Les derniers jours des fauves par Jérôme Leroy

La manufacture de livres – 440 pages – 2 février 2022 – 9782358878302

Thriller politique, uchronie, roman noir, comme souvent avec Jérôme Leroy, ce nouveau roman est inclassable. Dans la lignée de Le Bloc, Les derniers jours des fauves, nous racontent la vie politique française d’une « dimension parallèle »… ou pas… Toutes ressemblances avec des personnes ou situations existantes ne seront que des vues de vos esprits.

2017, à la surprise générale et à l’issue d’un second tour aux résultats très serrés, Nathalie Séchard, du mouvement politique Nouvelle Société, créé spécialement pour elle, est élue présidente de la République et a évité de peu de voir le pays sombré aux mains du Bloc Patriotique.

Seulement, cinq années ont passé. Usée par ce mandat, la sexagénaire, mariée à un homme plus jeune qu’elle d’un quart de siècle, décide de se retirer de la vie politique et d’enfin profiter des quelques années d’un bonheur égoïste qu’elle est en droit de réclamer.

Au sein du gouvernement où se sont retrouvés élus de gauche et de droite, jeunes loups et vieux lions, une guerre de succession gronde. Dans un contexte de pouvoir affaibli par les crises successives, Gilets Jaunes, sanitaire, climatique, Manerville, le ministre écologiste et Beauséant, le très à droite ministre de l’Intérieur, vont s’affronter dans un combat qui dépassera l’arène politique.

Jérôme Leroy use ici de tous ses talents pour nous offrir un roman qui, en plus de nous donner un intense plaisir de lecture, nous donne matière à réfléchir sur le fonctionnement de notre société, celle que l’on conforte à chaque élection, tant ne nous reste que, depuis trop longtemps, le choix entre le moins pire des deux.

Derrière sa plume qui fait mouche, aiguisée par son regard sur la société, derrière ses bons mots et le déguisement de ses personnages, sa mise en scène et les nombreux clins d’œil aux lecteurs, Leroy, génie poétique et littéraire, nous livre un roman bourré d’humanité. Ici, même les personnages les plus sombres, ont une part de bon en eux. Ils ne sont que des hommes et des femmes qui savent aussi à côté des rivalités, trahisons, mensonges, des renoncements, faire preuve d’amour, d’amitié, de fidélité. La politique n’est que le reflet de ceux que sont les Sapiens.

Les derniers jours des fauves sera parmi les plus grands romans de l’année à n’en pas douter. La période préélectorale est le décor parfait pour se plonger dans cette fiction. Un seul conseil, foncez chez votre libraire, achetez ce roman et même les autres de Leroy (y compris les romans jeunesse), on ne peut que ressortir plus intelligent de ces lectures.

Petit clin d’œil à Jérôme avec la dernière strophe d’un poème de Bernard Dimey, Fredo du recueil Poèmes voyous :

A côté des r’quins d’la finance
et des crabes du gouvernement
De ces tarés qui règn’en France
à grands coups de gueul’d’enterr’ment
A côté d’tout’ces riches natures
qui nous égorgent à coups d’grands mots
à côté d’tout’cett’ pourriture
i’n’était pas méchant, Frédo.

Pour tous les commentateurs des réseaux sociaux et autres… Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire On arrive au sommet de l’imbécillité…

Un immense merci à Pierre Fourniaud et l’équipe de La Manuf’ et à Jérôme, mes amitiés camarade.

Le site de la Manufacture de Livres : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/215/leroy-jerome-les-derniers-jours-des-fauves

Nos vies en flammes par David Joy

Sonatine – 352 pages – 20 janvier 2021 – 9782355847301

Prenant comme décor les Appalaches en feu, David Joy, à travers le combat de Ray Mathis, un garde-chasse retraité et veuf, nous dépeint une sombre société américaine. Joy nous prouve ici, qu’il est le maître du roman noir contemporain américain.

Raymond Mathis, occupe ses journées à lire, à s’occuper de son terrain et aide la communauté. Veuf, il n’a plus qu’un fils, un toxicomane qui a, depuis trop longtemps, sombré dans la drogue. Il faut dire aussi qu’il est presque plus facile de s’en procurer que d’aller faire ces courses dans cette région dévastée par la misère sociale, vidée de ses ressources souterraines et où même la forêt a été pillée. Seulement avec le départ de toutes les entreprises destructrices et où le chômage bat des records, seul le tourisme culturel apporte un peu de richesse. Pour cela les Cherokees se retrouvent à transformer leur Histoire, leurs traditions en vulgaire marchandises monnayables. On ne peut que faire le parallèle entre Ray et son territoire, tous deux condamnés à vivre au jour le jour, sans véritable espoir d’un lendemain heureux. Ray sait même que son fils décédera à cause des opioïdes. Juste, il ne sait pas quand.

