui dans lequel il vit. Et de la France vers l’Amérique du Sud, l’avion est le plus rapide des moyens de transport. Et, après les quelques difficultés à trouver un billet, il s’envolera à bord d’un avion de la flotte de Lenvers Airlines, pour un voyage d’une rare longueur.

Dans cet étonnant roman court, à la manière d’un récit initiatique, c’est le voyage intérieur d’Emilio qui primera sur le trajet, angoissant, pesant, claustrophobique. Les seules bouffées d’oxygène que nous partagerons avec Emilio, seront les moments où il pense à sa destination ou à son village natal.

Sham Makdessy avec Une destination de rêve, nous embarque dans un voyage philosophique autour de notre destinée, de notre libre arbitre et du prix à payer pour nos actes. Ce roman à suspense, jouera avec nos émotions pour notre plus grand plaisir. Nous ne reprendrons pas l’avion sans y repenser…

Les éditions Alter Real, nous offre en bonus, Trophée, une nouvelle de Sham Makdessi lauréate du prix « Nuit d’été ». Une nouvelle d’anticipation dans le milieu de la tauromachie où, à la manière du film Real Steel, les combattants sont des produits de la robotique mais, cela sera-t-il suffisant pour étancher la soif de barbarie des hommes ?

Et si voyager en avion était un voyage dans le temps….

Le site de l’éditeur : https://editions-alter-real.com/catalogue/par-collection/suspense/une-destination-de-reve.html

Pour suivre l’actualité de Sham Makdessi : https://www.facebook.com/ShamMakdessiAuteur

L’agence Lovecraft – Tome 1 – Le mal par le mal par Jean-Luc Marcastel

Gulf stream éditeur – 192 pages – 09 septembre 2021

Voici le premier tome d’une série très prometteuse, L’agence Lovecraft. L’auteur, Jean-Luc Marcastel, véritable passionné du génie littéraire H.P. Lovecraft, nous emmène par la main dans cet univers monstrueux où l’on ne voudrait pas se retrouver seul. Déjà amateur de la mythologie Lovecraftienne ou pas, vous serez conquis par ce premier tome et dans l’attente de la suite, vous vous plongerez ou replongerez dans la lecture de textes de Lovecraft.

Ce roman, publié chez Gulf stream éditeur, en tant qu’objet est déjà une très belle réussite, la couverture, le dos, la 4ᵉ de couv’, forme un somptueux tableau, un décor fantastique, où l’on reconnait aisément, l’univers Lovecraftien, le rocher du Diable au large d’Innsmouth, les créatures marines, un vaisseau, le Nautilus (l’auteur rend également hommage à d’autres grands de l’imaginaire, Verne, Doyle,..), un emblème rouge de Cthulhu ainsi que des éléments imprimés à l’encre phosphorescente. Une fois ouvert, deux rabats illustrés dont un intégrant, un marque-page détachable. S’ajoute à cela, un papier de qualité ainsi qu’une mise en page réussie rendant la lecture agréable. La qualité de ce livre avec un prix aussi raisonnable, méritait d’être soulignée.

Le récit quant à lui, ravira les fans de littérature de l’imaginaire, de pop culture, de romans d’aventures,… L’auteur, nous transmet, la nostalgie de son adolescence, ses émotions de lecteurs à la découverte de ces monstres de la littérature. Lisez d’ailleurs « la genèse »(p. 169) avant même d’attaquer Le mal par le mal et de partir à la rencontre de Ryan et Jonathan, Marie, Sergueï, Kali, Cornaline, le docteur Sauvage et les créatures de Lovecraft.

Dans la première moitié de ce premier opus, l’auteur, sans sacrifier l’action, nous présente les protagonistes de L’agence Lovecraft, avant de nous donner dans un deuxième temps, les clés pour comprendre les menaces qui pèsent sur l’humanité.

Aventure, angoisse, rythme, action, frissons, le tout porté par une prose fluide, agréable à lire, permettent de rendre accessible ce roman à de jeunes lecteurs, à partir de 13 ou 14 ans sans bien sûr empêcher les lecteurs moins jeunes de partager le même plaisir.

