Moktar par Jérémy Bouquin

Éditions Cairn 344 pages 03/09/2020

C’est toujours un plaisir que de lire un roman de Jérémy Bouquin, j’aime particulièrement son style incisif, ses phrases courtes, sa manière de nous plonger dans une ambiance en a peine quelques lignes et surtout, quand il écrit du noir, sa crédibilité, ses histoires sont réalistes et nous dévoilent les travers de notre société que l’on ne veut pas voir.

Cette fois, il nous emmène au cœur d’une banlieue, celle de Saragosse à Pau, mais qui pourrait être n’importe laquelle de nos banlieues françaises, celles où l’on tasse des familles, pour les oublier. Car nos politiques ne veulent assumer cette jeunesse abandonnée, exclue du système et les laissent végéter dans des zones quasi de non-droit. Alors, pour survivre, ces jeunes se débrouillent, vivent de trafics en tous genres, souvent de drogue.

A Saragosse, c’est Joe qui est à la tête de la cité, ancien légionnaire, il dirige et répartit les quartiers à différents groupes, souvent issues de différentes communautés. Il réussit et mène bien son business, en étant même plutôt apprécié des habitants à qui il apporte un certain calme. Joe est secondé par Moktar, un ancien manouche et camarade légionnaire garant de la prospérité et d’une certaine sécurité au milieu des tours. Seulement un beau jour, des ados, des guetteurs, sont balayés par les balles d’une arme de guerre, une kalachnikov. Pour éviter un embrasement de la cité, Moktar qui a en plus de nombreux problèmes personnels devra jouer au pompier…

Un nouveau roman noir de cet auteur prolifique et à mon goût pas assez connu qu’est Jérémy Bouquin, qui ici comme dans la majorité de ses romans, nous décrit des scènes de vies, pas celles que nous vivons nous, mais celles qui se jouent, parfois pas très loin. Il a ce rare talent de nous parler des gens, souvent en marge de la société, mais qui restent des hommes et femmes envers qui nous gardons de l’empathie, comprenant leur situation. Oui même chez les plus mauvais d’entre nous, il reste du bon.  

Pour en connaître un peu plus sur Jérémy :

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« Heureux qui comme Alyce, Tome 2 : A fait cent voyages » de Jérémy BOUQUIN

Evidence Editions 598 pages 21/08/2020

Voilà que Jérémy Bouquin clôt déjà les aventures d’Alyce avec ce deuxième tome de sa plongée réussie dans l’univers SF.

Après avoir lu le premier tome, ça y est nous connaissons le décor, les personnages, ce qui fait que nous entrons tout de suite dans ce nouvel opus. Du début à la fin, nous ne lâchons pas ce livre tant ce que vivent Alyce, mais aussi Ego son régulier, sur qui repose l’avenir de leur village et Télémak, leur fils qui devient homme, et aussi certains des personnages les entourant, est puissant, dément et sans répit. Jérémy n’est pas tendre avec ses personnages et ne leur épargne rien.

Ce second tome, clôt donc la saga en nous apportant les réponses aux questions laissées en suspens au premier tome. Nous en connaitrons plus sur le passé d’Alyce, et le devenir d’Ego et Télémak qui ont continué de vivre sans elle pendant son absence.

Pendant toute la lecture de ce roman, j’étais partagé entre ces sentiments de vouloir aller au bout de l’histoire tout en voulant repousser l’instant où je tournerais la dernière page. Les personnages de cette fiction sont attachants avec leurs défauts. Alyce la première cette femme forte, avec ses faiblesses mais que la rage, l’amour font avancer même quand tout semble perdu. J’ai retrouvé chez elle, ce que j’avais beaucoup aimé chez Juliette Nichols dans Silo de Hugh Howey.

Dans cet univers à la mad max, où les bécanes, les flingues, les ressources ont toute leur place, c’est donc avant tout les sentiments qui guident Alyce dans sa quête. Au premier lieu desquels, l’amour pour son fils qui n’a jamais perdu espoir de la retrouver.

