L’arpenteuse de rêves par Estelle Faye

Rageot – 352 pages – 13 octobre 2021

Estelle Faye, signe avec L’arpenteuse de rêves, un conte merveilleux où derrière une apparente lecture divertissante, se trouve un récit empreint de réalisme.

Le royaume de Claren pourrait s’apparenter à une montagne couronnée comme peut l’être la préfecture de l’Aisne, Laon. Une colline sur laquelle en place d’une cathédrale se niche un palais, celui de la mystérieuse Jeune Reine. Autour, en plus de l’habitat de riches bourgeois, se trouve une Académie, celle des Arpenteurs, qui ont le pouvoir de visiter les rêves.

Plus nous nous éloignons du sommet de cette colline, plus la pauvreté se dévoile. Sur ses soubassements, vit une population très pauvre, dans un environnement pollué et où certains, pour survivre, trichent, volent, font régner la terreur. Parmi ces brigands, les Silures avec à leur tête Marcus. C’est à leur côté, contraintes, que Cassandra et sa jeune sœur Lissem vécurent quelques années. Cassandra, comme les Arpenteurs, possède le don de se rendre dans les rêves. Don qu’elle doit utiliser à mauvais escient pour dévaliser les victimes endormies. Jusqu’au jour où Lissen est tuée et où Cassandra, s’enfuit, se cache et devient Myri.

Quelque temps plus tard et alors qu’au hasard de rencontres, Myri, s’est trouvée une nouvelle famille à qui, elle dissimule son don, des spectres apparaissent et un étrange mal s’étend. Quand le petit Miracle, ce bébé que cette drôle de famille a recueilli, à son tour est touché, Myri n’a d’autre possibilité que d’utiliser son pouvoir.

L’Arpenteuse de rêves, c’est de la fantasy, mais pas seulement. Certes, dans ce roman, il y a de la magie, des créatures fantastiques, un monde imaginaire mais, il y a aussi, des thématiques universelles et toujours, très actuelles telles que l’écologie, la place des femmes dans la société, les inégalités sociales, les luttes de pouvoir. Ce roman est une aventure que nous pourrions aisément qualifier d’aventure philosophique avec en conducteur cette question : « Qu’est-ce qui compte vraiment pour nous ? ».

Ce roman en plus, de ce récit intelligent et accessible aux jeunes lecteurs dès l’âge d’une douzaine d’années, bénéficie d’une magnifique couverture, illustrée par Paul Echegoyen et mise en valeur par des incrustations dorées. À l’approche de la fin d’année, une super idée cadeau.

Pour aller plus loin…

Le site de l’éditeur : https://www.rageot.fr/livre/larpenteuse-de-reves-9782700276565

Pour découvrir l’univers d’Estelle Faye : https://www.estellefaye.fr/butitsmyonlyline/

Un jour Une étoile par Jean-Luc Marcastel

Gulf stream éditeur – 241 pages – 21 février 2019

Avec ce roman de space opéra, Jean-Luc Marcastel nous transporte loin dans la galaxie. Mais, le recul n’est-il pas nécessaire pour mieux observer notre monde ?

M’marte, cité en ruines où survivent des clans en guerre, menacés par des monstres de fer, les maraudeurs. Ces derniers viennent régulièrement enlever les habitants qui ont atteint les 6 570 jours de vie, c’est-à-dire 18 ans. Alors quand ils arrivent, Saru, sait que c’est certainement et malgré leur tentative de fuite, la dernière fois qu’il verra son grand frère Saïh. Et, ce qui doit arriver, arrivera.

Sauf que, cette fois, une étrangeté se produit et alors que le ciel « s’éteint », apparait une capsule dont s’extraient deux êtres étranges aux corps couverts de métal. Une femme et un homme qui, lui, a perdu la vie. Saru, tombera très vite sous le charme de cette fée métallique qui mettra à mal ses croyances, son identité, sa raison d’être.

Électrogène est une collection jeune adulte, comme on le dit aujourd’hui, pour les lecteurs de quinze ans et plus. Une nouvelle fois, Jean-Luc Marcastel, démontre que la littérature accessible aux adolescents est intelligente, pleine d’esprit, aborde des sujets complexes amenant à la réflexion. Il adapte parfaitement son récit, jouant parfaitement l’équilibriste, dosant comme il faut certaines scènes afin de préserver les jeunes lecteurs sans infantiliser son histoire.

