Enquêtes aux jardins – Les pommes de l’apocalypse par Guillaume Le Cornec

Éditions du Rocher 272 pages 02/09/2020

Quelle belle découverte que je dois à la masse critique jeunesse de Babelio que je remercie pour l’envoi de cet ouvrage des éditions du Rocher. J’en profite pour souligner la qualité de ce roman, une très jolie couverture, agréable au toucher et la mise en page qui est très réussie. J’aime également préciser, car c’est important à mes yeux, que ce roman est vendu moins de 13 €, il y a encore des éditeurs qui se soucient de rendre abordable la lecture, surtout quand elles visent les jeunes lecteurs.

Mon seul regret lors de cette lecture a été de me rendre compte qu’il y avait un volume de cette série « enquêtes aux jardins », « les empoisonneurs », avant « Les pommes de l’apocalypse » et même si j’ai parfaitement réussi à lire cet opus, avoir lu le précédent m’aurait permis d’en connaître plus sur les personnages et l’organisation à laquelle ils appartiennent, la guilde des Jardins du Roi.

Ces personnages, justement, Emma et Lucas, deux adolescents hyper mâtures, intelligents, curieux et peut-être même un peu amoureux, sont les principaux protagonistes de ce récit où viennent s’ajouter, entre autre, leurs parents, leur vieil ami et mentor, Jean-Marie James Ecolloyd alias JMJ, son comparse Aristote Théophraste dit Aris’ le Dingue, un major instructeur surnommé le cinglé du Devonshire et un tas de chercheurs étrangers. Emma et Lucas, sont les récentes recrues de cette organisation appelée « La guilde des Jardins du Roi », qu’Emma décrit à merveille : « En clair, notre boulot consiste à mettre des bâtons dans les roues aux pourritures qui portent atteinte gravement à l’environnement, qui tentent de privatiser le vivant au profit d’intérêts douteux, qui déforestent, qui massacrent et anéantissent des écosystèmes fragiles et des espèces menacées pour se faire du fric ». Là forcément, je suis conquis. En effet, notre rapport à l’environnement doit radicalement et urgemment changer, et comme cela a été fait aux siècle des Lumières avec l’Eglise, la littérature est notre meilleure alliée pour nous faire réfléchir.

Mais revenons à nos moutons, plutôt ici pommiers et orchidées, Guillaume Le Cornec, nous propose un écolo-polar jeunesse, jeune adulte, une classification que je n’aime pas trop, je dirai donc accessible à de jeunes lecteurs avec quand même un bon niveau de lecture. Dans cette enquête, aux décors que nous imaginons magnifiques, luxuriants, de cette beauté que seule la nature puisse nous offrir même au cœur de ville comme Rouen ou Nantes, nous sommes sensibilisés à la botanique, cette science du vivant, qui est consacrée à l’étude des végétaux, poumons de la planète. Et je ne doute pas qu’un certain nombre de jeunes lecteurs auront la curiosité suffisamment titillée pour chercher à en savoir plus et je l’espère trouver une vocation à leur avenir professionnel et un nombre encore plus grand, à protéger cette planète, désastreux héritage que nous leurs laisserons. L’enquête en elle-même reprend les ingrédients du polar, avec même une dose d’action qui m’a vraiment surpris et qui en fait un hybride polar-espionnage-aventure qui garde le lecteur en haleine. Sans oublier, une plume agréable à lire et à travers laquelle, nous ressentons, l’engagement et la passion de l’auteur.

Portrait de Guillaume Le Cornec auteur d’enquêtes aux jardins
Découverte du Jardin des Plantes de Nantes
Jardin des plantes de Rouen
Pour le clin d’œil, très belle interprétation de la version française de Paint it black que j’ai eu la chance de découvrir en live au Zénith de Lille

La Conspiration Vatican par Ernest Dempsey

Cherche Midi 384 pages 12/11/2020

Retour à un genre de littérature que j’aime vraiment beaucoup, le thriller historique, avec ici La conspiration Vatican d’Ernest Dempsey. Je ne connaissais pas du tout ce romancier traduit pour la première fois en France alors qu’aux Etats-Unis, il a déjà publié une vingtaine de romans.

