Le nageur d’Aral par Louis Grall

La manufacture de livres – 144 pages – 03 juin 2021

Ce premier roman d’un auteur plus habitué à nous livrer des contes ou des poésies, transforme à merveille l’essai. Même s’il est plutôt court, ce récit nous transporte très vite alors même que la beauté de la prose, nous invite elle, à prendre notre temps. À l’image d’Anton Nazarbaïev, ce nageur de combat russe, qui en pleine guerre froide, déserte lors d’une mission de combat au large de la Bretagne pour trouver refuge dans le monastère de Landévennec, nous avons l’impression en entrant dans ce roman de franchir la porte d’un lieu sacré, de recueillement.

Le soldat d’élite ne pouvait espérer trouver meilleur refuge que ce lieu géré selon la règle de Saint-Benoît afin d’aspirer à une retraite spirituelle qu’il espérait tant et même si ce refuge s’apparente à une prison dorée.

Louis Grall, avec sa poésie, nous livre de magnifiques descriptions de ce lieu où se mêlent puissance de l’océan, calme spirituel et nature sauvage au milieu desquels, l’humain a toute sa place. Car, il s’agit bien d’humanité, de relations humaines, de transmission entre Anton et les frères, comme entre le narrateur et Luc et surtout entre le narrateur à travers qui le nageur russe deviendra éternel.

Un grand merci à La manufacture de livres pour cette très belle lecture et bravo à Louis Grall qui en plus nous fait découvrir des poèmes de Gilles Baudry moine à Saint-Guénolé.

Louis Grall interviewé par France 3 Bretagne

Le site de La manufacture de livre : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/202/grall-louis-le-nageur-d-aral

L’abbaye de Landévennec : https://www.abbaye-landevennec.fr/

Alphonse par Akli Tadjer

JC Lattès – 180 pages – 24 août 2005

Début des années 2000, Mohamed arrive au Terminus Nord, cette brasserie en face de la Gare du Nord, au subtil mélange architectural entre Art Déco et Art Nouveau. Il doit y retrouver sa cousine Juliette, qu’il n’a pas vu depuis quatre décennies afin de lui remettre des lettres, retrouvées à l’occasion du déménagement de sa maman. Il la voit, la reconnait, enfin presque… Il s’assoit, l’observe de loin et se replonge dans ses souvenirs où il nous entraîne un été au milieu des années 60, en plein bassin minier alors qu’il y était devenu Alphonse

Un prénom plus « français » pour cet enfant né en France, mais de parents nés en Algérie et dans cette petite ville proche de Lens, sa famille puisqu’il s’agit de sa tante Jeanne et son oncle Sala qui par volonté de s’intégrer à gommé le H qui complétait son prénom, ne veulent pas faire de vagues… À Annay, on n’aime pas les étrangers. Et en plus il y a déjà les Polonais, ceux qui sont venus sacrifier leurs poumons dans les mines et qui sont parfois Juifs. Alors les arabes non !!

Akli Tadjer, romancier de l’authentique, nous narre ici, une chronique du racisme ordinaire, sans jugement moralisateur, il fait toujours preuve d’une incroyable justesse. Il nous décrit la bêtise ordinaire que font preuves ceux qui, souvent par manque d’instruction, n’acceptent pas chez l’autre, la différence. Dans ce tableau familial, l’oncle Sala, renie ses origines par manque de courage, la tante Jeanne, pleine d’amour, veut cacher Mohamed par bienveillance à son égard, leur fille, Juliette, à moitié de sang Algérien, amouraché d’Edouard, blouson noir, bête à manger du foin est contre tout ce qui vient d’ailleurs. Et dans ce petit milieu villageois, seul Théo d’origine polonaise et Annabelle, la sœur d’Edouard ont l’air d’apprécier Alphonse pour ce qu’il est, un jeune adolescent, un peu mytho.

Alphonse, est un condensé de plaisir, dans ce récit se mêlent habillement les émotions. Nous passons régulièrement de scènes tendres à de franches rigolades avec toutefois, en toile de fond, Mohamed adulte, qui derrière sa nostalgie, se demande vraiment ce qu’il fait là, dans cette brasserie à observer Juliette et Edouard… Comme le chante si bien Maxime Le Forestier : On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. On choisit pas non plus les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher.

