Katja par Marion Brunet

In8 éditions – 80 pages – 21 septembre 2021

Un court roman, une novella sombre, un récit profondément noir, mais tellement bouleversant, car du plus profond, brille une puissante humanité. Certainement mon coup de cœur de cette fin d’année.

En quelques dizaines de pages, Marion Brunet, nous embarque pour un récit qui marque nos vies de lecteurs d’une empreinte indélébile. On ne ressort pas indemne de cette lecture. Une novella qui n’est autre qu’un condensé de ce qu’est le meilleur de la littérature noire.

Berlin. Katja, trentenaire, vient de perdre sa mère. Seule subsistait l’enveloppe charnelle de cette dernière, déjà éteinte à l’intérieur. À vrai dire, Katja ne l’a jamais connu pleine de vie. Ce décès est pour la jeune femme, le déclic qui la fera partir sur les traces de son passé. Direction la Bretagne et une île coupée, à marrée haute, du reste du monde, sur laquelle un homme malade fait face à ses derniers instants de vie, rongée par une saleté de crabe. Elle se fera embaucher par ce dernier, pour l’assister et lui permettre de rester quelque temps de plus dans cette grande maison vide. Mais, avec Katja, s’installe également une tension, un climat très froid qui repose sur des non-dits que l’on découvrira au fur et à mesure.

Marion Brunet, fait preuve ici de tout son talent pour nous raconter une histoire, quasi en huis-clos. Un voyage de l’Allemagne de l’Est à l’extrême ouest de la France, sur les traces d’un passé, recomposé à la sauce Stasi. Ici, plus qu’à travers les dialogues, la puissance du récit s’écrit dans les silences qui rythment les confrontations entre Katja et le vieux journaliste. Les portraits des personnages chacun rongé par un mal, la maladie pour l’un, la colère pour l’autre, sont d’une rare intensité et nous offrent deux versions d’une même histoire. N’en faisons pas de mystères, chez l’un gagnera la maladie…

Un texte poignant, une nouvelle pépite de la collection Polaroid chez les éditions In8. Vous n’êtes pas lecteurs de nouvelles ? Katja, vous fera changer d’avis. Bravo Marion Brunet. Merci In8 de permettre à ce genre de textes, de rencontrer les lecteurs.

Le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/927-katja

L’Enfer par Marin Ledun

In8 éditions – Faction – 96 pages – 07 septembre 2021

Une nouvelle noire, historique, sans concession à lire dès 12 ans.

Dans cette nouvelle, publiée dans la nouvelle collection des éditions In8, Faction, de romans courts, engagés, accessibles aux jeunes lecteurs, Marin Ledun, nous emmène en Guyane, au milieu du XIXᵉ siècle. Il nous conte l’histoire d’Ahmed, condamné aux travaux forcés, pour avoir eu le malheur, à Oran, d’aimer Maryam. Amour qui l’aura poussé à commettre l’horrible crime, de ne pas respecter le couvre-feu. Arraché à sa terre, il sera déporté de l’autre côté de l’Atlantique afin d’y commencer une nouvelle vie pire que la mort, celle de bagnard.

Sur l’archipel des îles du Salut, il y découvrira la promiscuité, le travail sept jours sur sept sous un soleil brûlant, nourri d’une vulgaire bouillie. Sur cette terre volcanique, les journées rythmées au son des pioches qui cassent la roche, ne laisse guère place aux songes d’un avenir meilleur, ici tous sont prisonniers, les détenus, les gardiens et la famille des militaires. La liberté, c’est l’espoir et l’espoir, dans ce trou à rats, c’est un coup à devenir fou. Mais, Ahmed n’a pas encore vingt ans, et malgré, les conseils de celui qui est devenu son ami, le résigné André, il rêve d’un avenir surtout depuis qu’il a aperçu une jeune fille, tel un ange, de blanc vêtue…

Dans ce court récit, le contraste est permanent, la noirceur des pierres face à la robe d’une blancheur immaculée de Louise, la peine face au « crime » commis, la jeunesse d’Ahmed, face à l’âge avancé d’André. Un contraste qui nous rappelle celui de l’hypocrisie de notre nation, pays des Droits de l’Homme face à notre Histoire.

