Les fronts renversés par Marek Corbel et Cyrille Launais

Yil édition – 114 pages – 11 mars 2021

La bande dessinée, au-delà d’être divertissante, peut aussi nous apporter un regard sur notre Histoire qui, parfois reste assez inconnu du grand public. C’est ce qu’ont fait avec brio, Marke Corbel et Cyrille Launais avec Les fronts renversés.

Algérie, 1955, dans un climat révolutionnaire, le gouvernement français, souhaite déstabiliser le FLN et pour cela, monte l’opération Oiseau bleu et envoi un ancien agent des services gaullistes, Serge Derain.

L’opération sera un échec qui tournera à l’avantage des combattants pour la liberté de l’Algérie et aura des retentissements tant personnels que politiques pour l’envoyé de Paris. Nous retrouverons ce dernier bien plus tard, où devenu commissaire, il est envoyé à Rennes pour enquêter, suite à une vague d’attentats sur le FLB, le Front de Libération de la Bretagne.

Histoire, aventure, espionnage sont au rendez-vous dans cet album dessiné d’un peu plus de cent pages au scénario bien ficelé et aux dessins expressifs et colorés rendant hommage aux grandes BD polars du siècle dernier. Hommage rendu également au néo-polar et à la fameuse série noire pour le plus grand plaisir des amateurs de la littérature de genre.

Un album réussi et intéressant qui donne envie de découvrir cette Histoire commune que nous partageons avec nos amis Algériens et dans laquelle la France ne s’est pas montré exemplaire. En refermant ces pages et en attendant la suite et fin de cette histoire qui nous permet de mieux comprendre les années qui ont suivi et qui explique certainement la situation actuelle, reste l’envie de chercher à s’informer sur ce conflit.

Bravo pour leur travail commun à Corbel et Launais. Merci Marek de m’avoir permis de découvrir cet ouvrage.

Contrairement à nombre de mes chroniques, je ne mettrai pas de vidéo, mes connaissances étant fort limitées concernant ce conflit et n’ayant pas trouvé de vidéo de sources très fiables.

Lien vers le site de l’éditeur : https://yil-edition.com/produit/les-fronts-renverses/

Peau d’Homme par Hubert et Zanzim

Glénat – 160 pages – 03 Juin 2020

Roman graphique aux multiples prix mérités, Peau d’Homme navigue entre la fable, le merveilleux, l’historique, la satire, le roman social, le roman initiatique. Le talentueux et regretté Hubert aux commandes du scénario et Zanzim qui signe les dessins et la mise en couleur, nous invite à suivre Bianca à la veille de ses noces.

La Renaissance, période charnière entre Moyen Âge et époque moderne a du mal à laisser derrière elle son lourd héritage religieux pour moderniser ses mœurs. On le voit ici avec Bianca, réduite à sa condition de femme, monnaie d’échange entre deux familles pour un mariage arrangé. Seulement Bianca ne le voit pas de cet œil et, aimerait au moins, à défaut de choisir son époux, faire connaissance avec lui quelques jours avant la noce. C’est sa tante, qui en lui faisant découvrir la peau d’Homme, transmise de mère en fille, qui lui offrira un moyen de découvrir à la fois son promis, mais aussi, les codes masculins, la sexualité, le passage à l’âge adulte, dans cette ville où pèse le fanatisme religieux.

Très clairement, cet ouvrage, très réussi sur le plan graphique avec, entre autres, ces illustrations modernes qui rendent hommages aux enluminures, ne plaira pas sur le fond à tous les lecteurs. En effet, les sujets abordés, sexualité, homo-sexualité, religion, libération de la femme, tabous depuis de nombreux siècles, le sont toujours aujourd’hui et les étroits d’esprit ne sont pas près de changer. Si, en revanche, vous vous intéressez à ces sujets, l’angle choisi par les auteurs avec un parti pris assumé, permet quand même de prendre du recul et se poser les bonnes questions.

Une belle réussite qui souffre juste de quelques longueurs et dont certains contenus ne rendent pas ce roman graphique accessible aux lecteurs en dessous de 15-16 ans.