Un grand merci à Gulf Stream Éditeur pour ce roman et un merci encore plus grand à Jean-Luc Marcastel pour ce voyage Lovecraftien teinté de nostalgie adolescente.

Pour découvrir ou redécouvrir l’importance de l’influence d’H.P. Lovecraft dans la pop culture

Pour découvrir Gulf Stream Éditeur : https://gulfstream.fr/

Jours de Sable par Aimée de Jongh

Dargaud – 288 pages – 21 mai 2021

Énorme coup de cœur pour ce roman graphique, fiction historique se déroulant pendant la grande dépression. Les personnages et le scénario sortent de l’imagination d’Aimée de Jongh mais, prennent corps dans un décor historique authentique.

Dans ce récit, nous sommes invités à suivre John Clarck, un jeune photo-reporter de 22 ans, essayant d’exercer son métier né de sa passion pour la photo, pour survivre dans la misère du New-York de la grande dépression. Nous le rencontrons, alors qu’en retard, il fonce vers un entretien pour l’agence gouvernementale qui souhaite envoyer en mission un photographe à la rencontre des paysans du Dust Bowl, cette région dévastée du centre des États-Unis, recouverte de sable et de poussière, charriés par des tempêtes en pleine sécheresse.

Grâce à la qualité de ses photographies, il est engagé et quitte New-York, armé de son appareil photo et de son immense talent pour rejoindre le bassin de poussière. N’ayant pas eu une vie facile avec un père détestable, il sera bousculé, tant ce qu’il découvrira est inimaginable…

L’autrice, s’attaque ici à de nombreux sujets. Sociaux d’abord avec cette crise qui a suivie le krach boursier de 1929 et qui ne prendra fin que remplacée par la seconde guerre mondiale. Écologiques, avec cette région dévastée par le vent et la sécheresse, en partie causés par l’activité humaine et qui fait forcément écho avec ce que nous vivons actuellement. Politiques, avec le pouvoir des images, les photos ici et leur « mise en scène », tromperie sur la forme, mais dans le but de faire éclater la vérité.

Aimée de Jongh réalise un véritable coup de maître avec ce roman graphique, qui n’est pas sans rappeler Steinbeck et Les raisins de la colère. Cet ouvrage mérite même deux lectures, dont une où l’on ne se contente de n’admirer que les graphismes magnifiques, qui transmettent autant d’émotions, si ce n’est plus que les textes. À ces illustrations, de nombreuses photos d’époques sont ajoutées afin de nous rappeler l’authenticité des difficultés rencontrées à l’époque.

Un récit bouleversant porté par de sublimes et poignants dessins, un immense bravo à Aimée de Jongh et un grand merci à Dargaud et Netgalley pour ce service presse.

Sous titré en français…

Le site de l’éditeur : https://www.dargaud.com/bd/jours-de-sable-bda5322000

Les seize arbres de la Somme par Lars Mytting

Actes Sud – 419 pages – 01 novembre 2017 – Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Une ferme isolée, à un peu plus de 150 kilomètres au nord d’Oslo en Norvège. Deux hommes, Edvard et Sverre Hirifjell. Un petit-fils et son grand-père qui vivent en quasi-autarcie, sans réelles interactions sociales, produisant pommes de terre et élevant des ovins. Tel est le décor dans lequel évolue notre protagoniste, ce jeune homme d’une vingtaine d’années Edvard, avec comme seules ombres au tableau, le partage d’un passé mystérieux, quatre jours où il a disparu à la mort de ses parents et alors qu’il était âgé de trois ans et pour son grand-père, un passé de soldat de la seconde guerre mondiale où sur le front soviétique, il portait l’uniforme allemand. Leur vie commune est plutôt bien réglée, millimétrée. Enfin, jusqu’au décès de Sverre et l’apparition d’un étrange cercueil, de toute beauté, réalisé par le travail habile d’un maître ébéniste, Einar Hirifjell, son frère, disparu de leur vie depuis si longtemps.

