Cap Canaille – Prix du Quai des Orfèvres 2021

Éditions Fayard 408 pages 04/11/2020

Lire un polar ayant reçu le prix du Quai des Orfèvres est un peu comme assister à une enquête en regardant par un œilleton ou de manière plus moderne, par l’objectif d’une caméra go-pro fixée sur la poitrine. Le roman de Christophe Gavat, lauréat de cette année, ne fera pas défaut à la règle.

Henri Saint-Donat est commandant de police, un ancien du « 36 », qui a profité du déménagement des services de la PJ parisienne vers ses nouveaux locaux pour changer d’air. Direction la cité phocéenne.

Arrivé depuis peu, il est confronté à une spécialité locale. Non, pas l’apéritif anisé, synonyme de soleil et chant des cigales, un « barbecue ». Mais pas celui que l’on partage entre amis où, sous cloche, grillent merguez et chipos. Plutôt celui des règlements de compte quand un individu et enfermé dans le coffre d’un véhicule auquel on met le feu.

Le commandant aura la surprise de connaître la victime, une personne que jamais il n’aurait imaginé se retrouver dans cette situation. Le voilà engagé dans une enquête où le passé se rappellera au présent et Paris ne sera jamais aussi proche de Marseille.

Christophe Gavat, nous offre ici un polar brut, comme on les aime. Une enquête, voir même plusieurs enquêtes mais n’en dévoilons pas trop que l’on suivra un peu comme un docu-fiction éducatif, puisque, de nombreuses notes nous traduisent le langage de ces femmes et hommes en bleus un jour adulés par la société avant d’être dès le lendemain détestés. La littérature policière, joue un rôle important pour rappeler que ces femmes et ces hommes ne sont pas qu’un uniforme mais avant tout des êtres humains sacrifiant bien souvent leur vie personnelle à leur métier.

Ces flics, l’auteur nous les fait aimer. On s’attache à leurs histoires, leurs passés compliqués, responsables des fêlures qui les hantent. Pour certain, un secret, un drame familial, pour d’autre, une hérédité pas toujours évidente à porter pour se faire sa place. Mais cette empathie, nous pouvons aussi la ressentir pour ceux qui sont de l’autre côté de la loi, on peut être criminel mais avoir un sens du respect, de la vie et une vie personnelle comme les autres.

J’ai vraiment aimé ce roman même si ce n’est pas un coup de cœur total. En effet, certains éléments sont un peu cousus de fils blancs. Sans vouloir dévoiler l’histoire, nous voyons vite arriver la romance entre deux personnages et la manière dont les enquêteurs sont amenés à résoudre certains mystères sont un peu gros à mon goût. En revanche, le décor marseillais permet vraiment de voyager et rêver de soleil. De plus, l’activité bénévole d’Henri, m’a beaucoup touchée et apporte une sensibilité à ce roman qui touchera nombre de lecteurs.

Pour découvrir les sublimes paysages de Cap Canaille :

Pour se mettre un peu dans la peau de Lucie Clert :

Pour ceux qui comme moi, par un déplorable niveau d’anglais, avez du mal à comprendre intégralement le texte, voici une très réussie adaptation française :

Et puis mourir par Jean-Luc Bizien

Fayard Noir 342 pages 30/09/2020

Paris, hiver 2018, les samedis les rues se colorent de jaune, une ambiance de guérilla urbaine entre les forces de l’ordre, certains manifestants et surtout ces groupes de casseurs tels les Black Blocs. Au milieu de ce désordre violent, se trouve des hommes et femmes venus crier leur désespoir, leurs souffrances à un gouvernement qui ne les écoute plus.

Parmi eux un homme, qui mène une croisade contre des privilégiés, qui de leurs grands appartements se trouvent au-dessus de tout ça. Quelle cause défend-il ? Mérite-t-telle que des vies soient enlevées ?

Au Bastion, le Commandant Jean-Yves Le Guen et son adjoint, le Capitaine Patriziu Agostini ainsi que leur équipe sont chargés de l’affaire dont les retentissements médiatiques pourraient être terribles et surtout utilisés par certains pour discréditer encore plus la révolte sociale en cours. Entre la recherche de la vérité, la recherche de justice de l’un, la stricte application de la loi pour l’autre, cette enquête sera un véritable combat pour leurs consciences.

Jean-Luc Bizien nous offre avec « Et puis mourir… » un véritable polar à la mécanique très bien huilée. Il arrive à rendre attrayant un récit pourtant basé sur un modèle souvent utilisé : une série de meurtres, une équipe composée de deux fortes personnalités qui plus est un breton et un corse faisant partis du fameux 36, un cadre parisien… les ingrédients de nombreux romans de ce type.

Dans ce roman, j’ai vraiment aimé les personnages y compris Gabriel qui sème en nous en permanence le doute, la finesse de l’auteur qui ne l’oublions pas, prend comme décor le mouvement des « gilets jaunes », sujet à fort potentiel polémique, le traitant sans caricaturer ni les forces de l’ordre ni les manifestants et le côté technique de l’enquête traitée dans ce livre. J’ai parfois, en revanche, eu l’envie d’aller un peu plus vite dans certains chapitres qui me paraissaient traîner un peu en longueur. En reste un excellent moment de lecture, un polar que je vous conseille vivement et vous le verrez, en le refermant un petit peu de Gabriel résonnera encore en vous.  

J’avais initialement prévu d’illustrer mon retour de lecture avec « Concert à deux violes esgales du Sieur de Sainte Colombe que l’on retrouve dans une scène du roman, mais l’actualité me donne envie de rentre hommage à Eddie Van Halen (je ne pense pas que Jean-Luc m’en voudra) :

Pour commander le roman, allez chez votre libraire indépendant ou suivez le lien :

https://www.lalibrairie.com/livres/et-puis-mourir_0-6861158_9782213717272.html?ctx=a7ac4d3e6e4f9111b601b1efffbc7962

« Les cicatrices de la nuit » Alexandre Galien

J’ai acheté ce livre car il avait été récompensé du « Prix du Quai des Orfèvres », ce qui en général est plutôt un gage de qualité, et cette fois-ci encore je suis conforté dans cette idée.

J’ai vraiment eu l’impression de lire un docu-fiction sur la PJ Parisienne, du début à la fin de ce roman policier nous sommes plongés au cœur d’une enquête de la Crim’, de toutes les étapes hyper détaillées, des dialogues très vivants agrémentés de nombreux mots argotiques (heureusement l’auteur nous les « traduit » systématiquement.

L’enquête démarre avec le meurtre d’une jeune prostituée et c’est Philippe le nouveau chef du groupe Crim’ qui en prend la charge en découvrant très vite que cette jeune femme était une de ses indics quand il y a peu il était encore chargé du groupe Cabarets…

Cette enquête deviendra de plus en plus personnelle et c’est là, le seul défaut que je trouve à ce livre qui se lit merveilleusement bien, les seuls faits personnels mis à part peut-être quelques anecdotes sur les personnages, sont liés directement à cette enquête et ne dépassent jamais vraiment son cadre. L’auteur va droit au but ce qui donne un sacré rythme à son histoire. Il ne lui manque vraiment que de donner un peu de vie, de consistance à ses personnages pour –à mon avis- faire partie de nos grands auteurs de polars actuels.

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