Jours de Sable par Aimée de Jongh

Dargaud – 288 pages – 21 mai 2021

Énorme coup de cœur pour ce roman graphique, fiction historique se déroulant pendant la grande dépression. Les personnages et le scénario sortent de l’imagination d’Aimée de Jongh mais, prennent corps dans un décor historique authentique.

Dans ce récit, nous sommes invités à suivre John Clarck, un jeune photo-reporter de 22 ans, essayant d’exercer son métier né de sa passion pour la photo, pour survivre dans la misère du New-York de la grande dépression. Nous le rencontrons, alors qu’en retard, il fonce vers un entretien pour l’agence gouvernementale qui souhaite envoyer en mission un photographe à la rencontre des paysans du Dust Bowl, cette région dévastée du centre des États-Unis, recouverte de sable et de poussière, charriés par des tempêtes en pleine sécheresse.

Grâce à la qualité de ses photographies, il est engagé et quitte New-York, armé de son appareil photo et de son immense talent pour rejoindre le bassin de poussière. N’ayant pas eu une vie facile avec un père détestable, il sera bousculé, tant ce qu’il découvrira est inimaginable…

L’autrice, s’attaque ici à de nombreux sujets. Sociaux d’abord avec cette crise qui a suivie le krach boursier de 1929 et qui ne prendra fin que remplacée par la seconde guerre mondiale. Écologiques, avec cette région dévastée par le vent et la sécheresse, en partie causés par l’activité humaine et qui fait forcément écho avec ce que nous vivons actuellement. Politiques, avec le pouvoir des images, les photos ici et leur « mise en scène », tromperie sur la forme, mais dans le but de faire éclater la vérité.

Aimée de Jongh réalise un véritable coup de maître avec ce roman graphique, qui n’est pas sans rappeler Steinbeck et Les raisins de la colère. Cet ouvrage mérite même deux lectures, dont une où l’on ne se contente de n’admirer que les graphismes magnifiques, qui transmettent autant d’émotions, si ce n’est plus que les textes. À ces illustrations, de nombreuses photos d’époques sont ajoutées afin de nous rappeler l’authenticité des difficultés rencontrées à l’époque.

Un récit bouleversant porté par de sublimes et poignants dessins, un immense bravo à Aimée de Jongh et un grand merci à Dargaud et Netgalley pour ce service presse.

Sous titré en français…

Le site de l’éditeur : https://www.dargaud.com/bd/jours-de-sable-bda5322000

Karmen par Guillerm March

Dupuis – 160 pages – 07/02/2020

On dit souvent que lire est synonyme d’évasion. Pour certains, le besoin d’évasion est tellement grand, qu’ils commettent parfois l’irréparable en s’ôtant la vie. Karmen, à travers le suicide de Catalina, nous permet, de nous évader, pendant le temps de sa lecture, vers un après, léger et grave, coloré et sombre, une mort croquée de manière douce, poétique et sensuelle.

L’histoire que nous conte Guillem March dans Karmen, est avant tout celle de Catalina, qui, nue dans sa salle de bain, après s’être taillé les veines, à demi consciente, voit débarquer une jeune femme dans un costume de squelette, qui danse et sans pudeur, utilise bruyamment ses toilettes. Cette dernière, Karmen, l’invitera à aller se promener dans la ville. Une promenade, qui lui fera prendre conscience de son geste et peut-être de son erreur…

Les premières planches de cet album, sont assez déroutantes, on se demande où l’on met les pieds, mais très vite, par la qualité des graphismes et la profondeur du récit, nous nous retrouvons embarqués dans cette histoire, un brin philosophique, oubliant ce qui nous entoure.  

