Blanc autour par Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

DARGAUD 144 pages 27/11/2020

Wilfrid Lupano (scénario) et Stéphane Fert (illustrations) nous invitent à un voyage dans le temps, aux Etats-Unis, dans les années 1830. Pour être plus précis, à Canterbury dans le Connecticut. Et ce, afin de nous conter, l’histoire de la Canterbury Female Boarding School, la première école pour jeunes filles à la peau d’ébène.

L’institutrice, Prudence Crandall (1803-1890) est enseignante dans cette école, qui n’est à la base qu’une école de filles dans laquelle un jour, vient se présenter « Sarah », une jeune fille curieuse en soif d’apprentissage. Mademoiselle Crandall décide de lui offrir une place à l’école. Mais à cette époque et même si dans ces états du nord, l’esclavage n’est plus pratiqué, le racisme est encore monnaie courante et les esprits sont toujours hantés par Nat Turner, un esclave qui savait lire et écrire et qui a mené une révolte sanglante. Les blancs, refusent cette idée et menacent d’enlever leurs enfants. L’institutrice les prendra au mot et de ce fait, elle vient de créer la première école pour jeunes filles noires.

J’ai beaucoup apprécié cette histoire basée sur des faits réels et qui m’étaient totalement inconnus. Le travail de documentation a été remarquablement mené et permet à cet album graphique d’être très instructif. De plus, les biographies de personnalités issues de cette école en post face de l’album m’a appris beaucoup de choses. Elles sont signées par Joanie DiMartino, a conservatrice du musée Prudence Crandall. J’ai été un peu moins sensible aux illustrations et surtout à la police de caractères utilisée qui ne se prête pas à la lecture dématérialisée.

Je remercie en tout cas Netgalley et les éditions Dargaud pour cette histoire de sororité dans cette Amérique où même aujourd’hui, le racisme est malheureusement toujours présent.

Le quatrième rassemblement par Cyril Carrère

Cosmopolis 400 pages 8/10/2020

Avec son style très visuel, cinématographique, Cyril Carrère nous emmène à l’ouest du pays de l’oncle Sam, en Californie, état de naissance de nombreuses start-up, dans une petite ville, Visalia, dans laquelle William, créateur avec deux amis d’Educorp aimerait créer une nouvelle « Silicon Valley ». Seulement William, serial entrepreneur à succès, s’est cette fois complètement planté et Educorp fait faillite. Pour se relever et répondre à son appétit de requin des affaires, il acceptera l’aide d’un fond d’investissement… Mais quand on vend son âme au diable, on en perd son humanité…

Cyril nous offre avec « Le Quatrième rassemblement » un magistral page-turner, à travers lequel nous suivons le destin d’un homme qui perd son âme dans une machination qui n’a pas fini de nous surprendre tant sans cesse, nous nous demandons qui tire véritablement les ficelles. Ce roman est digne des meilleurs scénarios hollywoodiens et nous fait découvrir une Amérique de seconde zone comme nous la connaissons si peu.

Ce thriller est un vrai bon moment de lecture après laquelle vous regarderez d’un autre œil vos collègues et associés.

Résumé :

Visalia, Californie centrale.

William, l’homme d’affaires, rêve de créer un nouveau pôle d’excellence dans la région qui l’a vu naître, loin de la Silicon Valley et de la Baie de San Francisco. Lorsque sa société Educorp fait faillite, étourdi par le désir de revanche, il accepte l’aide d’un fonds privé sans en avertir ses associés.
Quand Carl, l’avocat fiscaliste, met son nez dans les affaires d’Educorp, ce qu’il découvre va l’aspirer au cœur d’un engrenage incontrôlable.

Philip s’active pour offrir une fin de vie décente à sa mère. Pour y parvenir, le lieutenant de police est prêt à tout.

Le destin de ces trois hommes va se télescoper quand William doit revoir ses associés, une semaine plus tard, à l’occasion du Rassemblement, rituel instauré depuis la fin de leur aventure commune. Parfaite symétrie des situations et des hommes : dans ce dédale de faux-semblants, de violences feutrées et de trahisons, le face-à-face s’annonce comme la plus dangereuse réunion à laquelle ils aient jamais participé.