Et, quelle histoire !! L’avantage d’aller s’amuser dans l’espace, dans une galaxie lointaine, très lointaine est que l’on peut allégrement, dénoncer les dérives de notre société sans devenir le moralisateur de service. La SF, quand elle est bien faite et ne prend pas le lecteur pour un idiot, permet à ce dernier de se forger sa propre opinion. Ici, usant de métaphore, l’auteur, dresse un tableau des erreurs que nous commettons concernant notre si précieuse planète. La cité M’marte ne vous rappelle rien ? Ces figures de styles assez simples en apparence et l’âge des personnages à la frontière de l’âge adulte, sont les seuls éléments catégorisant d’ailleurs ce roman en +15 ans. Les thématiques, elles, concernent la sauvegarde des (de notre) espèces, la lutte pour le pouvoir, l’acceptation de l’autre, si différent et si proche, la sensualité, l’amour, le retour aux sources, la place de la technologie,…

Un jour une étoile, un space opéra français, très actuel, pour les fans de SF ou pour la faire découvrir. Un sympathique cadeau à faire aux jeunes adultes, futurs électeurs, dans ce climat de précampagne électorale où certains candidats, à leur manière, inventent aussi le monde de demain nous menaçant même de grand remplacement. Reconnaissons, que leur imagination est à même de rivaliser avec nos plus talentueux auteurs de fiction.

Un grand merci à Gulf Stream éditeur pour ce service presse et d’énergiques applaudissements à Jean-Luc Marcastel qui nous couvre d’espoir et nous aide à retrouver foi en l’humanité.

Les paroles de cette chanson, accompagnent parfaitement l’esprit de ce récit…

Le site de l’éditeur : https://gulfstream.fr/produit/un-jour-une-etoile/

Et nous aurons l’éternité par Catherine Fradier

Au diable Vauvert – 288 pages – 06 mai 2021

Derrière cette hypnotique couverture où deux êtres baignent au milieu de livres, se cache un récit qui m’a énormément marqué, aspiré, surpris.

Nous sommes en 2051, dans une France bouleversée par les changements climatiques. Une société telle qu’aurait pu imaginer Georges Orwell. L’eau est une denrée rare, rationnée, la viande n’existe plus. Les citoyens, sont réduits à l’état d’esclaves modernes, privés de liberté. Le capitalisme a gagné sur la vie. Victoire facilitée par l’appauvrissement intellectuel de la population. Néanmoins, existent encore, heureusement, des personnes qui rejettent, dénoncent ce système. Parmi elles, Norma, une des rares personnes âgées à avoir survécu. Romancière, sa vie fut bien remplie. Une jeune étudiante lui propose de l’interviewer afin d’évoquer son passé de « fictionneuse ». Norma accepte, ce qui lui laisse un répit avant de devoir quitter son immeuble, destiné à la destruction, pour rejoindre un « établissement de retrait ».

Ce roman d’anticipation, se lit comme un livre d’histoire tellement il transpire le réalisme et nous montre la destination vers laquelle nous nous dirigeons à grands pas, sourds aux signaux que la nature nous envoie et que certains, scientifiques, écrivains… dénoncent. Extrait : « À part lire, qu’avez-vous fait ? Peu de choses en réalité. Comme d’autres écrivains de son époque, essayistes, écologistes, auteurs d’anticipation, scientifiques, journalistes simples citoyens, Norma avait tenté d’alerter sur les catastrophes à venir. Mais toutes ces publications, ces ouvrages, ces articles n’étaient lus que par une minorité de convaincus, membres de la société civile aux pouvoirs restreints, souvent perçus comme des catastrophistes qui se complaisaient à annoncer un effondrement de la civilisation thermo-industrielle qui ne venait jamais. Jusqu-à ce que tout s’emballe. » Mais, comme Catherine Fradier l’écrit si bien un peu plus tard, « Quelles que soient les épreuves que traverserait encore l’humanité, il y aurait toujours des riches et des puissants qui s’affranchiraient des règles imposées au plus grand nombre. Une poignée de voraces qui profiteraient des ultimes ressources, sans jamais cesser de garder un œil sur la populace, le knout à la main ».

Heureusement, derrière ce noir tableau d’un avenir qui semble tout tracé, Catherine Fradier, nous rappelle que l’humanité n’est pas que mauvaise, preuve en est, les relations entretenues dans son immeuble entre les habitants, l’amour de la littérature qu’elle transmet autour d’elle et en particulier à son petit-fils et l’amour pour Charly, son défunt époux qui aura été plus fort que la mort.