Dans le décor des Appalaches dévorées par la drogue et en proie aux flammes qui les encerclent et génèrent un nuage de cendres qui les recouvre comme pour mieux les étouffer, Joy se fait le conteur de ses âmes égarées. Peu d’auteurs maîtrise aussi bien la poésie des mots pour, raviver la lumière au plus profond de ce que notre société a de plus sombre.

Oui, quand tout espoir semble perdu, des âmes se dressent pour balayer les tâches qui abîment nos vies. Comme Ray, qui en se relevant contre ceux qui inondent ses montagnes de poisons chimiques essaiera de garder un lien avec son fils et de laisser un peu de bien au milieu des cendres.

Ce quatrième roman de David Joy et incontestablement le meilleur. Il écrit avec passion, amour pour cette région où il vit et écrit. Dans Nos vies en flammes, il s’intéresse au fléau de la drogue dont il a déjà parsemé des récits mais, cette fois, il y ajoute l’histoire de ce territoire avec les Cherokees. Ce roman noir est également le plus polar avec une immersion dans une mission d’infiltration de la DEA.

Lire du David Joy est à chaque fois un chamboulement émotionnel tant il arrive à donner à ses personnages une profondeur et un réalisme. Et, ce qu’ils soient bons comme Ray ou perdus comme Ricky ou Denny.

L’Amérique qui a élu Trump est en partie, celle décrite par David Joy. Soit on moque ces millions d’électeurs, soit on cherche à comprendre pourquoi. Les médias ont choisi la moquerie, à nous lecteurs de découvrir cette Amérique rurale qui n’est pas sans rappeler la France « périphérique ».

Pour mieux connaître la Caroline du Nord
Le site des éditions Sonatine : https://www.lisez.com/livre-grand-format/nos-vies-en-flammes/9782355847301

Après nous le déluge par Yvan Robin

Editions In8 – 240 pages – 21 septembre 2021 – 9782362241260

Une claque, pour ne pas dire un uppercut qui vous sonne complétement. Après nous le déluge est un roman inclassable d’une profonde noirceur percée par une lumineuse poésie.

Beaucoup de romans nous marquent même si quelques-uns s’installent en nous pour toujours. Chaque année, dans la quantité extraordinaire de romans publiés, quelques pépites coexistent et parfois même certains sont prodigieux. Souvent, les romans se ressemblent. Des chefs-d’œuvre, il y en a si peu et pas tous les ans. Après nous le déluge en est un. Le roman de la maturité comme nombre de critiques aiment à les qualifier. Un roman écrit avec les tripes et dans lequel l’auteur ne s’interdit rien, je dirais.

Anticipation, post-apocalyptique, roman d’aventure, roman épique, roman noir, social, ce récit poétique, une Odyssée écologique ne rentre dans aucune case, il les coche toutes. L’auteur ne rend pas seulement hommage aux grands textes fondateur de la littérature, il a l’audace de s’inscrire dans leurs pas.

Et, pour cela, il ose tout, même emprunter au premier livre de la Bible sa temporalité. En effet, Yvan Robin nous relate son apocalypse en sept jours qui verront la nuit envahir les jours, les pluies s’abattre sur ce qu’il reste de terre, la Lune, les étoiles s’éteindre et les animaux disparaître avant les Hommes.

Dans la fiction contemporaine, la crise écologique est de plus en plus présente. Nombre de romans, de films, d’œuvres artistiques s’en emparent même certains politiques, rappelons-nous, par exemple, en 2002, le président Chirac prononcait à Johannesburg la fameuse phrase « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Beaucoup plus d’actualité, le film Don’t look up d’Adam McKay avec Leonardo DiCaprio où des scientifiques tentent de prévenir de la fin du Monde. La sonnette d’alarme est tirée, on s’échine encore à la faire sonner plus fort mais, dans le brouhaha médiatique, le transfert d’un joueur de foot fait plus de bruit qu’un rapport du GIEC. Yvan Robin n’écrit pas une énième sommation, il nous dépeint Le Déluge, celui provoqué par l’Homme, espèce destructrice.