https://www.dupuis.com/karmen/bd/karmen-karmen/81460

Traces de la grande guerre par collectif

Éditions de la Gouttière – 152 pages – 05/10/2018

Traces de la grande guerre est un recueil collectif de récits graphiques, de nouvelles illustrées. Au nombre de dix-huit, elles nous plongent dans différents aspects de la première guerre mondiale, avec comme fil conducteur, le travail et le devoir de mémoire. Ainsi, de nombreux auteurs et illustrateurs, à l’aide de formats courts, de quatre à huit planches, nous racontent, la vie dans les tranchées, nous content les destins d’hommes et de femmes, nous rappellent les dégâts, physiques, psychologiques et matériels, causés par ce monstrueux conflit mondial. Comme souvent dans les recueils, l’ensemble des textes et graphismes présents dans cet ouvrage, ne plaisent pas à tout le monde. Néanmoins, cette diversité, permet de toucher un grand nombre de lecteurs.
Le travail réalisé pour réunir dans un même projet autant d’auteurs et d’illustrateurs et remarquable par la qualité de leurs œuvres et leur internationalité. Leurs récits, se déroulant tantôt à notre époque, tantôt il y a un siècle, ont en commun de nous rappeler qu’oublier, c’est risquer de reproduire les horreurs passées. Il est difficile de résumer ou donner son avis sur l’ensemble des dix-huit histoires, parmi lesquelles, « Impénétrables empreintes », « A la mine comme à la mine ! », « Jeux de guerre » ou « Mémorial » dont les graphismes nous rappellent l’univers de Tolkien qui a connu les tranchées samariennes, et « L’Allemagne doit payer » justifient à elles seules, que « Traces de la grande guerre » rejoint votre bibliothèque.

La première des histoires de ce recueil, se situe près de l’Isonzo, dans le nord de l’Italie, que nous connaissons beaucoup moins que les batailles de la Marne ou la Somme, voici donc une vidéo de l’excellent Benjamin de Nota Bene qui en parle :

Kid Paddle – T16 – par Midam

Editions Dupuis – 48 pages – 06/11/2020

Kid Paddle, ce jeune garçon d’une dizaine d’années, fan de jeux-vidéo, reviens dans un 16ᵉ album Kid N’Roses.

Dès la première planche, nous retrouvons avec plaisir Kid et son meilleur ami Horace, qui essayent de gruger le guichetier du cinéma afin d’aller voir un film d’horreur interdit aux moins de dix-huit ans, « La Nonne ». Pour cela, ils auront la merveilleuse idée de se déguiser en nonne. Sauf, qu’Horace, monté sur les épaules de Kid, et faisant preuve d’une totale inculture religieuse, fera tomber à l’eau à leur plan, se retrouvant fort dépourvu devant un interlocuteur, l’appelant à tour de rôle « ma sœur » ou « ma mère ».

Il aura fallu attendre trois ans pour avoir un nouvel album de Kid Paddle, son créateur se partageant depuis un moment avec son spin-off Game over qui rencontre également un très grand succès. Néanmoins, c’est avec plaisir que nous retrouvons les sketches de Kid, plutôt réussis, même si, à l’image du premier, ils toucheront moins de jeunes lecteurs, qui aujourd’hui ont accès beaucoup plus facilement à un tas de films aussi gores et violents qu’ils le veulent. Les fans de game over seront enchantés de retrouver plusieurs sketchs du petit barbare.

Je remercie les éditions Dupuis et NetGalley pour ce service presse qui, m’a permis de passer un sympathique moment de lecture.

Vous ne connaissez pas Kid Paddle, voici une heure de sa version animée :

Lien vers la page des éditions Dupuis consacrée à Kid Paddle :

https://www.dupuis.com/seriebd/kid-paddle/57

Mary Jane par Frank Le Gall et Damien Cuvillier

Futuropolis 88 pages 19/02/2020

Sans être un chef-d’œuvre du 9ᵉ art, cet album mérite une attention particulière par le choix de l’auteur, Frank Le Gall, de consacrer son récit, une biographie fictive, à la dernière des victimes de Jack L’éventreur, Mary Jane (Mary Jeannette Kelly). Biographie fictive, d’une jeune femme qui est prétexte à nous narrer, la vie de cette classe populaire, qui vivait dans une grande misère à une époque, celle de l’Angleterre Victorienne dont nous n’aimerions retenir que le faste de la révolution industrielle. Avant d’être victime d’un tueur en série, elle fut avant tout victime de sa condition.