La conspiration Vatican, The Napoleon Affair en version originale, un titre qui lui sied beaucoup mieux est le dix-huitième opus de cet auteur outre Atlantique. Ce qui explique certainement quelques-unes des frustrations à la lecture de cet ouvrage, concernant le passé des personnages. Une équipe d’aventuriers, passionnés d’histoire et de résolutions de mystères. Les personnages, sont les éléments qui ne m’ont que moyennement fait apprécier cette lecture car nous ne ressentons rien pour eux, pas d’attachement ni même de rejet alors que sur le fond, cette intrigue est plutôt bien ficelée, les références historiques sérieuses et surtout, la construction du récit, reprend tous les codes du genre. Un air de déjà vu, une absence d’originalité qui sont tout à fait acceptables dans ce genre de roman tant il en existe mais un manque cruel de profondeur chez les personnages.

Dommage de démarrer de cette manière une série littéraire qui avait l’air prometteuse.

Résumé :

1798 : Alors que ses armées viennent d’envahir l’île de Malte, Bonaparte entre dans la cathédrale de La Valette gardée par l’ordre des Chevaliers hospitaliers de Saint-Jean. Son objectif : mettre la main sur une mystérieuse relique, confiée à l’Ordre lors de sa fondation.

2019 : Après avoir découvert dans les archives secrètes de la bibliothèque du Vatican une lettre signée de la main de Napoléon, un cardinal est assassiné. L’Église soupçonne une branche clandestine des Chevaliers teutoniques, ordre officiellement dissous en 1805. Le Vatican engage alors Sean Wyatt, ex-agent secret, pour remonter la piste du « secret Napoléon ». Celui-ci va devoir reconstituer un puzzle passionnant, à travers les arcanes de l’Histoire de France et de l’Église.

Cap Canaille – Prix du Quai des Orfèvres 2021

Éditions Fayard 408 pages 04/11/2020

Lire un polar ayant reçu le prix du Quai des Orfèvres est un peu comme assister à une enquête en regardant par un œilleton ou de manière plus moderne, par l’objectif d’une caméra go-pro fixée sur la poitrine. Le roman de Christophe Gavat, lauréat de cette année, ne fera pas défaut à la règle.

Henri Saint-Donat est commandant de police, un ancien du « 36 », qui a profité du déménagement des services de la PJ parisienne vers ses nouveaux locaux pour changer d’air. Direction la cité phocéenne.

Arrivé depuis peu, il est confronté à une spécialité locale. Non, pas l’apéritif anisé, synonyme de soleil et chant des cigales, un « barbecue ». Mais pas celui que l’on partage entre amis où, sous cloche, grillent merguez et chipos. Plutôt celui des règlements de compte quand un individu et enfermé dans le coffre d’un véhicule auquel on met le feu.

Le commandant aura la surprise de connaître la victime, une personne que jamais il n’aurait imaginé se retrouver dans cette situation. Le voilà engagé dans une enquête où le passé se rappellera au présent et Paris ne sera jamais aussi proche de Marseille.

Christophe Gavat, nous offre ici un polar brut, comme on les aime. Une enquête, voir même plusieurs enquêtes mais n’en dévoilons pas trop que l’on suivra un peu comme un docu-fiction éducatif, puisque, de nombreuses notes nous traduisent le langage de ces femmes et hommes en bleus un jour adulés par la société avant d’être dès le lendemain détestés. La littérature policière, joue un rôle important pour rappeler que ces femmes et ces hommes ne sont pas qu’un uniforme mais avant tout des êtres humains sacrifiant bien souvent leur vie personnelle à leur métier.

Ces flics, l’auteur nous les fait aimer. On s’attache à leurs histoires, leurs passés compliqués, responsables des fêlures qui les hantent. Pour certain, un secret, un drame familial, pour d’autre, une hérédité pas toujours évidente à porter pour se faire sa place. Mais cette empathie, nous pouvons aussi la ressentir pour ceux qui sont de l’autre côté de la loi, on peut être criminel mais avoir un sens du respect, de la vie et une vie personnelle comme les autres.

J’ai vraiment aimé ce roman même si ce n’est pas un coup de cœur total. En effet, certains éléments sont un peu cousus de fils blancs. Sans vouloir dévoiler l’histoire, nous voyons vite arriver la romance entre deux personnages et la manière dont les enquêteurs sont amenés à résoudre certains mystères sont un peu gros à mon goût. En revanche, le décor marseillais permet vraiment de voyager et rêver de soleil. De plus, l’activité bénévole d’Henri, m’a beaucoup touchée et apporte une sensibilité à ce roman qui touchera nombre de lecteurs.