Leçon de dessin par Zanzim pour Peau d’Homme des éditions Glénat

La page de l’éditeur : https://www.glenat.com/1000-feuilles/peau-dhomme-9782344010648

Jours de Sable par Aimée de Jongh

Dargaud – 288 pages – 21 mai 2021

Énorme coup de cœur pour ce roman graphique, fiction historique se déroulant pendant la grande dépression. Les personnages et le scénario sortent de l’imagination d’Aimée de Jongh mais, prennent corps dans un décor historique authentique.

Dans ce récit, nous sommes invités à suivre John Clarck, un jeune photo-reporter de 22 ans, essayant d’exercer son métier né de sa passion pour la photo, pour survivre dans la misère du New-York de la grande dépression. Nous le rencontrons, alors qu’en retard, il fonce vers un entretien pour l’agence gouvernementale qui souhaite envoyer en mission un photographe à la rencontre des paysans du Dust Bowl, cette région dévastée du centre des États-Unis, recouverte de sable et de poussière, charriés par des tempêtes en pleine sécheresse.

Grâce à la qualité de ses photographies, il est engagé et quitte New-York, armé de son appareil photo et de son immense talent pour rejoindre le bassin de poussière. N’ayant pas eu une vie facile avec un père détestable, il sera bousculé, tant ce qu’il découvrira est inimaginable…

L’autrice, s’attaque ici à de nombreux sujets. Sociaux d’abord avec cette crise qui a suivie le krach boursier de 1929 et qui ne prendra fin que remplacée par la seconde guerre mondiale. Écologiques, avec cette région dévastée par le vent et la sécheresse, en partie causés par l’activité humaine et qui fait forcément écho avec ce que nous vivons actuellement. Politiques, avec le pouvoir des images, les photos ici et leur « mise en scène », tromperie sur la forme, mais dans le but de faire éclater la vérité.

Aimée de Jongh réalise un véritable coup de maître avec ce roman graphique, qui n’est pas sans rappeler Steinbeck et Les raisins de la colère. Cet ouvrage mérite même deux lectures, dont une où l’on ne se contente de n’admirer que les graphismes magnifiques, qui transmettent autant d’émotions, si ce n’est plus que les textes. À ces illustrations, de nombreuses photos d’époques sont ajoutées afin de nous rappeler l’authenticité des difficultés rencontrées à l’époque.

Un récit bouleversant porté par de sublimes et poignants dessins, un immense bravo à Aimée de Jongh et un grand merci à Dargaud et Netgalley pour ce service presse.

Sous titré en français…

Le site de l’éditeur : https://www.dargaud.com/bd/jours-de-sable-bda5322000

Karmen par Guillerm March

Dupuis – 160 pages – 07/02/2020

On dit souvent que lire est synonyme d’évasion. Pour certains, le besoin d’évasion est tellement grand, qu’ils commettent parfois l’irréparable en s’ôtant la vie. Karmen, à travers le suicide de Catalina, nous permet, de nous évader, pendant le temps de sa lecture, vers un après, léger et grave, coloré et sombre, une mort croquée de manière douce, poétique et sensuelle.

L’histoire que nous conte Guillem March dans Karmen, est avant tout celle de Catalina, qui, nue dans sa salle de bain, après s’être taillé les veines, à demi consciente, voit débarquer une jeune femme dans un costume de squelette, qui danse et sans pudeur, utilise bruyamment ses toilettes. Cette dernière, Karmen, l’invitera à aller se promener dans la ville. Une promenade, qui lui fera prendre conscience de son geste et peut-être de son erreur…

Les premières planches de cet album, sont assez déroutantes, on se demande où l’on met les pieds, mais très vite, par la qualité des graphismes et la profondeur du récit, nous nous retrouvons embarqués dans cette histoire, un brin philosophique, oubliant ce qui nous entoure.  