Au milieu de ce décor grandiose, terrifiant, de cette nuit qui nous semble alors éternelle, luisent encore quelques étoiles. Feu-de-bois, jeune adolescent débordant de vie et son père suicidaire. Dalila, la camarade de Feu-de-bois ou Lilu, cette jeune femme qui tente vaille que vaille de sauvé son Kamishibaï, théâtre d’images japonais, peut-être le seul vestige de la création artistique humaine.

L’auteur utilise une quantité incroyable de matière pour donner du corps à son récit. Un peu comme s’il réunissait à travers son roman, tout ce qui fait les êtres que nous sommes. Transformant son histoire en arche de Noé de l’humanité. Pour nous happer et nous faire jouer un rôle, nous lecteurs, habitués à être de simples spectateurs, il utilise pour le fils, une narration à la première personne, nous accrochant à lui au milieu du chaos. Pour le père, en revanche, il utilise la deuxième personne du singulier, créant plus de distance avec lui mais, nous permettant de prendre du recul et nous offrant un temps nécessaire à la réflexion. Cette réflexion, nous suivra longtemps après avoir refermé ce livre.

Merci Yvan, de partager avec nous, ce talent immense qui donne une puissance incroyable aux mots. Merci également à Josée Guellil et aux éditions In8, de publier des œuvres aussi profondes et poétiques.

N’est-ce que de la fiction ?

Le site des éditions in8 : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/926-apres-nous-le-deluge

Katja par Marion Brunet

In8 éditions – 80 pages – 21 septembre 2021

Un court roman, une novella sombre, un récit profondément noir, mais tellement bouleversant, car du plus profond, brille une puissante humanité. Certainement mon coup de cœur de cette fin d’année.

En quelques dizaines de pages, Marion Brunet, nous embarque pour un récit qui marque nos vies de lecteurs d’une empreinte indélébile. On ne ressort pas indemne de cette lecture. Une novella qui n’est autre qu’un condensé de ce qu’est le meilleur de la littérature noire.

Berlin. Katja, trentenaire, vient de perdre sa mère. Seule subsistait l’enveloppe charnelle de cette dernière, déjà éteinte à l’intérieur. À vrai dire, Katja ne l’a jamais connu pleine de vie. Ce décès est pour la jeune femme, le déclic qui la fera partir sur les traces de son passé. Direction la Bretagne et une île coupée, à marrée haute, du reste du monde, sur laquelle un homme malade fait face à ses derniers instants de vie, rongée par une saleté de crabe. Elle se fera embaucher par ce dernier, pour l’assister et lui permettre de rester quelque temps de plus dans cette grande maison vide. Mais, avec Katja, s’installe également une tension, un climat très froid qui repose sur des non-dits que l’on découvrira au fur et à mesure.

Marion Brunet, fait preuve ici de tout son talent pour nous raconter une histoire, quasi en huis-clos. Un voyage de l’Allemagne de l’Est à l’extrême ouest de la France, sur les traces d’un passé, recomposé à la sauce Stasi. Ici, plus qu’à travers les dialogues, la puissance du récit s’écrit dans les silences qui rythment les confrontations entre Katja et le vieux journaliste. Les portraits des personnages chacun rongé par un mal, la maladie pour l’un, la colère pour l’autre, sont d’une rare intensité et nous offrent deux versions d’une même histoire. N’en faisons pas de mystères, chez l’un gagnera la maladie…

Un texte poignant, une nouvelle pépite de la collection Polaroid chez les éditions In8. Vous n’êtes pas lecteurs de nouvelles ? Katja, vous fera changer d’avis. Bravo Marion Brunet. Merci In8 de permettre à ce genre de textes, de rencontrer les lecteurs.

Le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/927-katja

Nos corps étrangers par Carine Joaquim

La Manufacture de Livres – 232 pages – 07 janvier 2021

Avec Nos corps étrangers, Carine Joaquim nous offre un premier roman court, noir, d’une extrême finesse psychologique, un bouleversant récit sur ces vies parfois si banales en apparence et pourtant…

Elisabeth, Stéphane et Maeva 15 ans, forment une famille d’apparence modèle comme il en existe des milliers d’autres. Seulement, derrière d’idylliques apparences, se cachent souvent une réalité moins reluisante et malheureusement tellement banale. Leur réalité, c’est celle d’un couple qu’a fui l’amour, abîmé par la routine, les rêves inaccomplis et brisé par l’adultère de l’époux. Pour se reconstruire, ils décident de fuir cette réalité, de l’abandonner, quittant Paris, pour se donner une nouvelle chance en banlieue, à quelques dizaines de kilomètres. Seulement vingt ans ne s’effacent pas comme cela.