Pour découvrir les sublimes paysages de Cap Canaille :

Pour se mettre un peu dans la peau de Lucie Clert :

Pour ceux qui comme moi, par un déplorable niveau d’anglais, avez du mal à comprendre intégralement le texte, voici une très réussie adaptation française :

Requiem pour un diamant par Cécile Cabanac

Fleuve éditions 468 pages 17/09/2020

Un polar au féminin, écrit par une femme talentueuse qui nous propose des personnages exceptionnels comme on les aime et que ce soit du côté de la police, des victimes ou des truands, la parité est largement respectée.

Cécile Cabanac signe avec Requiem pour un diamant, un polar de toute beauté en utilisant tous les codes du genre qui permettent de transformer une intrigue relativement classique au départ en un enchevêtrement d’évènements et rebondissements qui nous tiendra en haleine.

De plus grâce à l’auteure, nous faisons connaissance avec ce monde des diamantaires dont elle nous révèle la face cachée.

Je remercie Fleuve éditions et Netgalley pour cette lecture.   

Le mystère de la Main rouge par Henri Lœvenbruck

XO ÉDITIONS 473 pages 22/10/2020

Qu’est-ce que j’ai attendu ce roman… En temps normal, pour moi, un nouveau livre d’Henri Lœvenbruck créer une impatience rare, et plus encore avec celui-ci, la suite du « Loup des Cordeliers ».

Une suite donc, des aventures de Gabriel Joly en plein Paris de 1989, journaliste enquêteur amoureux d’une muette bibliothécaire rire de mystères et ses quelques amis que sont entre-autres, Anne-Josèphe Terwagne, Récif le pirate, le commissaire Guyot, Louis-Sébastien Mercier, Camille Desmoulins…

Cette suite pourrait être lue indépendamment du précèdent mais je vous conseille pour l’apprécier pleinement de lire « Le loup des Cordeliers » dont la sortie chez Pocket a précédé de peu celle du « Mystère de la Main rouge ».

A la fin du « Loup des Cordeliers », Henri nous avait avec beaucoup de talent laissé sur notre faim tant la révélation du Loup pouvait nous entraîner vers de nombreux questionnements. Dès le début de ce nouvel opus, il nous plonge instantanément dans de nouvelles questions avec une mystérieuse confrérie, « La Main rouge ». Chapitres après chapitres, de nouveaux mystères se succéderont à la révélation d’un précédent, nous donnant sans cesse envie d’attaquer le chapitre suivant…

Vous l’aurez compris, ce nouveau roman d’Henri Lœvenbruck fut pour moi une nouvelle fois une lecture réjouissante et conforte mon idée qu’il est l’un des meilleurs auteurs contemporains de fictions historiques, c’est notre Ken Follett français. Comme lui, dès que vous entamer un de ses romans, vous êtes transportés à la fois dans une intrigue mais aussi dans une autre époque que vous avez l’impression de vivre en direct. Je tiens également à souligner le remarquable travail documentaire réalisé qui enrichi énormément la fiction.

J’attends maintenant avec impatience la suite des aventures révolutionnaires de Gabriel Joly et vous invite à la fois à dévorer ce roman, le précédent et l’ensemble de l’œuvre de cet exceptionnel auteur.   

Et toujours un extrait musical en rapport avec le roman :

Et puis mourir par Jean-Luc Bizien

Fayard Noir 342 pages 30/09/2020

Paris, hiver 2018, les samedis les rues se colorent de jaune, une ambiance de guérilla urbaine entre les forces de l’ordre, certains manifestants et surtout ces groupes de casseurs tels les Black Blocs. Au milieu de ce désordre violent, se trouve des hommes et femmes venus crier leur désespoir, leurs souffrances à un gouvernement qui ne les écoute plus.

Parmi eux un homme, qui mène une croisade contre des privilégiés, qui de leurs grands appartements se trouvent au-dessus de tout ça. Quelle cause défend-il ? Mérite-t-telle que des vies soient enlevées ?

Au Bastion, le Commandant Jean-Yves Le Guen et son adjoint, le Capitaine Patriziu Agostini ainsi que leur équipe sont chargés de l’affaire dont les retentissements médiatiques pourraient être terribles et surtout utilisés par certains pour discréditer encore plus la révolte sociale en cours. Entre la recherche de la vérité, la recherche de justice de l’un, la stricte application de la loi pour l’autre, cette enquête sera un véritable combat pour leurs consciences.

Jean-Luc Bizien nous offre avec « Et puis mourir… » un véritable polar à la mécanique très bien huilée. Il arrive à rendre attrayant un récit pourtant basé sur un modèle souvent utilisé : une série de meurtres, une équipe composée de deux fortes personnalités qui plus est un breton et un corse faisant partis du fameux 36, un cadre parisien… les ingrédients de nombreux romans de ce type.