À la découverte du bassin Lensois des années 60…

La page de l’éditeur : https://www.editions-jclattes.fr/livre/alphonse-9782709627320/

La page de l’auteur sur Babelio : https://www.babelio.com/auteur/Akli-Tadjer/5622


Le fils du professeur par Luc Chomarat

La manufacture de livres – 285 pages – 19 août 2021

Avec beaucoup de talent, de magie, aidé d’une sublime plume, Luc Chomarat, nous raconte l’enfance, de la maternelle au passage à l’âge adulte à travers les années 60 et 70.

Roman autobiographique ? Fiction ? Certainement un peu des deux, une autofiction comme l’aurait qualifié Serge Dubrovsky. Luc Chomarat écrit à la première personne, le personnage principal est né comme l’auteur en Algérie française, à Tizi-Ouzou, seulement, dans ce roman, jamais l’écrivain, ne dévoile un nom ou un prénom qui lèverait le voile sur ce mystère. Néanmoins, ce roman, par son authenticité ne triche pas et chaque lecteur, se retrouve plus ou moins dans Le Fils du professeur, qu’il soit né dans ce début de seconde moitié du XXe siècle ou pas.

La lecture de ce récit nous offre une pause, une parenthèse magique et inattendue qui fait un bien fou. Ce retour en arrière, dans un monde où le téléphone n’est pas un prolongement de notre anatomie et où internet n’existe pas, nous permet de nous déconnecter. De plus, la sensation permanente d’être sur le fil très fin qui sépare la réalité de l’imaginaire nous engloutit, on lâche prise avec le réel et retombons en enfance, cette nostalgique période d’insouciance.

Ce roman, écrit avec une grande justesse, nous évite de tomber dans le piège du « c’était mieux avant ». Il ne véhicule pas de jugements sur un monde différent de celui dans lequel nous vivons et élevons nos enfants aujourd’hui, contrairement aux procès médiatiques d’une bienpensance actuelle permanente jetant l’opprobre sur les travers de notre Histoire.

Le Fils du professeur est un merveilleux cocktail de tendresse, de nostalgie, d’humour et d’amour face auquel, nous sommes spectateurs de la transformation d’un jeune enfant en adulte, nous renvoyant en écho, toutes les questions que nous nous posions également et auxquelles, même aujourd’hui, nous n’avons pas forcément trouvé les réponses.

« Je crois que tout le monde joue au flipper parce que c’est une assez jolie métaphore de l’existence : on ne récupère jamais sa mise de départ, et aussi habile qu’on soit, on est toujours perdant. Et pourtant, quand toutes les lumières s’allument, quand les compteurs tournent et que les parties claquent, il y a toujours quelqu’un pour tourner la tête et vous regarder comme si c’était incroyable, et à ce moment-là nous sommes persuadés d’être immortels. »

Un grand bravo à Luc Chomarat pour avoir réveillé chez moi des souvenirs enfouis et un grand merci à Pierre Fourniaud et à La manufacture de livres pour ce roman.

Pour plonger à l’époque du Fils du professeur… Pour eux l’an 2000 était l’avenir… Pour nous le passé…

Le site de l’éditeur : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/206/chomarat-luc-le-fils-du-professeur

Le site de l’auteur : http://www.luc-chomarat.com/

Manaus par Dominique Forma

La manufacture de livres – 154 pages — 05/11/2020

Dominique Forma nous propose avec Manaus, un roman court ou novella comme on les appelle, du nom de cette grande ville nord-brésilienne où va se dérouler une partie du récit. Dans ce voyage qui remonte le temps, quelques dizaines d’années en arrière, nous ferons la connaissance avec un barbouze, ancien militaire d’Algérie, qui profitera de la tournée sud-américaine du général De Gaulle, pour accomplir une mission secrète, tuer un homme. Dans l’atmosphère moite de la forêt tropicale, dans ces pays où se cachent nombre d’anciens nazis ou de membres de l’OAS, parfois les passés ignominieux viennent foutre un sacré bordel.

Ce livre est arrivé complétement par hasard dans mes mains et pour être honnête, c’est la volonté de connaître l’offre que nous proposons aux usagers de la médiathèque qui a été la raison de sa lecture, n’étant ni très connaisseur de l’Amérique du Sud, ni amateur des histoires de barbouzes, j’ai malgré tout trouvé ce récit intéressant et agréable à lire. En très peu de pages, Dominique Forma nous donne l’essentiel, sans passages inutiles, dans un style direct, des phrases courtes ne laissant pas la place à l’ennui.

Pour vous faire une idée du décor du roman :

Images filmées de la visite du Général De Gaulle au Mexique lors de la fameuse tournée en Amérique du Sud :

Lien vers le site de l’éditeur :

https://www.lamanufacturedelivres.com/

Un site WordPress.com.

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