Ils rêvent d’un nouveau départ, s’offrent une jolie maison avec jardin et atelier. C’est là qu’Elisabeth souhaite se mettre à la peinture, une passion enfouie au fond d’elle, de ce corps devenu étranger, traumatisé par la trahison de Stéphane et qui n’accepte plus d’être nourri. Elle espère que la peinture sera une thérapie, une renaissance.

Maeva quant à elle est jeune fille qui devient femme, et doit faire connaissance avec un corps changeant, découvre les sentiments amoureux et cette nouvelle vie, loin de ses amis d’enfance tout en se remettant de la perte de sa grand-mère.

Pour Stéphane seul l’augmentation du temps passé dans les transports sera un changement notoire dans cette nouvelle vie qui ne fera pas illusion longtemps.

Carine Joaquim signe un brillant premier roman qui doucement, nous emporte jusqu’à nous happer complétement, le final est brutal, bouleversant. L’auteur aborde avec finesse de nombreux sujets tels que le handicap, l’immigration, le harcèlement, l’adolescence, l’adultère, la parentalité, le rapport du corps et de l’esprit… Beaucoup de sujets pour un court roman rythmé par une année scolaire de la vie de cette famille. Seulement, comme la vie nous le prouve trop régulièrement, le sort a tendance à s’acharner.

J’ai une nouvelle fois été bluffé par un premier roman dont la lecture dès les premières lignes m’a émotionnellement bouleversé tant ce premier chapitre résonnait en moi pour des raisons très personnelles. Néanmoins, la plume sensible de Carine Joaquim aura su transformer cette lecture en une nouvelle passionnante expérience. Comme lecteur, j’ai souvent l’impression de grandir un peu après chaque roman publié chez La Manufacture de Livre que je lis.

Un grand bravo Carine, hâte de découvrir le prochain et merci à Pierre Fourniaud de faire vivre une si belle maison et de nous permettre de découvrir autant de talents.

Quand l’amour n’est plus, il vaut parfois mieux lui dire au revoir tout simplement…

Le site de l’éditeur : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/191/joaquim-carine-nos-corps-etrangers

La République des faibles par Gwenaël Bulteau

La Manufacture de livres – 04/02/2021 – 368 pages

Laissez-vous embarquer dans un voyage que vous n’oublierez pas de si tôt !

Le premier janvier, nous souhaitons leur fête aux Clair, les brillants, les glorieux. Seulement, en 1898, dans une France qui, sous la IIIᵉ République, n’arrive pas encore à poser de manière pérenne ses principes fondamentaux que sont la démocratie, les libertés, la laïcité, les droits sociaux, la justice pour tous, c’est l’obscurité qui va s’abattre sur la ville de Lyon avec, l’atroce découverte par un chiffonnier du corps d’un enfant sans tête.

Le commissaire Jules Soubielle sera chargé de l’enquête dans un climat de tension extrême à l’approche d’élections législatives où le socialisme naissant fait face au nationalisme et surtout l’antisémitisme exacerbé par l’affaire Dreyfus.

Le commissaire devra jongler entre ses ennuis personnels, ses équipes déchirées entre problème d’alcool et idéaux politiques, une misère sociale présente à tous les coins de rue, les secrets cachés de familles comme les Génor et les sévices subis par certains enfants.

Gwenaël Bulteau signe avec La République des faibles un magistral premier roman, récompensé par le prix Landerneau. Professeur des écoles, on ressent dans son texte l’affection et l’engagement auprès des enfants et son combat contre l’injustice sociale. Polar, roman noir, roman social, roman historique, un récit multi-facettes et une prose poétique font de ce roman un petit bijou de l’édition contemporaine.

Un grand merci aux éditions La manufacture de livres et à l’auteur pour ce magnifique roman.