 » Ce lien entre nous  » de DAVID JOY

SONATINE 304 pages 03/09/2020

Autant le dire tout de suite, « Ce lien entre nous » de DAVID JOY est une pépite. Un roman noir, social, superbement écrit sur ce qui me plaît le plus dans ce genre littéraire, la spirale infernale qui emporte les protagonistes et parfois ceux les entourant, vers une descente aux enfers que rien n’arrête par une suite de décisions malheureuses. J’ai d’ailleurs relevé cette phrase qui résume parfaitement ces dommages collatéraux : les amis peuvent attirer beaucoup d’ennuis. Le titre même du roman que je trouve doux et élégant, nous rappelle que nous sommes liés les uns aux autres et que nos actes peuvent se répercuter autour de nous.

Avec ce roman, je découvre la plume, sublime de David Joy, il possède un rare talent pour créer des personnages à qui il donne de la profondeur et envers lesquels nos sentiments sont très nuancés car à l’image de l’humanité ils sont complexes, les bons ont des failles et les mauvais ne le sont pas complètement. De plus, à la manière d’un peintre, l’auteur nous dresse un tableau de ces lieux extraordinaires sans jamais transformer ces belles descriptions en passages ennuyeux à lire.

Sujet parfois polémique, la chasse est ici au cœur du récit. En effet, c’est par un accident de chasse que tout commence. Une méprise dont les conséquences pourraient être terribles et ce n’est pas que l’aspect judiciaire qui inquiète Darl Moody. Comme souvent dans ce type de roman, la façon de traiter de certains sujets amènent à y réfléchir d’une manière différente et ici, la chasse est un moyen de se nourrir, pas un loisir du dimanche matin…

Merci David de nous offrir un aussi beau roman, qui je n’en doute pas deviendra un classique de cette riche littérature qu’est celle du roman noir.

Très belle interview de David Joy par François Busnel pour La Grande Librairie

Très souvent, j’écoute de la musique en lisant et j’essaie en général de trouver des morceaux en adéquation avec le récit, voici un exemple pour celui-ci :

« L’homme qui tua Chris Kyle » de Fabien NURY et BRÜNO

DARGAUD 164 pages 29/05/2020

Ne connaissant pas trop la culture et l’histoire des Etats-Unis, je ne connaissais nullement Chris Kyle avant le film « American Sniper » de Clint Eastwood dans lequel Bradley Cooper incarne ce héros des temps modernes. Dans ce film, la vie de Kyle avant l’armée et celle d’après sont survolées, les scénaristes ayant basé le sujet du film sur la période qui a fait de lui une légende.

Quand j’ai appris qu’une bande dessinée allait voir le jour, j’ai de suite pensé à une adaptation du film ce qui me décevait légèrement. Quand j’en ai plus su, et surtout quand le titre fut dévoilé, je me suis dit cool, je vais en connaitre un peu plus. Et c’est le cas.

En effet dans les nombreuses pages composants cette œuvre graphique, nous en apprenons beaucoup plus sur Kyle et assez peu finalement sur son assassin. Ce qui ne me déplait pas sachant que pour moi, les noms des meurtriers ne méritent pas de passer à la postérité.

Au fur et à mesure de ces pages donc, nous découvrons un américain, comme il doit y en avoir beaucoup et qui pourrait presque être un cliché de ce que l’on pense de ces citoyens supporter des Bush et Trump, républicains convaincus, défendant l’amendement les autorisant à porter des armes, roulant dans des véhicules hyper polluants… mais quelqu’un qui s’implique pour les anciens soldats, ses anciens frères d’armes.  

Le scénario que l’on imagine forcément un peu romancé est vraiment bon. Et j’ai adoré les graphismes et couleurs. L’épaisseur de cet ouvrage peut faire peur aux lecteurs de BD d’une cinquantaine de pages mais je peux vous assurer qu’une fois ouvert, il se dévore d’une traite.

