Lucky Luke – Un cow-boy dans le coton par Achdé et Jul

Lucky Comis (Dargaud) 48 pages 23/10/2020

Quel grand plaisir nostalgique que de se plonger à nouveau dans un album de Lucky Luke, cowboy du far west, ayant survécu à son regretté créateur pour nous partager ses aventures toujours très actuelles scénaristiquement.

Cette fois, et après un premier voyage sur le Mississipi, notre héros solitaire revient en pays Cajun suite à un étrange héritage qui en fait l’homme le plus riche de Louisiane. Il se retrouve à la tête d’une exploitation de coton faisant vivre près de 1200 âmes dans ce sud des Etats Unis où l’esclavage est aboli depuis 5 années mais où le racisme est toujours présent et violent avec la présence du KKK. N’étant pas intéressé par l’argent, sa décision ne plaira pas à ses voisins propriétaire d’exploitation d’or blanc.

Un album de Lucky Luke n’en serait pas un sans la présence des quatre frères Dalton traqués cette fois par celui qui fut le premier Marshall noir américain, Bass Reeves qui permet de rendre hommage à l’ensemble des cowboys afro-américains ayant construit la légende de l’Ouest mais trop souvent oubliés des westerns.

Comme bien souvent, le seul reproche que je ferai à ce nouvel album est sa taille, trop courte, sur le modèle des albums d’antan. Un grand bravo à Jul qui signe le scénario aux nombreuses références actuelles et à Achdé aux commandes des illustrations.

Alma : Le vent se lève par Timothée de Fombelle

Gallimard Jeunesse 400 pages 11/06/2020

Quand notre grande nation, le pays des Droits de l’Homme, met sous le tapis une partie de son Histoire, nous avons besoin des auteurs pour nous transmettre cet héritage dont nous n’avons pas à être fier, mais je reste persuadé que connaître nos erreurs passées permet de ne pas les reproduire.

Timothée de Fombelle, avec son courage, ses tripes, son âme nous raconte à travers les yeux d’Alma, jeune africaine partie à la recherche de son frère, le barbarisme du commerce honteux de vies humaines, celles de millions d’africains. Oui, de nos ports français partaient de nombreux vaisseaux qui allaient remplir leurs cales d’hommes, femmes et enfants, à qui ils faisaient traverser l’océan Atlantique pour les échanger contre des marchandises.

Ce roman, écrit à destination des plus jeunes et comportant de très belles illustrations de François Place, subit dans les pays anglo-saxons la dure réalité de la censure de cette époque où l’on s’interdit de mettre sur la table des sujets qui fâchent, où un seul mot peut créer la polémique et qui veut donner l’illusion que nous sommes des Bisounours.

Nous suivons dans ce magnifique récit le parcours de trois jeunes personnages, Alma donc mais également Joseph Mars, jeune mousse tendance pirate et Amélie fille d’un armateur rochelais dont le bateau la douce Amélie est commandé par le capitaine Gardel.

La douce Amélie, quel contraste entre ce nom synonyme de tendresse, et l’horreur cachée sous ses ponts avec ses quelques 500 âmes prisonnières, arrachées à leur racine pour l’avarice de quelques autres.

Même si l’histoire narrée par Timothée de Fombelle est cruelle et criante de vérité, sa très belle plume la rend accessible aux lecteurs dès l’âge de douze ans. De plus son volet aventurier à travers les mers, rend sa lecture plaisante. Premier tome d’une saga qui devrait en compter un total de trois, c’est un roman à lire et qui permet de discuter en famille ou entre enseignants et élèves de ce lourd héritage.

L’esclavage, n’est pas qu’un mot, c’est un fléau qui a traversé les âges à travers les nombreuses civilisations qui nous ont précédées. Voici une vidéo de Benjamin Brillaud de Nota Bene qui nous retrace son histoire :

Un extrait musical nous rappelant de ne pas oublier l’esclavagisme :

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