Alphonse par Akli Tadjer

JC Lattès – 180 pages – 24 août 2005

Début des années 2000, Mohamed arrive au Terminus Nord, cette brasserie en face de la Gare du Nord, au subtil mélange architectural entre Art Déco et Art Nouveau. Il doit y retrouver sa cousine Juliette, qu’il n’a pas vu depuis quatre décennies afin de lui remettre des lettres, retrouvées à l’occasion du déménagement de sa maman. Il la voit, la reconnait, enfin presque… Il s’assoit, l’observe de loin et se replonge dans ses souvenirs où il nous entraîne un été au milieu des années 60, en plein bassin minier alors qu’il y était devenu Alphonse

Un prénom plus « français » pour cet enfant né en France, mais de parents nés en Algérie et dans cette petite ville proche de Lens, sa famille puisqu’il s’agit de sa tante Jeanne et son oncle Sala qui par volonté de s’intégrer à gommé le H qui complétait son prénom, ne veulent pas faire de vagues… À Annay, on n’aime pas les étrangers. Et en plus il y a déjà les Polonais, ceux qui sont venus sacrifier leurs poumons dans les mines et qui sont parfois Juifs. Alors les arabes non !!

Akli Tadjer, romancier de l’authentique, nous narre ici, une chronique du racisme ordinaire, sans jugement moralisateur, il fait toujours preuve d’une incroyable justesse. Il nous décrit la bêtise ordinaire que font preuves ceux qui, souvent par manque d’instruction, n’acceptent pas chez l’autre, la différence. Dans ce tableau familial, l’oncle Sala, renie ses origines par manque de courage, la tante Jeanne, pleine d’amour, veut cacher Mohamed par bienveillance à son égard, leur fille, Juliette, à moitié de sang Algérien, amouraché d’Edouard, blouson noir, bête à manger du foin est contre tout ce qui vient d’ailleurs. Et dans ce petit milieu villageois, seul Théo d’origine polonaise et Annabelle, la sœur d’Edouard ont l’air d’apprécier Alphonse pour ce qu’il est, un jeune adolescent, un peu mytho.

Alphonse, est un condensé de plaisir, dans ce récit se mêlent habillement les émotions. Nous passons régulièrement de scènes tendres à de franches rigolades avec toutefois, en toile de fond, Mohamed adulte, qui derrière sa nostalgie, se demande vraiment ce qu’il fait là, dans cette brasserie à observer Juliette et Edouard… Comme le chante si bien Maxime Le Forestier : On choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille. On choisit pas non plus les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher.

À la découverte du bassin Lensois des années 60…

La page de l’éditeur : https://www.editions-jclattes.fr/livre/alphonse-9782709627320/

La page de l’auteur sur Babelio : https://www.babelio.com/auteur/Akli-Tadjer/5622


Le fils du professeur par Luc Chomarat

La manufacture de livres – 285 pages – 19 août 2021

Avec beaucoup de talent, de magie, aidé d’une sublime plume, Luc Chomarat, nous raconte l’enfance, de la maternelle au passage à l’âge adulte à travers les années 60 et 70.

Roman autobiographique ? Fiction ? Certainement un peu des deux, une autofiction comme l’aurait qualifié Serge Dubrovsky. Luc Chomarat écrit à la première personne, le personnage principal est né comme l’auteur en Algérie française, à Tizi-Ouzou, seulement, dans ce roman, jamais l’écrivain, ne dévoile un nom ou un prénom qui lèverait le voile sur ce mystère. Néanmoins, ce roman, par son authenticité ne triche pas et chaque lecteur, se retrouve plus ou moins dans Le Fils du professeur, qu’il soit né dans ce début de seconde moitié du XXe siècle ou pas.

La lecture de ce récit nous offre une pause, une parenthèse magique et inattendue qui fait un bien fou. Ce retour en arrière, dans un monde où le téléphone n’est pas un prolongement de notre anatomie et où internet n’existe pas, nous permet de nous déconnecter. De plus, la sensation permanente d’être sur le fil très fin qui sépare la réalité de l’imaginaire nous engloutit, on lâche prise avec le réel et retombons en enfance, cette nostalgique période d’insouciance.

Ce roman, écrit avec une grande justesse, nous évite de tomber dans le piège du « c’était mieux avant ». Il ne véhicule pas de jugements sur un monde différent de celui dans lequel nous vivons et élevons nos enfants aujourd’hui, contrairement aux procès médiatiques d’une bienpensance actuelle permanente jetant l’opprobre sur les travers de notre Histoire.

Le Fils du professeur est un merveilleux cocktail de tendresse, de nostalgie, d’humour et d’amour face auquel, nous sommes spectateurs de la transformation d’un jeune enfant en adulte, nous renvoyant en écho, toutes les questions que nous nous posions également et auxquelles, même aujourd’hui, nous n’avons pas forcément trouvé les réponses.

« Je crois que tout le monde joue au flipper parce que c’est une assez jolie métaphore de l’existence : on ne récupère jamais sa mise de départ, et aussi habile qu’on soit, on est toujours perdant. Et pourtant, quand toutes les lumières s’allument, quand les compteurs tournent et que les parties claquent, il y a toujours quelqu’un pour tourner la tête et vous regarder comme si c’était incroyable, et à ce moment-là nous sommes persuadés d’être immortels. »

Un grand bravo à Luc Chomarat pour avoir réveillé chez moi des souvenirs enfouis et un grand merci à Pierre Fourniaud et à La manufacture de livres pour ce roman.