Dans ce roman, j’ai vraiment aimé les personnages y compris Gabriel qui sème en nous en permanence le doute, la finesse de l’auteur qui ne l’oublions pas, prend comme décor le mouvement des « gilets jaunes », sujet à fort potentiel polémique, le traitant sans caricaturer ni les forces de l’ordre ni les manifestants et le côté technique de l’enquête traitée dans ce livre. J’ai parfois, en revanche, eu l’envie d’aller un peu plus vite dans certains chapitres qui me paraissaient traîner un peu en longueur. En reste un excellent moment de lecture, un polar que je vous conseille vivement et vous le verrez, en le refermant un petit peu de Gabriel résonnera encore en vous.  

J’avais initialement prévu d’illustrer mon retour de lecture avec « Concert à deux violes esgales du Sieur de Sainte Colombe que l’on retrouve dans une scène du roman, mais l’actualité me donne envie de rentre hommage à Eddie Van Halen (je ne pense pas que Jean-Luc m’en voudra) :

Pour commander le roman, allez chez votre libraire indépendant ou suivez le lien :

https://www.lalibrairie.com/livres/et-puis-mourir_0-6861158_9782213717272.html?ctx=a7ac4d3e6e4f9111b601b1efffbc7962

« L’homme qui aimait trop les livres » d’Allison HOOVER BARTLETT

Pocket 264 pages 02/01/2020

J’ai craqué pour ce livre en vacances à la très jolie librairie trait d’union à Noirmoutier. La couverture et son titre ont tout de suite attiré mes yeux sur ce petit livre (format poche) au milieu de ces très nombreux polars et thrillers. La lecture de la quatrième de couv’ a fini par me convaincre : une enquête d’un libraire jouant les Sherlock Holmes afin de mettre la main sur un voleur de livres… Seulement voilà, parfois un emballage trop beau peut être trompeur.

Je n’irais pas jusqu’à dire que ce livre est mauvais ou que son auteure soit nulle, mais ce n’est pas comme attendu, un polar au rythme effréné. Ce récit est plus un témoignage, un documentaire journalistique, nous racontant la vie de John Gilkey, voleur de livres connu pour en avoir dérober pour près de 200 000 dollars.

Ce texte donc, d’Allison Hoover Bartlett m’a appris beaucoup de choses sur les livres anciens et les fantasmes qu’ils créent chez certains d’entre nous, lecteurs passionnés, ayant tendance à accumuler les livres.

N’aimant pas par respect pour le travail des auteurs faire des retours négatifs sur leur travail, mais souhaitant être toujours honnête envers les personnes lisant mes chroniques, je ne m’étalerais pas d’avantage mais profite au cas où pour rappeler au John Gilkey qui sommeille en eux, aux personnes m’ayant emprunté à l’occasion des livres de bien vouloir les rapporter 😉.

« Sois belle et t’es toi ! » de Jérémy BOUQUIN

Editions Lajouanie 208 pages 20/05/2016

Sam. Samuel. Samantha.

Jérémy Bouquin nous fait souvent découvrir des personnages forts, profonds. Ici il s’amuse et va plus loin. Trois personnages pour une seule et même enveloppe en pleine mutation. Samuel devient Samantha et Sam est sa chrysalide. Vous l’aurez compris, notre personnage principal est un transgenre.

Assez peu présente en littérature, c’est l’excellentissime « enfermé(e) » de Jacques Saussey, qui m’avait amené à connaître et découvrir la transidentité. La littérature noire, miroir de la société se prête parfaitement à développer des récits autours de ces personnes nées dans le mauvais corps.

Et quand un caméléon de la plume, talentueux comme Jérémy s’empare du sujet, il prend prétexte d’une potentielle escroquerie à l’assurance pour nous confronter à ce sujet et à nos légitimes interrogations car dans ce roman comme dans la vie, les personnes différentes sont souvent rejetées.

Revenons à Sam. Il/elle est un ancien flic, reconverti en expert en assurance, l’un des meilleurs de sa catégorie, mais que son employeur cherche à faire disparaitre de la vue de tous. Sam quitte donc Paname pour la Corrèze le temps d’une enquête.

Une nouvelle fois, Jérémy Bouquin nous offre un roman relativement court mais riche en personnage, à l’intrigue bien ficelée et au rythme effréné, souligné par des phrases courtes.

Et comme souvent chez Lajouanie, le texte est mis en valeur dans un écrin à la couverture magnifique.  

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