Pour découvrir le Lyon de l’époque

D’amour et de guerre par Akli Tadjer

Éditions les Escales

Akli Tadjer, nous entraîne avec « D’amour et de guerre » de la Kabylie au Nord de la France, dans un bouleversant récit, où se mêlent tendresse et dureté, humour et tragique, Histoire et fiction, Amour et guerre.
Octobre 1939, Adam, jeune kabyle, gardien de moutons, vit l’insouciance de ses vingt ans, vouant un amour immense à son amie d’enfance Zina, pour laquelle il bâtit un chez-eux, la clef. Tous deux ne rêvent que de se marier et vivre ensemble, une vie heureuse. Seulement, en Europe la guerre est déclarée. Comme plus de 130 000 Algériens, Adam devra intégrer l’armée française. Il sera envoyé sur le front, face aux Allemands, sur un continent qu’il ne connait pas l’Europe, dans un pays où son père est revenu estropié de la Der des ders, la France. Arraché à sa terre, son foyer, son amour, il écrira à cette dernière des lettres d’amour dans un cahier rouge qu’il gardera sur lui…
D’amour et de guerre, fait partie de ces rares romans qui, une fois refermé, résonne toujours en vous en nous apportant un petit quelque chose qui nous change. En effet, même si nous possédons un certain nombre de connaissances sur cette triste période, que régulièrement les honneurs sont rendus et à juste titre aux résistants, aux alliés, aux soldats qui ont débarqué en Normandie, nous ne savons pas grand-chose sur les bataillons armés d’Afrique et d’ailleurs sans qui, nous n’aurions certainement pas vaincu la tyrannie nazie. Des hommes que nous avons traité avec si peu d’humanité. Avec ses mots justes écrits de sa très belle plume, Akli Tadjer, leur rend un magnifique hommage.

Le Sacre des Impies par Ghislain Gilberti

COSMOPOLIS 651 pages 05/11/2020

Je vous le dis de suite, car je ne garantis pas à 100% une totale objectivité sur cette chronique tant je suis fan et admiratif de celui qui est au roman noir, ce que le King des grandes années était à la littérature fantastique. Ghislain Gilberti, possède ce quelque chose en plus qui transforme un roman écrit avec une plume des plus talentueuse en un récit qui, comme le ferait une puissante drogue, pénètre votre organisme, jusqu’à se répandre dans tous vos organes avant enfin de dévorer votre âme. Et, cette trilogie des Ombres, chef d’œuvre de la littérature noire, que vient conclure ce troisième opus « Le sacre des impies » ne fait que le démontrer.

Nous avions découvert Boderline, puis les Anges de Babylone, ici, nous suivons en parallèle, les premiers instants de la création en 1995 et l’aboutissement du projet des sept membres de l’Hydre en 2011. Dans un final qui vous pète à la gueule, vous laisse coi et vous aura marqué à jamais.

Oui vous ne rêvez pas, malgré les atrocités qu’auront pu commettre ceux qui ont gravé sur leur corps « ecce lex », des psychopathes de la pire espèce, vous ressentez de l’empathie pour eux et ressentez un certain respect pour leur code d’honneur et d’une certaine façon pour leur humanité. Car oui, ils ne sont que des hommes et femmes, victimes d’une société qui ne protège que les riches et puissants.

Et c’est à nous, petits privilégiés, éternels insatisfaits, menant une vie, soyons honnêtes, plutôt confortable, que Ghislain dévoile, cette société que nous ne voulons voir, et à laquelle nous avons échappé, nés dans de bonnes familles, aimantes et protectrices. De nombreux facteurs tels la violence, l’alcool, la dépression, les mauvaises fréquentations, la folie auraient pu détruire ce fragile équilibre et nous faire dévier vers cet underground, cette sombre et marginale société que décrit Ghislain.

Une trilogie à mettre entre les mains de lecteurs avertis, qui sortiront sans doute un peu changés de cette plongée dans les profondeurs d’un système se faisant échos aux dérives de notre si parfaite société.

Merci Ghislain, de donner autant de toi, témoin de ce que nous ne saurions voir. Je ne suis pas sûr que nous serions nombreux à ne pas avoir totalement sombré.    

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Carbone et Silicium par Mathieu Bablet

ANKAMA 272 pages 28/08/2020

Le Silicium, Si, dans le tableau périodique des éléments chimiques est, après l’oxygène, l’élément le plus abondant dans la croûte terrestre.

Le Carbone, C, est le quatrième élément le plus abondant dans l’univers. Il est à la base d’une multitude de composés organiques.

Dans le magnifique ouvrage tant sur la forme que le fond, de Mathieu Bablet, ils sont deux entités créées dans la Silicone Valley par la société Tomorrow Foundation sous la direction du Professeur Noriko, deux intelligences artificielles, deux émotions artificielles… Leur rôle sera de créer du lien social, d’apporter assistance et présence auprès d’une population de plus en plus vieillissante, abandonnée par les plus jeunes.