Pour plonger à l’époque du Fils du professeur… Pour eux l’an 2000 était l’avenir… Pour nous le passé…

Le site de l’éditeur : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/206/chomarat-luc-le-fils-du-professeur

Le site de l’auteur : http://www.luc-chomarat.com/

Les Thermes du Paradis par Akli Tadjer

Éditions JC Lattès – 314 pages – 26 février 2014

Akli Tadjer, nous plonge dans une histoire où l’émotion, la tendresse, la mort, le deuil se mêlent avec réussite à l’amour et à l’humour.

Adèle Reverdy, tout juste trentenaire, est orpheline de père et de mère depuis une dizaine d’années quand, dans un terrible carambolage, ses parents ont perdu la vie, lui laissant comme héritage, les rênes d’une entreprise de pompe funèbre. Plutôt épanouie professionnellement, sa vie amoureuse est un vrai désastre. Il faut dire qu’en plus de côtoyer la mort au quotidien, Adèle, qui se trouve moche et partage son appartement avec son amie Leïla, thanatopractrice, font régulièrement fuir les hommes qui les approchent, apeurés d’être contaminés par la grande faucheuse. Même si elles s’en amusent beaucoup, en jouent parfois, l’une comme l’autre, rêvent toujours du grand amour.

Le soir de ses trente ans, fêtés à l’initiative de sa sœur ainée, Rose, qui espère la faire craquer pour l’un de leurs anciens camarades de lycée invités à cette soirée, c’est sûr Léo, un beau trentenaire, à l’allure athlétique, au corps sculpté par des années de pratique du trapèze, que son attention se porte. Seulement Léo, depuis un terrible accident qui l’a plongé dans le coma, a perdu la vue. L’oncle d’Adèle, la qualifiera pour l’occasion de « surdouée des emmerdes de la famille ».

Je sors assez peu de ma zone de confort littéraire tournant autour des littératures de genre que sont les polars, romans noirs ou de l’imaginaire mais, je le fais à chaque fois avec beaucoup de plaisir pour lire les romans d’Akli Tadjer. C’est une nouvelle fois le cas avec Les Thermes du Paradis. Peu d’auteurs réussissent avec autant de talent à mixer des émotions totalement opposées qui permettent de faire jaillir la lumière des océans de noirceur. Ses personnages se retrouvent souvent à faire face à des situations compliquées face auxquelles, ils se retrouvent à douter, à se décourager, à oser, à se dépasser. Jamais lâches, jamais « super-héros », ils sont humains avec leurs qualités et défauts.

Le milieu professionnel du funéraire nous est bien souvent inconnu. Quand, malheureusement, nous y sommes confrontés, c’est dans les moments les plus tristes de nos vies, ceux de la perte de proches. Dans ces moments-là, ne nous voyons que les silhouettes sombres de ces femmes et ces hommes, œuvrant discrètement au bon déroulement du dernier au revoir et nous montrant le chemin qui nous aidera à traverser notre deuil. À travers les personnages d’Adèle, de Leïla, d’Abdelmoumen, de Kevin ou d’Arthur, Akli Tadjer, nous rappelle, que ces professionnels de la mort, sont des femmes et des hommes comme les autres.

C’est avec un profond respect et une reconnaissance éternelle pour ce qu’elle a fait pour mon frère et moi, en s’occupant de notre maman, que je dédie cette chronique à Aurélie Claeyssen.

Fatal baby par Nicolas Jaillet

La manufacture de livres – 304 pages – 03 Juin 2021

Un thriller plus lumineux que noir, une suite qui n’en est pas vraiment une, un roman inclassable comme l’était Mauvaise graine, dans lequel nous avions découvert Julie, mais sans lui ressembler. Nicolas Jaillet arrive de nouveau à nous surprendre.

Après avoir vécu une expérience de grossesse unique en son genre, Julie, cette institutrice trentenaire, ne pouvait pas avoir un enfant « normal ». Léa est donc née, dotée à son tour de super-pouvoirs. Seulement, à l’image de tout ce que doit apprendre à maîtriser un nouveau-né, ces particularités seront difficiles à contrôler et Julie, courageuse maman pleine de ressources devra faire preuve de son super-pouvoir de maman pour l’aider au mieux et la protéger de poursuivants de cette organisation militaro-pharmaceutique qui après en avoir après Julie en veulent maintenant au Fatal baby.

Nicolas Jaillet nous emmène dans une cavale sur les traces de Julie et sa fille à travers le globe, dans un thriller haletant, léger sur la forme, mais avec une grosse dose d’émotions, saupoudrée d’une touche de fantastique. Mais, la magie de la vie, le lien indescriptible qui unit une mère et son enfant, la magie de la maternité ne sont-ils pas eux aussi fantastiques ?

Même si ce roman, Fatal baby peut se lire sans, au préalable, avoir lu Mauvaise graine, après sa lecture, vous vous jetterez sur ce dernier.

Dans la société hyper patriarcale, dans laquelle nous vivons aujourd’hui et qui est malheureusement traversée par de nombreux scandales dénoncés comme MeToo, Balance ton porc, etc, Nicolas Jaillet à travers ce personnage de Julie, nous démontre qu’heureusement, il y a aussi des « hommes blancs de cinquante ans », comme aime les désigner les médias, qui, sans avoir besoin de se revendiquer féministes, nous prouvent leur profond respect et l’admiration qu’ils ont pour les femmes.

Merci aux éditions La manufacture de livre pour ce service presse.

Vidéo relative à Mauvaise graine néanmoins, Nicolas Jaillet parle de Julie

Pour le site de l’éditeur, c’est par là : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/204/jaillet-nicolas-fatal-baby

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