https://www.dupuis.com/karmen/bd/karmen-karmen/81460

Traces de la grande guerre par collectif

Éditions de la Gouttière – 152 pages – 05/10/2018

Traces de la grande guerre est un recueil collectif de récits graphiques, de nouvelles illustrées. Au nombre de dix-huit, elles nous plongent dans différents aspects de la première guerre mondiale, avec comme fil conducteur, le travail et le devoir de mémoire. Ainsi, de nombreux auteurs et illustrateurs, à l’aide de formats courts, de quatre à huit planches, nous racontent, la vie dans les tranchées, nous content les destins d’hommes et de femmes, nous rappellent les dégâts, physiques, psychologiques et matériels, causés par ce monstrueux conflit mondial. Comme souvent dans les recueils, l’ensemble des textes et graphismes présents dans cet ouvrage, ne plaisent pas à tout le monde. Néanmoins, cette diversité, permet de toucher un grand nombre de lecteurs.
Le travail réalisé pour réunir dans un même projet autant d’auteurs et d’illustrateurs et remarquable par la qualité de leurs œuvres et leur internationalité. Leurs récits, se déroulant tantôt à notre époque, tantôt il y a un siècle, ont en commun de nous rappeler qu’oublier, c’est risquer de reproduire les horreurs passées. Il est difficile de résumer ou donner son avis sur l’ensemble des dix-huit histoires, parmi lesquelles, « Impénétrables empreintes », « A la mine comme à la mine ! », « Jeux de guerre » ou « Mémorial » dont les graphismes nous rappellent l’univers de Tolkien qui a connu les tranchées samariennes, et « L’Allemagne doit payer » justifient à elles seules, que « Traces de la grande guerre » rejoint votre bibliothèque.

La première des histoires de ce recueil, se situe près de l’Isonzo, dans le nord de l’Italie, que nous connaissons beaucoup moins que les batailles de la Marne ou la Somme, voici donc une vidéo de l’excellent Benjamin de Nota Bene qui en parle :

Kid Paddle – T16 – par Midam

Editions Dupuis – 48 pages – 06/11/2020

Kid Paddle, ce jeune garçon d’une dizaine d’années, fan de jeux-vidéo, reviens dans un 16ᵉ album Kid N’Roses.

Dès la première planche, nous retrouvons avec plaisir Kid et son meilleur ami Horace, qui essayent de gruger le guichetier du cinéma afin d’aller voir un film d’horreur interdit aux moins de dix-huit ans, « La Nonne ». Pour cela, ils auront la merveilleuse idée de se déguiser en nonne. Sauf, qu’Horace, monté sur les épaules de Kid, et faisant preuve d’une totale inculture religieuse, fera tomber à l’eau à leur plan, se retrouvant fort dépourvu devant un interlocuteur, l’appelant à tour de rôle « ma sœur » ou « ma mère ».

Il aura fallu attendre trois ans pour avoir un nouvel album de Kid Paddle, son créateur se partageant depuis un moment avec son spin-off Game over qui rencontre également un très grand succès. Néanmoins, c’est avec plaisir que nous retrouvons les sketches de Kid, plutôt réussis, même si, à l’image du premier, ils toucheront moins de jeunes lecteurs, qui aujourd’hui ont accès beaucoup plus facilement à un tas de films aussi gores et violents qu’ils le veulent. Les fans de game over seront enchantés de retrouver plusieurs sketchs du petit barbare.

Je remercie les éditions Dupuis et NetGalley pour ce service presse qui, m’a permis de passer un sympathique moment de lecture.

Vous ne connaissez pas Kid Paddle, voici une heure de sa version animée :

Lien vers la page des éditions Dupuis consacrée à Kid Paddle :

https://www.dupuis.com/seriebd/kid-paddle/57

Mary Jane par Frank Le Gall et Damien Cuvillier

Futuropolis 88 pages 19/02/2020

Sans être un chef-d’œuvre du 9ᵉ art, cet album mérite une attention particulière par le choix de l’auteur, Frank Le Gall, de consacrer son récit, une biographie fictive, à la dernière des victimes de Jack L’éventreur, Mary Jane (Mary Jeannette Kelly). Biographie fictive, d’une jeune femme qui est prétexte à nous narrer, la vie de cette classe populaire, qui vivait dans une grande misère à une époque, celle de l’Angleterre Victorienne dont nous n’aimerions retenir que le faste de la révolution industrielle. Avant d’être victime d’un tueur en série, elle fut avant tout victime de sa condition.

Lors du règne de la reine Victoria, la société anglaise et de façon encore plus marquée, londonienne, est un véritable contraste entre la vie de la bourgeoisie, les nouveaux riches apparus avec l’industrialisation et la population pauvre, très souvent féminine, qui n’ont malheureusement comme choix de survie, que celui de marchander leur corps.

Cette noirceur, dénoncée, mise en lumière par le scénario de Le Gall est très joliment adoucie par les dessins, aquarelles de l’illustrateur Damien Cuvillier. Contraste qui nous rappelle l’opposition des classes sociales.