Un grand bravo pour le travail réalisé qui m’a permis de m’intéresser à la vie et surtout la fin tragique d’un personnage avec lequel je partage peu de choses.

« Le jour où Kennedy n’est pas mort » R.J. Ellory

Sonatine Editions 432 pages 04/06/2020

En voilà un titre simple, qui dit tout de suite dans quoi nous mettons les pieds et qui donne envie quand il est associé à ce génial romancier qu’est Ellory.

Donc vous l’aurez compris, c’est dans une uchronie que nous nous plongeons en ouvrant les premières pages de ce roman. Et pour moi qui suis très amateur de thrillers, de SF et d’histoire, c’est forcément un cocktail gagnant.

Très vite, nous nous rendons compte que Kennedy n’est pas le personnage central de cette fiction, mais c’est Mitch Newman, un trentenaire photojournaliste n’ayant pas vraiment réussi à percer dans ce métier et dont la vie sur une décision a pris une direction qui aurait pu être tout autre… Et c’est ce regret, qui accompagne sa vie aujourd’hui et qu’il aimerait au fond de lui réparer qui l’emmènera à se jeter corps et âme dans une enquête suite au décès par suicide apparent de son amie Jean Boyd.

Nous sommes alors en 1964 et JFK est toujours Président des États-Unis car ce fameux jour de novembre 1963, Oswald n’était pas au rendez-vous de l’histoire telle que nous la connaissons aujourd’hui et qui comme c’est souvent le cas chez nous, le décès précoce et violent à en quelque sorte canonisé ce personnage politique controversé. Oui, la brillance de son sourire et son allure de gendre idéal cachent une vérité qui est bien différente de ce que l’on aime retenir de lui.

En parallèle donc de l’enquête sur les derniers mois de la vie de Jean menée par Mitch, Kennedy et son clan prépare donc la difficile mission de se faire réélire pour un deuxième mandat dont la première étape qui consiste à être désigné comme candidat des républicains paraît une épreuve infranchissable…

Ce roman nous fait donc voyager à travers les États-Unis et le temps puisque c’est presque soixante années qui nous séparent. R.J. Ellory nous dépeint à merveille cette société d’un monde en pleine mutation et y compris par le rythme plus lent que les thrillers que je lis habituellement, nous replonge dans cet univers sans internet, sans téléphones à cause desquels nous sommes disponibles en permanence, sans cette vitesse dingue à laquelle se propagent les informations (vraies ou fausses) et, ce changement de rythme nous fait du bien.

« Alexander HAMILTON Père du Dollar Fondateur des États-Unis » Georges De La Loyère

Temporis éditions

Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas plongé dans une biographie. Grâce à une « masse critique » de Babelio c’est maintenant chose faite avec cette biographie d’Alexander Hamilton rédigée par Georges De La Loyère aux éditions TEMPORIS. Biographie préfacée par l’ancien Président de la République et membre de l’Académie française Valéry Giscard d’Estaing, ami de l’auteur. Cette préface à la fois introduit et résume plutôt bien ce qui nous attend dans ces quelques 200 pages.

Ces quelques heures de lectures furent à la fois agréables et instructives mais surtout complétements différentes de mes lectures habituelles voir même des souvenirs que j’ai des biographies lues antérieurement au style plus romancé. Même l’auteur parle beaucoup d’Hamilton, le personnage principal de ce livre, dont la vie cache encore bien des mystères, l’auteur ne se focalise pas que sur lui et étend son étude à la période de naissance des Etats-Unis.

La lecture de cet ouvrage m’aura donné l’envie de lire plus souvent des biographies et de m’intéresser un peu plus à cette période de l’histoire américaine. J’ai, en revanche, été un peu déçu des trop nombreux parallèles faits avec une certaine idée d’une Europe Fédérale défendue par l’auteur car, de mon point de vue, l’histoire et les cultures des nations formant l’Union Européenne ne sont pas compatibles avec un modèle de fédéralisme à l’américaine.   

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