Lors du règne de la reine Victoria, la société anglaise et de façon encore plus marquée, londonienne, est un véritable contraste entre la vie de la bourgeoisie, les nouveaux riches apparus avec l’industrialisation et la population pauvre, très souvent féminine, qui n’ont malheureusement comme choix de survie, que celui de marchander leur corps.

Cette noirceur, dénoncée, mise en lumière par le scénario de Le Gall est très joliment adoucie par les dessins, aquarelles de l’illustrateur Damien Cuvillier. Contraste qui nous rappelle l’opposition des classes sociales.

Ne vous attendez donc pas à en apprendre plus sur le célèbre tueur en série, mais plongez dans le décor de cette période de l’histoire et découvrez la face cachée de Londres. Un grand bravo à Frank Le Gall et Damien Cuvillier pour ne pas être tombés dans la facilité de faire un énième ouvrage sur Jack The Ripper.

Il ne m’a pas été facile de trouver un documentaire en français, ne se focalisant pas sur le célèbre tueur en série. Néanmoins, à travers cette courte vidéo, découvrez en image le Londres de la fin du règne de la reine Victoria.

Je vous invite à vous rendre sur le site de l’éditeur :

https://www.futuropolis.fr/

Mademoiselle J. – Je ne me marierai jamais par Sente et Verron

Dupuis 64 pages 09/10/2020

Retrouvons l’oncle Paul après nous avoir conté les aventures de Ptirou, lors de la réunion familiale à Noël, revient pour les fêtes de Pâques. Cette fois, il va nous narrer, l’histoire de Juliette de retour à Paris, et ce, pendant les mois qui ont précédé la seconde guerre mondiale.

Juliette vit en quelque sorte, le chagrin d’une histoire d’amour qui n’a vraiment jamais commencé, fauchée par la disparition de Ptirou. Sa décision est prise, elle ne se mariera pas et deviendra grand reporter. En parallèle, son père a quitté ses fonctions à la direction de la Transat pour se lancer dans une nouvelle compagnie avec un associé qui souhaite lui, faire entrer les allemands au capital. Sauf que depuis 1933, Hitler est chancelier. Juliette, qui part l’héritage de sa maman est de fait, coactionnaire, refuse de s’associer avec eux. Pour la faire changer d’avis, le partenaire de son père mettra en place toute une stratégie diabolique…

Cet album signé Verron et Sente, au scénario digne d’un thriller, recréé à merveilles l’ambiance du Paris de la fin des années 30, les tenues, les véhicules, les bâtiments, nous donnent l’impression de visionner un documentaire historique. J’ai également beaucoup aimé retrouver, au cœur de ce récit, la force de caractère de Juliette, véritable féministe.

Un second volume aussi agréable à lire et regarder que le premier. Vivement le prochain.

La bande-annonce du second volume
Vidéo pour découvrir l’exposition universelle de Paris 1937, que l’on retrouve dans l’album.

Mademoiselle J. – Il s’appelait Ptirou par Sente et Verron

Éditions DUPUIS 80 pages 09/10/2020 réédition de « Il s’appelait Ptirou » sorti le 17 novembre 2017 dans la collection « Le Spirou de… »

J’ai démarré la lecture de cet album dont le scénario est signé Yves Sente et les illustrations sont réalisées par Laurent Verron avec cette nostalgie de retrouver les émotions d’enfance à la lecture d’album de Spirou. Le lien est forcément fait au premier coup d’œil par la couverture ou le titre. Néanmoins, ce talentueux duo, va beaucoup plus loin, en nous racontant les origines de ce personnage qui aura accompagné de nombreux jeunes amateurs de bandes dessinées.