Prévues, selon les lois du capitalisme, à une durée de vie courte, régit par une obsolescence programmée, ils doivent s’éteindre au bout de quinze ans. Seulement ces entités douées d’une remarquable intelligence et capable de traiter des quantité d’informations en quelques nanosecondes, ne le verront pas de cet œil.

Je n’ai pas assez de superlatifs pour vous décrire la qualité du travail de Mathieu Bablet. Cet album est postfacé par Alain Damasio, c’est pour moi la meilleure preuve de sa magnificence. Si un jour, je rédige une chronique ne serait-ce que dix fois moins bonne que cette analyse de l’œuvre par ce génie qu’est Damasio, je serais le plus heureux des blogueurs.

Carbone & Silicium est à la fois, une œuvre futuriste et actuelle, philosophique et initiatique, engagée, sombre et lumineuse. Elle nous marque et mérite sa place au Panthéon des œuvres SF à côté des romans de Barjavel, Azimov, Damasio… C’est le cycle des robots d’aujourd’hui. Mathieu, nous peint un tableau avec des illustrations qui nous paraissent parfois inachevées, qui créent un flou mais qui correspondent à ce futur qui n’est qu’une proposition du futur qui nous attend. Un monde ravagé par la surpopulation, qui se vengera de la manière dont nous traitons la planète et où les technologies que nous développons prendront une place de plus en plus importante, reléguant l’espèce humaine à un second plan. Ça, c’est pour le côté sombre.

Pour le côté lumineux de cette œuvre, qui vient éclairer les ténèbres, vers lesquelles nous fonçons tête baissée, il y a ces histoires d’amours, un amour filial entre Noriko et ses créations, surtout carbone, un amour platonique entre les deux entités qui traversera le temps.

Quelles places souhaitons-nous laisser à l’artificiel ? Quels futurs souhaitons-nous pour nos enfants ? Voilà le genre de questions qui vous trotteront dans la tête après la lecture de ce chef d’œuvre.

Alma : Le vent se lève par Timothée de Fombelle

Gallimard Jeunesse 400 pages 11/06/2020

Quand notre grande nation, le pays des Droits de l’Homme, met sous le tapis une partie de son Histoire, nous avons besoin des auteurs pour nous transmettre cet héritage dont nous n’avons pas à être fier, mais je reste persuadé que connaître nos erreurs passées permet de ne pas les reproduire.

Timothée de Fombelle, avec son courage, ses tripes, son âme nous raconte à travers les yeux d’Alma, jeune africaine partie à la recherche de son frère, le barbarisme du commerce honteux de vies humaines, celles de millions d’africains. Oui, de nos ports français partaient de nombreux vaisseaux qui allaient remplir leurs cales d’hommes, femmes et enfants, à qui ils faisaient traverser l’océan Atlantique pour les échanger contre des marchandises.

Ce roman, écrit à destination des plus jeunes et comportant de très belles illustrations de François Place, subit dans les pays anglo-saxons la dure réalité de la censure de cette époque où l’on s’interdit de mettre sur la table des sujets qui fâchent, où un seul mot peut créer la polémique et qui veut donner l’illusion que nous sommes des Bisounours.

Nous suivons dans ce magnifique récit le parcours de trois jeunes personnages, Alma donc mais également Joseph Mars, jeune mousse tendance pirate et Amélie fille d’un armateur rochelais dont le bateau la douce Amélie est commandé par le capitaine Gardel.

La douce Amélie, quel contraste entre ce nom synonyme de tendresse, et l’horreur cachée sous ses ponts avec ses quelques 500 âmes prisonnières, arrachées à leur racine pour l’avarice de quelques autres.

Même si l’histoire narrée par Timothée de Fombelle est cruelle et criante de vérité, sa très belle plume la rend accessible aux lecteurs dès l’âge de douze ans. De plus son volet aventurier à travers les mers, rend sa lecture plaisante. Premier tome d’une saga qui devrait en compter un total de trois, c’est un roman à lire et qui permet de discuter en famille ou entre enseignants et élèves de ce lourd héritage.

L’esclavage, n’est pas qu’un mot, c’est un fléau qui a traversé les âges à travers les nombreuses civilisations qui nous ont précédées. Voici une vidéo de Benjamin Brillaud de Nota Bene qui nous retrace son histoire :

Un extrait musical nous rappelant de ne pas oublier l’esclavagisme :

Pour commander Alma, le vent se lève :

https://www.lalibrairie.com/livres/alma–volume-1-le-vent-se-leve_0-6391499_9782075139106.html?ctx=882e64f93deb79053210c41ed1e2a4ed

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