Avec L’Enfer, Marin Ledun, n’infantilise pas son histoire. Il nous rappelle à nous adultes, qu’ils sont capables de se forger leur opinion et surtout, que contrairement à nous, plutôt que de voiler l’Histoire pour rendre notre monde meilleur, ils sont capables comme Ahmed, de construire un futur plus juste.

Ne pas se rappeler l’Histoire, c’est reproduire les horreurs du passé….
Qui ne s’est jamais laissé enchaîner ne saura jamais c’qu’est la liberté

Le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/923-l-enfer

Mila de nulle part par Marie Murski

Editions In8 – 304 pages – 22 Juin 2021

Marie Murski nous entraîne dans un envoutant roman sylvicole, à la rencontre de Mila, jeune femme atypique, abîmée, rejetée, vivant isolée au milieu de la forêt, véritable personnage secondaire de ce récit poétique.

Mila, albinos à la main gauche palmée se retrouve un peu par accident sur cette Terre. Rejetée dès sa naissance par sa mère, elle erre, telle une âme en peine de famille d’accueil en famille d’accueil ou foyer. Incomprise par beaucoup, jeune adulte, elle trouvera une certaine forme de paix en emménageant dans une maison isolée en forêt, choisissant comme compagnons les arbres qui l’entourent. Eux seuls semblent connectés avec elle, ils se comprennent. Seulement, Mila n’est pas seule à vivre en ce lieu reculé et la découverte du cadavre d’un chien mutilé le lui rappellera. Elle se mettra alors en tête de découvrir l’auteur de ce crime, en plus de chercher à lever le mystère de la faute qu’aurait commise sa grand-mère, juive polonaise, déportée au camp d’Auschwitz.

Dans ce récit, avec beaucoup de poésie, l’autrice, nous plonge dans le Mal, celui qui se cache au fond de certaines âmes. Néanmoins, elle nous démontre qu’une autre voie est possible. Très vite, grâce à son talent et à une certaine magie, elle nous lie à Mila, cette jeune femme qui fait preuve d’une incroyable envie de vivre alors que tout semble se liguer contre elle. Mila est la lumière, l’étoile qui brille au milieu de l’obscurité.

Le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/921-mila-de-nulle-part

Le site de l’autrice : https://www.marie-murski.fr/

Panier de crabes par Laurence Biberfeld

Editions In8 – 72 pages – 22 juin 2021

Un court roman, une novella d’une soixantaine de pages, mais un récit dense, intense, bourré d’émotions proposé par Laurence Biberfeld.

Dans ce récit noir que l’on pourrait également qualifier d’anticipation, nous découvrons une France dévastée dans laquelle, l’armée a pris le pourvoir et où les femmes et hommes cernés par la mort, tentent de survivre à leur manière. Un groupe par exemple, « Les Sans Clôture » traverse les campagnes pour libérer les animaux issus des élevages abandonnés afin de leur épargner une mort atroce, les tuants avec dignité afin de s’en nourrir. Ils seront bientôt rejoints par Myriam, fuyant son passé, sa mère distante, son ancien compagnon Nathan et leur fils Benjamin, tous deux incarcérés pour avoir violé conjointement une gamine de 13 ans. Elle n’emportera avec elle qu’un passager clandestin, un crabe, s’étant établi dans ses poumons.

Au gré des déplacements de ce groupe et des rencontres que fera Myriam, nous en apprendrons un peu plus sur son histoire, sa relation avec son fils pour qui elle ne ressent plus que dégoût et sur ses compagnons de route, tel Gabin, jeune homme au sombre passé.