Ce récit, ils nous le font conter par un vieux monsieur, l’adorable oncle Paul, qui le soir du 24 décembre 1959, s’assoie dans un fauteuil et allume sa pipe afin de raconter à se neveux et nièces une histoire, celle de Mademoiselle J qui nous fera remonter le temps et embarquer sur un magnifique Paquebot, un transatlantique avec Juliette, son papa, son infirmière, un pilote d’avion et de nombreux passagers dont un jeune garçon roux, Ptirou, orphelin depuis le décès de sa maman artiste de cirque.

A l’image de ces enfants buvant les paroles de leur tonton, nous dévorons avec plaisir chaque case, chaque bulle de cet album. Nous voyageons comme nous pouvons le faire dans un roman d’aventures, nous apprenons plein de choses comme dans un roman historique, et enfin, nous nous révoltons face à ce contraste entre l’opulence et la pauvreté comme dans un roman noir, social.

J’ai commencé cet album avec nostalgie, pour le fermer avec beaucoup de tristesse et de tendresse.

La bande annonce de l’album original.
Découvrez d’une autre manière ce magnifique paquebot le SS Ile de France

Commandez cet album chez votre libraire indépendant ou grâce au lien suivant :

https://9e-store.fr/mademoiselle-j/dupuis/livres/il-s-appelait-ptirou-2871ea

Asgard – T1 & T2 – par Ralph Meyer et Xavier Dorison

DARGAUD 54 pages 01/03/2012
DARGAUD 56 pages 24/01/2013

Une plongée à l’époque des Vikings, à la rencontre d’Asgard, un Skraëling, un « homme laid », puisque né avec une jambe manquante, épargné d’une mort promise par son père et qui est devenu un Krökkentödter, un chasseur de monstre.

Un monstre marin, harcèle et décime les flottes de pêcheurs d’un village des pays nordiques. Ces derniers n’auront d’autre solution que de faire appel à Asgard Pied-de-fer pour tenter de traquer et tuer cette créature qui menace, l’hiver approchant la survie des villageois. Il partira donc accompagné d’autres courageux, à bord d’un navire spécialement équipé pour la chasse au monstre. Démarre alors une aventure à travers les fjords, dans laquelle, ils apprendront à se connaître, et nous, nous en apprendrons un peu plus sur les mythes nordiques et le passé d’Asgar.

Cette œuvre graphique est composée de deux tomes, le scénario est de Xavier Dorison et les illustrations réalisées par Ralph Meyer. Un vrai plaisir de lecture avec en toile de fond, l’adaptation face au handicap mêlé à la légende nordique du Serpent monde.  

 

Le fil de l’Histoire – La peste, histoire d’une pandémie par Fabrice Erre et Sylvain Savoia

DUPUIS 43 pages 02/10/2020

Dans la crise sanitaire actuelle, les enfants posent souvent pas mal de questions auxquelles nous ne savons toujours pas forcément bien formuler les réponses adéquates. Fabrice Erre et Sylvain Savoia, à travers leurs personnages de Nino et sa grande sœur Ariane, ont les mots justes pour rendre ce sujet accessible aux plus jeunes (dès 6 ans en lecture accompagnée) dans cet album, hybride entre bande dessinée et documentaire.

Je trouve, pour avoir dernièrement fouiné dans des documentaires enfants plus anciens, que cette série donne un vrai coup de jeune à des ouvrages qui ont encore une vraie utilité pour des jeunes lecteurs curieux et qui n’ont pas encore le réflexe systématique de demander à google et autres des informations sur tout et n’importe quoi. De plus, le ton léger et humoristique employé, rend la lecture agréable.

Dans cette série, très abordable en plus, chaque tome étant au prix de 5,90 euros, vous trouverez des sujets aussi intéressants que variés sur Le Titanic, Le mur de Berlin, Gandhi, Les vikings, Le premier pas sur la Lune, Napoléon,….

Pour les plus grands, une vidéo de Ben de Nota Bene :

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