Désormais seul, Edvard, se posera de nombreuses questions sur son passé, son avenir. En effet, à l’âge où il doit construire sa vie, la perte de son grand-père, véritable tuteur et l’absence de fondations de son existence l’empêchent de trouver la voie, d’avancer. Il décidera donc de partir sur les traces de son passé nous entraînant dans une fresque familiale pleine de surprises, sur plus de soixante-dix ans au cours desquels ont eu lieu les deux plus grands conflits mondiaux.

Les seize arbres de la Somme est à la fois, un roman initiatique, d’aventure avec une chasse au trésor, historique et noir, social, sur les conséquences de ces guerres qui en plus de millions de morts ont laissé sur le bord de la route de trop nombreuses âmes brisées. Un roman touchant, qui nous fait voyager entre les territoires norvégiens, les îles Shetland et le nord de la France et plus particulièrement le nord de la Somme qualifié de plus grand abattoir mondial tant la der des der y fût dévastatrice.

Lars Mytting, nous offre ici un récit intéressant et complexe avec des personnages ambigus et une intrigue finement construite reprenant les codes qui font le succès des romans scandinaves. Une lecture passionnante qui malgré un rythme plutôt lent nous accroche du début à la fin.

Authuile, l’origine de l’intrigue du roman…

Le site de l’éditeur : https://www.actes-sud.fr/node/61377

Le Clan par Eric Dupuis

Editions Cairn – 448 pages – 31 Mai 2021

Un braquage violant dans un dépôt de la Banque de France à Béthune dans le Pas-de-Calais, une série de disparitions dans les Pyrénées-Orientales, un clan, une meute d’anciens militaires d’élites, voire, même d’anciens flics, des têtes connues des lecteurs d’Eric Dupuis, telles, la capitaine Bordas et son adjoint, le major Kaczmarek, le capitaine de gendarmerie Carpalès, Jean Dreux « et cie »… et, d’une certaine manière, une mise en abyme de l’auteur et sa famille, dans son récit avec des personnages au nom de Delpuech, Eric et Yann, son fils sont autant de bons ingrédients qui abondent ce roman policier de près de 450 pages.

L famille, c’est là, toute l’originalité de ce polar mené à la vitesse étourdissante d’un go fast, traversant la France du Nord au Sud, un polar d’action, explosif, très cinématographique à la manière d’une franchise à la Die Hard, cette part d’humanité, cette part d’âme d’un auteur qui prend plaisir à mettre son avatar en situation et qui, derrière nous rappelle, que les hommes et femmes qui s’engagent au service de la nation, au péril de leur vie, sont trop souvent laissés au bord de la route, une fois leur engagement arrivé à terme.

Comme Eric Dupuis, qui rend un touchant hommage aux membres de sa famille, nous le précise, ce n’est pas une biographie familiale, les braquages, cette vie borderline de cette meute, n’est qu’un fantasme. Néanmoins, chacun ayant sa part d’ombre et devant lutter en permanence pour la garder au fond de soi, nous pouvons très bien imaginer ce qui arriverait si notre société était dépourvue de règles. Derrière le côté blockbuster, il y a, dans Le Clan, une vraie place à l’humain, aux personnages.

Avec une dizaine de romans à son actif, l’auteur, a atteint avec ce livre, une certaine forme de maturité littéraire, grâce à laquelle, nous prenons le même plaisir à lire qu’il en a pris à écrire.

Je remercie beaucoup Eric Dupuis ainsi que les éditions Cairn pour ce roman qui est aussi une nouvelle preuve que l’on peut éditer des romans de qualités accessibles au plus grand nombre avec un tarif plus que raisonnable.

Déjà tellement de conflits passés, présents…. et futurs ??

Le site des éditions Cairn : https://www.editions-cairn.fr/livres/1609-le-clan-9782350689678.html

Le site de l’auteur : http://www.romanspoliciersericdupuis.com/bienvenue.ws

Les Thermes du Paradis par Akli Tadjer

Éditions JC Lattès – 314 pages – 26 février 2014

Akli Tadjer, nous plonge dans une histoire où l’émotion, la tendresse, la mort, le deuil se mêlent avec réussite à l’amour et à l’humour.