Un grand merci aux éditions « Au diable Vauvert », pour ce roman qui, je l’espère, participera à éveiller des consciences.

Le site de l’éditeur : https://audiable.com/boutique/cat_litterature-francaise/et-nous-aurons-leternite/

Enquêtes aux jardins – Les pommes de l’apocalypse par Guillaume Le Cornec

Éditions du Rocher 272 pages 02/09/2020

Quelle belle découverte que je dois à la masse critique jeunesse de Babelio que je remercie pour l’envoi de cet ouvrage des éditions du Rocher. J’en profite pour souligner la qualité de ce roman, une très jolie couverture, agréable au toucher et la mise en page qui est très réussie. J’aime également préciser, car c’est important à mes yeux, que ce roman est vendu moins de 13 €, il y a encore des éditeurs qui se soucient de rendre abordable la lecture, surtout quand elles visent les jeunes lecteurs.

Mon seul regret lors de cette lecture a été de me rendre compte qu’il y avait un volume de cette série « enquêtes aux jardins », « les empoisonneurs », avant « Les pommes de l’apocalypse » et même si j’ai parfaitement réussi à lire cet opus, avoir lu le précédent m’aurait permis d’en connaître plus sur les personnages et l’organisation à laquelle ils appartiennent, la guilde des Jardins du Roi.

Ces personnages, justement, Emma et Lucas, deux adolescents hyper mâtures, intelligents, curieux et peut-être même un peu amoureux, sont les principaux protagonistes de ce récit où viennent s’ajouter, entre autre, leurs parents, leur vieil ami et mentor, Jean-Marie James Ecolloyd alias JMJ, son comparse Aristote Théophraste dit Aris’ le Dingue, un major instructeur surnommé le cinglé du Devonshire et un tas de chercheurs étrangers. Emma et Lucas, sont les récentes recrues de cette organisation appelée « La guilde des Jardins du Roi », qu’Emma décrit à merveille : « En clair, notre boulot consiste à mettre des bâtons dans les roues aux pourritures qui portent atteinte gravement à l’environnement, qui tentent de privatiser le vivant au profit d’intérêts douteux, qui déforestent, qui massacrent et anéantissent des écosystèmes fragiles et des espèces menacées pour se faire du fric ». Là forcément, je suis conquis. En effet, notre rapport à l’environnement doit radicalement et urgemment changer, et comme cela a été fait aux siècle des Lumières avec l’Eglise, la littérature est notre meilleure alliée pour nous faire réfléchir.

Mais revenons à nos moutons, plutôt ici pommiers et orchidées, Guillaume Le Cornec, nous propose un écolo-polar jeunesse, jeune adulte, une classification que je n’aime pas trop, je dirai donc accessible à de jeunes lecteurs avec quand même un bon niveau de lecture. Dans cette enquête, aux décors que nous imaginons magnifiques, luxuriants, de cette beauté que seule la nature puisse nous offrir même au cœur de ville comme Rouen ou Nantes, nous sommes sensibilisés à la botanique, cette science du vivant, qui est consacrée à l’étude des végétaux, poumons de la planète. Et je ne doute pas qu’un certain nombre de jeunes lecteurs auront la curiosité suffisamment titillée pour chercher à en savoir plus et je l’espère trouver une vocation à leur avenir professionnel et un nombre encore plus grand, à protéger cette planète, désastreux héritage que nous leurs laisserons. L’enquête en elle-même reprend les ingrédients du polar, avec même une dose d’action qui m’a vraiment surpris et qui en fait un hybride polar-espionnage-aventure qui garde le lecteur en haleine. Sans oublier, une plume agréable à lire et à travers laquelle, nous ressentons, l’engagement et la passion de l’auteur.

