Colère Jaune par Jérémy Bouquin

Editions In8 – 216 pages – 22 Avril 2021

La crise, la contestation des Gilets Jaunes, c’était il n’y a même pas trois ans, mais cela nous parait une éternité tant la crise sanitaire qui l’a suivi, étouffé, a complétement perturbé nos repères chronologiques. Jérémy Bouquin, nous replonge avec Colère Jaune, en plein cœur de cette révolte populaire, sociale, cet appel à l’aide de ceux qui souffrent, qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Ce roman, noir, social n’est pas un essai, une étude sur cette crise qui couve toujours, qui n’attend qu’une étincelle pour exploser de nouveau. C’est une fiction, réaliste, s’attachant à dresser un portrait sincère, empathique, à donner un visage, un prénom à ceux qui se cachent (en tout cas une partie d’eux) derrière ces deux mots : gilets jaunes. Ces hommes et femmes que le dernier président socialiste, qualifiait de « sans dents ». Ces travailleurs pauvres. Ces retraités oubliés. Ces étudiants à l’avenir incertain.

Nous rencontrons donc Sandrine, quarantenaire, maman seule, handicapée, un fils au lycée, précaire. Comme inscrit au marqueur sur son gilet de sécurité symbole de la contestation. Une femme voutée sous les coups du père de son fils, usée par une vie de labeur, une femme seule dans cette région de France qui ressemble à tant d’autres, ces villes de province où seules prospèrent les zones commerciales. Mais, une femme attachante, courageuse, souffrant pour donner le meilleur à son fils. Et une femme fière, travailleuse, se refusant à être vivre au crochet de la société.

Dès les premières occupations de rond-ponts, Sandrine, trouvera une famille, des oreilles attentives et compréhensives de ses problèmes, une forme de solidarité dans le froid et l’humidité de cette fin d’année 2018. Son fils Ghislain, y trouvera lui, des grands frères, des pères de substitution, apprendra à mener une grève, à se battre pour son avenir.

Jérémy Bouquin, nous livre ces portraits dans un roman rythmé, comme il en a l’habitude avec des phrases et chapitres courts et un récit où les dialogues sont très présents. Avec sa justesse, il décrit ses hommes et femmes, sans filtres, il écrit avec leurs mots à eux. Justesse que l’on retrouve également dans la neutralité du ton utilisé et du choix des personnages à l’image de notre société, ce n’est pas les bons contre les mauvais.

Gilet Jaune ou pas, ce texte, permet à tous de prendre du recul sur ce mouvement et surtout, il nous rappelle, que des Sandrine, il y en a malheureusement encore beaucoup trop autour de nous et peut être même encore plus après la crise sanitaire. Ces Sandrine, ne se battent pas pour avoir plus de pouvoir d’achat, elles se battent pour vivre dans la dignité.

Longtemps, le jaune n’a pas eu la cote : couleur de la robe de Judas, du cocu, de l’étoile jaune… Pourtant, aujourd’hui, il est devenu la couleur de prédilection des personnages de dessins animés. Avec le mouvement des gilets jaunes, le jaune commence-t-il à devenir contestataire, au même titre que le rouge ?

La page du roman sur le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/918-colere-jaune

Et puis mourir par Jean-Luc Bizien

Fayard Noir 342 pages 30/09/2020

Paris, hiver 2018, les samedis les rues se colorent de jaune, une ambiance de guérilla urbaine entre les forces de l’ordre, certains manifestants et surtout ces groupes de casseurs tels les Black Blocs. Au milieu de ce désordre violent, se trouve des hommes et femmes venus crier leur désespoir, leurs souffrances à un gouvernement qui ne les écoute plus.

Parmi eux un homme, qui mène une croisade contre des privilégiés, qui de leurs grands appartements se trouvent au-dessus de tout ça. Quelle cause défend-il ? Mérite-t-telle que des vies soient enlevées ?

Au Bastion, le Commandant Jean-Yves Le Guen et son adjoint, le Capitaine Patriziu Agostini ainsi que leur équipe sont chargés de l’affaire dont les retentissements médiatiques pourraient être terribles et surtout utilisés par certains pour discréditer encore plus la révolte sociale en cours. Entre la recherche de la vérité, la recherche de justice de l’un, la stricte application de la loi pour l’autre, cette enquête sera un véritable combat pour leurs consciences.

Jean-Luc Bizien nous offre avec « Et puis mourir… » un véritable polar à la mécanique très bien huilée. Il arrive à rendre attrayant un récit pourtant basé sur un modèle souvent utilisé : une série de meurtres, une équipe composée de deux fortes personnalités qui plus est un breton et un corse faisant partis du fameux 36, un cadre parisien… les ingrédients de nombreux romans de ce type.

Dans ce roman, j’ai vraiment aimé les personnages y compris Gabriel qui sème en nous en permanence le doute, la finesse de l’auteur qui ne l’oublions pas, prend comme décor le mouvement des « gilets jaunes », sujet à fort potentiel polémique, le traitant sans caricaturer ni les forces de l’ordre ni les manifestants et le côté technique de l’enquête traitée dans ce livre. J’ai parfois, en revanche, eu l’envie d’aller un peu plus vite dans certains chapitres qui me paraissaient traîner un peu en longueur. En reste un excellent moment de lecture, un polar que je vous conseille vivement et vous le verrez, en le refermant un petit peu de Gabriel résonnera encore en vous.  

J’avais initialement prévu d’illustrer mon retour de lecture avec « Concert à deux violes esgales du Sieur de Sainte Colombe que l’on retrouve dans une scène du roman, mais l’actualité me donne envie de rentre hommage à Eddie Van Halen (je ne pense pas que Jean-Luc m’en voudra) :

Pour commander le roman, allez chez votre libraire indépendant ou suivez le lien :

https://www.lalibrairie.com/livres/et-puis-mourir_0-6861158_9782213717272.html?ctx=a7ac4d3e6e4f9111b601b1efffbc7962

Un Site WordPress.com.

Retour en haut ↑