Adèle Reverdy, tout juste trentenaire, est orpheline de père et de mère depuis une dizaine d’années quand, dans un terrible carambolage, ses parents ont perdu la vie, lui laissant comme héritage, les rênes d’une entreprise de pompe funèbre. Plutôt épanouie professionnellement, sa vie amoureuse est un vrai désastre. Il faut dire qu’en plus de côtoyer la mort au quotidien, Adèle, qui se trouve moche et partage son appartement avec son amie Leïla, thanatopractrice, font régulièrement fuir les hommes qui les approchent, apeurés d’être contaminés par la grande faucheuse. Même si elles s’en amusent beaucoup, en jouent parfois, l’une comme l’autre, rêvent toujours du grand amour.

Le soir de ses trente ans, fêtés à l’initiative de sa sœur ainée, Rose, qui espère la faire craquer pour l’un de leurs anciens camarades de lycée invités à cette soirée, c’est sûr Léo, un beau trentenaire, à l’allure athlétique, au corps sculpté par des années de pratique du trapèze, que son attention se porte. Seulement Léo, depuis un terrible accident qui l’a plongé dans le coma, a perdu la vue. L’oncle d’Adèle, la qualifiera pour l’occasion de « surdouée des emmerdes de la famille ».

Je sors assez peu de ma zone de confort littéraire tournant autour des littératures de genre que sont les polars, romans noirs ou de l’imaginaire mais, je le fais à chaque fois avec beaucoup de plaisir pour lire les romans d’Akli Tadjer. C’est une nouvelle fois le cas avec Les Thermes du Paradis. Peu d’auteurs réussissent avec autant de talent à mixer des émotions totalement opposées qui permettent de faire jaillir la lumière des océans de noirceur. Ses personnages se retrouvent souvent à faire face à des situations compliquées face auxquelles, ils se retrouvent à douter, à se décourager, à oser, à se dépasser. Jamais lâches, jamais « super-héros », ils sont humains avec leurs qualités et défauts.

Le milieu professionnel du funéraire nous est bien souvent inconnu. Quand, malheureusement, nous y sommes confrontés, c’est dans les moments les plus tristes de nos vies, ceux de la perte de proches. Dans ces moments-là, ne nous voyons que les silhouettes sombres de ces femmes et ces hommes, œuvrant discrètement au bon déroulement du dernier au revoir et nous montrant le chemin qui nous aidera à traverser notre deuil. À travers les personnages d’Adèle, de Leïla, d’Abdelmoumen, de Kevin ou d’Arthur, Akli Tadjer, nous rappelle, que ces professionnels de la mort, sont des femmes et des hommes comme les autres.

C’est avec un profond respect et une reconnaissance éternelle pour ce qu’elle a fait pour mon frère et moi, en s’occupant de notre maman, que je dédie cette chronique à Aurélie Claeyssen.

Colère Jaune par Jérémy Bouquin

Editions In8 – 216 pages – 22 Avril 2021

La crise, la contestation des Gilets Jaunes, c’était il n’y a même pas trois ans, mais cela nous parait une éternité tant la crise sanitaire qui l’a suivi, étouffé, a complétement perturbé nos repères chronologiques. Jérémy Bouquin, nous replonge avec Colère Jaune, en plein cœur de cette révolte populaire, sociale, cet appel à l’aide de ceux qui souffrent, qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Ce roman, noir, social n’est pas un essai, une étude sur cette crise qui couve toujours, qui n’attend qu’une étincelle pour exploser de nouveau. C’est une fiction, réaliste, s’attachant à dresser un portrait sincère, empathique, à donner un visage, un prénom à ceux qui se cachent (en tout cas une partie d’eux) derrière ces deux mots : gilets jaunes. Ces hommes et femmes que le dernier président socialiste, qualifiait de « sans dents ». Ces travailleurs pauvres. Ces retraités oubliés. Ces étudiants à l’avenir incertain.

Nous rencontrons donc Sandrine, quarantenaire, maman seule, handicapée, un fils au lycée, précaire. Comme inscrit au marqueur sur son gilet de sécurité symbole de la contestation. Une femme voutée sous les coups du père de son fils, usée par une vie de labeur, une femme seule dans cette région de France qui ressemble à tant d’autres, ces villes de province où seules prospèrent les zones commerciales. Mais, une femme attachante, courageuse, souffrant pour donner le meilleur à son fils. Et une femme fière, travailleuse, se refusant à être vivre au crochet de la société.