Portrait de Guillaume Le Cornec auteur d’enquêtes aux jardins
Découverte du Jardin des Plantes de Nantes
Jardin des plantes de Rouen
Pour le clin d’œil, très belle interprétation de la version française de Paint it black que j’ai eu la chance de découvrir en live au Zénith de Lille

Impact par Olivier Norek

Michel LAFON 348 pages 22/10/2020

« Impact » comme celui que causerait une météorite gigantesque qui après avoir pénétré notre atmosphère s’écraserait sur notre planète en causant d’immenses dégâts apocalyptiques. Une météorite que nous aurions observée longtemps, très longtemps, identifiable au loin par des scientifiques avec de puissants télescopes avant que les astronomes amateurs la voient avec du matériel accessible à tous et enfin que l’ensemble de la population l’observe à l’œil nu…

Reprenons ce scénario en y modifiant quelques détails. En fait, remplaçons seulement la météorite par le changement climatique, oui oui, celui que nous causons enfin que nos modes de vie, de consommation causent… Et ça si nous devions choisir une date où ces dérives sont dénoncées, présentées à la face du monde je choisirais 1972 et la rapport Meadows, il y a donc maintenant près d’un demi-siècle. Et depuis, la menace des dégâts qu’elles causent ne fait que grossir… A l’œil nu, nous voyons disparaître les glaciers, la banquise, la biodiversité (60 % des espèces auraient disparu entre 1970 et 2015), les forêts quand, en parallèle grossissent les continents de plastiques, les usines de production de protéines animales, les cultures de soja, les territoires massacrés par l’exploitation des ressources énergétiques fossiles, les stockages de déchets chimiques et les profits, ceux réalisés par quelques multinationales aux mains de ces hommes et femmes avides de pouvoir et d’argent.

Virgil Solal, à l’image de nombre d’entre nous, a vu les dégâts causés loin, en Afrique par exemple où il était amené à travailler, mais un peu comme nous, ce qui se passe ailleurs nous touche mais de loin, on se met des œillères. Mais un beau jour, alors qu’il va devenir papa, leurs vies à Laura, la maman et lui basculent, la joie d’une naissance se transforme en deuil. Le nourrisson ne survivra pas, elle est née, les poumons collés à cause de la pollution atmosphérique, chez nous, en France, à Paris.

Virgil partira en croisade, de celle que l’on mène avec ses tripes, son âme, sans intérêts propres puisque sa vie s’est arrêtée à la perte de son enfant. Ancien militaire, doué, intelligent, maîtrisant les moyens de communications modernes, il s’attaquera aux plus puissants, en commençant par le patron de Total…

Olivier Norek nous avait déjà prouvé à quatre reprises qu’il était un auteur de polars sur qui il fallait compter, il nous a montré qu’il savait sortir des sentiers battus, de sa zone de confort avec « Entre-deux-mondes » un livre inclassable, d’une profondeur incroyable se déroulant en grande partie dans la « jungle » de Calais. Avec Impact, il nous secoue, il s’engage encore plus, il a le courage de ne pas se cacher derrière une fiction, il y dénonce (références à l’appui) la cruauté de l’égoïsme humain. Il utilise son talent de romancier pour nous passer des messages et dénoncer ces grands groupes capitalistes et les gouvernants qui trop souvent leurs servent de marionnettes.

Bravo et respect Olivier. Félicitations également à Michel Lafon d’éditer un tel roman qui en dérangera plus d’un.

Pour finir, une petite note personnelle, comme Virgil, comme l’ont fait, ou essayé de faire les « gilets jaunes », nous pouvons essayer de nous en prendre aux plus hautes sphères de l’Etat pour crier nos colères et demander un peu plus de justice sociale et écologique. Mais, n’oublions pas que nous avons en nos mains un outil encore plus efficace qu’un bulletin de vote ou une manifestation, notre carte bancaire… Grâce à elle, nous pouvons affaiblir les puissants et préserver notre planète, achetons local, de saison, des produits en circuits courts si possible n’ayant pas reçus de pesticides et entourés du moins d’emballages possibles, n’achetons pas ou peu de produits technologiques que nous remplacerons trop souvent, essayons de nous déplacer de manière la plus raisonnable possible, mettons un pull et baissons de deux degrés la température de notre thermostat… Nos parents ou grands-parents ont entamé cette mode de la surconsommation qui détruit notre environnement, nous continuons allégrement mais, ne pouvons nous cacher derrière un « on ne savait pas »… Je ne dis pas que l’on doit vivre comme à l’âge de pierre, juste que l’on soit raisonnables. Quoi que l’on fasse aujourd’hui, la planète se réchauffera encore et nous en souffrirons il ne faut pas se voiler la face. Ce que nous déciderons aujourd’hui, permettra ou pas à nos enfants d’exister dans un monde viable pour notre espèce…  

Interview d’un autre combattant pour la vie :

L’extrait musical que l’on retrouve dans le roman :

         

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