Laurence Biberfeld, nous fait découvrir une France post-apocalyptique qu’elle nous décrit avec poésie, rendant presque belle, par exemple, la décomposition d’un corps humain. Ses nombreuses métaphores accentuent les conséquences de l’effondrement de la société dans laquelle la mort est quotidienne et seule issue pour ces êtres en survie…

Nous ne pouvons que faire le parallèle, à l’issue de cette lecture, entre le lien maternel brisé par la perversité de son fils et ce lien qui relie notre Terre à l’humanité, véritable Panier de crabes, cancer généralisé ayant détruit notre environnement. Nous avons, nous aussi, par la perversité de l’argent rompu ce lien et commençons à en payer les conséquences.

Peut-être serons-nous obligés de devenir aussi Les Sans Clôture….

La page de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/920-panier-de-crabes

Le site de Laurence Biberfeld : https://biberfeldauteur.legtux.org/

Colère Jaune par Jérémy Bouquin

Editions In8 – 216 pages – 22 Avril 2021

La crise, la contestation des Gilets Jaunes, c’était il n’y a même pas trois ans, mais cela nous parait une éternité tant la crise sanitaire qui l’a suivi, étouffé, a complétement perturbé nos repères chronologiques. Jérémy Bouquin, nous replonge avec Colère Jaune, en plein cœur de cette révolte populaire, sociale, cet appel à l’aide de ceux qui souffrent, qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Ce roman, noir, social n’est pas un essai, une étude sur cette crise qui couve toujours, qui n’attend qu’une étincelle pour exploser de nouveau. C’est une fiction, réaliste, s’attachant à dresser un portrait sincère, empathique, à donner un visage, un prénom à ceux qui se cachent (en tout cas une partie d’eux) derrière ces deux mots : gilets jaunes. Ces hommes et femmes que le dernier président socialiste, qualifiait de « sans dents ». Ces travailleurs pauvres. Ces retraités oubliés. Ces étudiants à l’avenir incertain.

Nous rencontrons donc Sandrine, quarantenaire, maman seule, handicapée, un fils au lycée, précaire. Comme inscrit au marqueur sur son gilet de sécurité symbole de la contestation. Une femme voutée sous les coups du père de son fils, usée par une vie de labeur, une femme seule dans cette région de France qui ressemble à tant d’autres, ces villes de province où seules prospèrent les zones commerciales. Mais, une femme attachante, courageuse, souffrant pour donner le meilleur à son fils. Et une femme fière, travailleuse, se refusant à être vivre au crochet de la société.

Dès les premières occupations de rond-ponts, Sandrine, trouvera une famille, des oreilles attentives et compréhensives de ses problèmes, une forme de solidarité dans le froid et l’humidité de cette fin d’année 2018. Son fils Ghislain, y trouvera lui, des grands frères, des pères de substitution, apprendra à mener une grève, à se battre pour son avenir.

Jérémy Bouquin, nous livre ces portraits dans un roman rythmé, comme il en a l’habitude avec des phrases et chapitres courts et un récit où les dialogues sont très présents. Avec sa justesse, il décrit ses hommes et femmes, sans filtres, il écrit avec leurs mots à eux. Justesse que l’on retrouve également dans la neutralité du ton utilisé et du choix des personnages à l’image de notre société, ce n’est pas les bons contre les mauvais.

Gilet Jaune ou pas, ce texte, permet à tous de prendre du recul sur ce mouvement et surtout, il nous rappelle, que des Sandrine, il y en a malheureusement encore beaucoup trop autour de nous et peut être même encore plus après la crise sanitaire. Ces Sandrine, ne se battent pas pour avoir plus de pouvoir d’achat, elles se battent pour vivre dans la dignité.

Longtemps, le jaune n’a pas eu la cote : couleur de la robe de Judas, du cocu, de l’étoile jaune… Pourtant, aujourd’hui, il est devenu la couleur de prédilection des personnages de dessins animés. Avec le mouvement des gilets jaunes, le jaune commence-t-il à devenir contestataire, au même titre que le rouge ?

La page du roman sur le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/918-colere-jaune

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