Dès les premières occupations de rond-ponts, Sandrine, trouvera une famille, des oreilles attentives et compréhensives de ses problèmes, une forme de solidarité dans le froid et l’humidité de cette fin d’année 2018. Son fils Ghislain, y trouvera lui, des grands frères, des pères de substitution, apprendra à mener une grève, à se battre pour son avenir.

Jérémy Bouquin, nous livre ces portraits dans un roman rythmé, comme il en a l’habitude avec des phrases et chapitres courts et un récit où les dialogues sont très présents. Avec sa justesse, il décrit ses hommes et femmes, sans filtres, il écrit avec leurs mots à eux. Justesse que l’on retrouve également dans la neutralité du ton utilisé et du choix des personnages à l’image de notre société, ce n’est pas les bons contre les mauvais.

Gilet Jaune ou pas, ce texte, permet à tous de prendre du recul sur ce mouvement et surtout, il nous rappelle, que des Sandrine, il y en a malheureusement encore beaucoup trop autour de nous et peut être même encore plus après la crise sanitaire. Ces Sandrine, ne se battent pas pour avoir plus de pouvoir d’achat, elles se battent pour vivre dans la dignité.

Longtemps, le jaune n’a pas eu la cote : couleur de la robe de Judas, du cocu, de l’étoile jaune… Pourtant, aujourd’hui, il est devenu la couleur de prédilection des personnages de dessins animés. Avec le mouvement des gilets jaunes, le jaune commence-t-il à devenir contestataire, au même titre que le rouge ?

La page du roman sur le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/918-colere-jaune

Fatal baby par Nicolas Jaillet

La manufacture de livres – 304 pages – 03 Juin 2021

Un thriller plus lumineux que noir, une suite qui n’en est pas vraiment une, un roman inclassable comme l’était Mauvaise graine, dans lequel nous avions découvert Julie, mais sans lui ressembler. Nicolas Jaillet arrive de nouveau à nous surprendre.

Après avoir vécu une expérience de grossesse unique en son genre, Julie, cette institutrice trentenaire, ne pouvait pas avoir un enfant « normal ». Léa est donc née, dotée à son tour de super-pouvoirs. Seulement, à l’image de tout ce que doit apprendre à maîtriser un nouveau-né, ces particularités seront difficiles à contrôler et Julie, courageuse maman pleine de ressources devra faire preuve de son super-pouvoir de maman pour l’aider au mieux et la protéger de poursuivants de cette organisation militaro-pharmaceutique qui après en avoir après Julie en veulent maintenant au Fatal baby.

Nicolas Jaillet nous emmène dans une cavale sur les traces de Julie et sa fille à travers le globe, dans un thriller haletant, léger sur la forme, mais avec une grosse dose d’émotions, saupoudrée d’une touche de fantastique. Mais, la magie de la vie, le lien indescriptible qui unit une mère et son enfant, la magie de la maternité ne sont-ils pas eux aussi fantastiques ?

Même si ce roman, Fatal baby peut se lire sans, au préalable, avoir lu Mauvaise graine, après sa lecture, vous vous jetterez sur ce dernier.

Dans la société hyper patriarcale, dans laquelle nous vivons aujourd’hui et qui est malheureusement traversée par de nombreux scandales dénoncés comme MeToo, Balance ton porc, etc, Nicolas Jaillet à travers ce personnage de Julie, nous démontre qu’heureusement, il y a aussi des « hommes blancs de cinquante ans », comme aime les désigner les médias, qui, sans avoir besoin de se revendiquer féministes, nous prouvent leur profond respect et l’admiration qu’ils ont pour les femmes.

Merci aux éditions La manufacture de livre pour ce service presse.

Vidéo relative à Mauvaise graine néanmoins, Nicolas Jaillet parle de Julie

Pour le site de l’éditeur, c’est par là : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/204/jaillet-nicolas-fatal-baby

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