Ne vous attendez donc pas à en apprendre plus sur le célèbre tueur en série, mais plongez dans le décor de cette période de l’histoire et découvrez la face cachée de Londres. Un grand bravo à Frank Le Gall et Damien Cuvillier pour ne pas être tombés dans la facilité de faire un énième ouvrage sur Jack The Ripper.

Il ne m’a pas été facile de trouver un documentaire en français, ne se focalisant pas sur le célèbre tueur en série. Néanmoins, à travers cette courte vidéo, découvrez en image le Londres de la fin du règne de la reine Victoria.

Je vous invite à vous rendre sur le site de l’éditeur :

https://www.futuropolis.fr/

Mademoiselle J. – Je ne me marierai jamais par Sente et Verron

Dupuis 64 pages 09/10/2020

Retrouvons l’oncle Paul après nous avoir conté les aventures de Ptirou, lors de la réunion familiale à Noël, revient pour les fêtes de Pâques. Cette fois, il va nous narrer, l’histoire de Juliette de retour à Paris, et ce, pendant les mois qui ont précédé la seconde guerre mondiale.

Juliette vit en quelque sorte, le chagrin d’une histoire d’amour qui n’a vraiment jamais commencé, fauchée par la disparition de Ptirou. Sa décision est prise, elle ne se mariera pas et deviendra grand reporter. En parallèle, son père a quitté ses fonctions à la direction de la Transat pour se lancer dans une nouvelle compagnie avec un associé qui souhaite lui, faire entrer les allemands au capital. Sauf que depuis 1933, Hitler est chancelier. Juliette, qui part l’héritage de sa maman est de fait, coactionnaire, refuse de s’associer avec eux. Pour la faire changer d’avis, le partenaire de son père mettra en place toute une stratégie diabolique…

Cet album signé Verron et Sente, au scénario digne d’un thriller, recréé à merveilles l’ambiance du Paris de la fin des années 30, les tenues, les véhicules, les bâtiments, nous donnent l’impression de visionner un documentaire historique. J’ai également beaucoup aimé retrouver, au cœur de ce récit, la force de caractère de Juliette, véritable féministe.

Un second volume aussi agréable à lire et regarder que le premier. Vivement le prochain.

La bande-annonce du second volume
Vidéo pour découvrir l’exposition universelle de Paris 1937, que l’on retrouve dans l’album.

Mademoiselle J. – Il s’appelait Ptirou par Sente et Verron

Éditions DUPUIS 80 pages 09/10/2020 réédition de « Il s’appelait Ptirou » sorti le 17 novembre 2017 dans la collection « Le Spirou de… »

J’ai démarré la lecture de cet album dont le scénario est signé Yves Sente et les illustrations sont réalisées par Laurent Verron avec cette nostalgie de retrouver les émotions d’enfance à la lecture d’album de Spirou. Le lien est forcément fait au premier coup d’œil par la couverture ou le titre. Néanmoins, ce talentueux duo, va beaucoup plus loin, en nous racontant les origines de ce personnage qui aura accompagné de nombreux jeunes amateurs de bandes dessinées.

Ce récit, ils nous le font conter par un vieux monsieur, l’adorable oncle Paul, qui le soir du 24 décembre 1959, s’assoie dans un fauteuil et allume sa pipe afin de raconter à se neveux et nièces une histoire, celle de Mademoiselle J qui nous fera remonter le temps et embarquer sur un magnifique Paquebot, un transatlantique avec Juliette, son papa, son infirmière, un pilote d’avion et de nombreux passagers dont un jeune garçon roux, Ptirou, orphelin depuis le décès de sa maman artiste de cirque.

A l’image de ces enfants buvant les paroles de leur tonton, nous dévorons avec plaisir chaque case, chaque bulle de cet album. Nous voyageons comme nous pouvons le faire dans un roman d’aventures, nous apprenons plein de choses comme dans un roman historique, et enfin, nous nous révoltons face à ce contraste entre l’opulence et la pauvreté comme dans un roman noir, social.

J’ai commencé cet album avec nostalgie, pour le fermer avec beaucoup de tristesse et de tendresse.

La bande annonce de l’album original.
Découvrez d’une autre manière ce magnifique paquebot le SS Ile de France

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