Je ne peux que vous encourager à découvrir cette saga Heureux qui comme Alyce chez Evidence Editions. Si en plus, en lisant cette histoire, vous vous rendez compte que ce monde moche, triste, inhospitalier décrit par Jérémy Bouquin est malheureusement celui vers quoi nous courons, peut être et si cela n’est pas déjà le cas, votre sensibilité à notre environnement sera accrue.

« Sois belle et t’es toi ! » de Jérémy BOUQUIN

Editions Lajouanie 208 pages 20/05/2016

Sam. Samuel. Samantha.

Jérémy Bouquin nous fait souvent découvrir des personnages forts, profonds. Ici il s’amuse et va plus loin. Trois personnages pour une seule et même enveloppe en pleine mutation. Samuel devient Samantha et Sam est sa chrysalide. Vous l’aurez compris, notre personnage principal est un transgenre.

Assez peu présente en littérature, c’est l’excellentissime « enfermé(e) » de Jacques Saussey, qui m’avait amené à connaître et découvrir la transidentité. La littérature noire, miroir de la société se prête parfaitement à développer des récits autours de ces personnes nées dans le mauvais corps.

Et quand un caméléon de la plume, talentueux comme Jérémy s’empare du sujet, il prend prétexte d’une potentielle escroquerie à l’assurance pour nous confronter à ce sujet et à nos légitimes interrogations car dans ce roman comme dans la vie, les personnes différentes sont souvent rejetées.

Revenons à Sam. Il/elle est un ancien flic, reconverti en expert en assurance, l’un des meilleurs de sa catégorie, mais que son employeur cherche à faire disparaitre de la vue de tous. Sam quitte donc Paname pour la Corrèze le temps d’une enquête.

Une nouvelle fois, Jérémy Bouquin nous offre un roman relativement court mais riche en personnage, à l’intrigue bien ficelée et au rythme effréné, souligné par des phrases courtes.

Et comme souvent chez Lajouanie, le texte est mis en valeur dans un écrin à la couverture magnifique.  

« Heureux qui comme Alyce – T1 A fait un beau voyage » de Jérémy BOUQUIN

Evidence Editions 19/06/2020 586 pages

Ce titre du premier roman SF de Jérémy Bouquin vous fera forcément penser au poème de Joachim Du Bellay. Et même si cinq siècles séparent ces deux récits, nous y retrouvons les thèmes de l’Exil et la comparaison du petit village angevin et Rome devient pour Alyce, son village normand proche de Havre et Lutèce (Le nouveau Paris) où fait rage la guerre des Trois.

Jérémy Bouquin nous propulse dans un futur proche à la Mad Max, dans un monde dévasté où la pénurie est présente partout. Etat du monde qui n’est que le fruit des atrocités que l’Homme fait vivre à la planète qui l’héberge.

Alyce est ses Loups se sont posés dans un petit village Havrais où ils tentent de survivre, en protégeant un peu contre leur grès les villageois. Jusqu’à ce que son père, dernier saigneur de guerre l’appel à ses côtés pour ses qualités de stratège militaire. Ce petit résumé est le point de chronologie central de ce récit autour duquel Jérémy Bouquin nous baladera avec une grande maîtrise dans le temps entre la vie avant le départ d’Alyce, la bataille de Lutèce et le « retour » d’Alyce.

Au-delà de l’univers à la fois fou mais crédible créé par Jérémy, ceux sont les personnages qui m’ont vraiment accroché à cette histoire, avec en tête cette battante Alyce qui ne renonce jamais. Pour les lecteurs d’« Une femme de ménage » et d’ « Une secrétaire » vous y retrouverez la force des Sandra et Emilie. 

Ce premier volet des aventures d’Alyce terminé, vous n’aurez qu’une envie : vous plongez dans la suite et découvrir si comme on le souhaite, Alyce triomphe et donne suffisamment d’espoir, pour que dans ce monde la vie vaut la peine d’être vécue..   

Pour le commander c’est par ici :

https://www.evidence-boutique.com/imaginaire/heureux-qui-comme-alyce-1-a-fait-un-beau-voyage

« Chien de guerre » de Jérémy Bouquin

Editions du Caïman 228 pages 14/01/20

« Connasse ! » Voilà comment commence ce livre. Oui vous entrez dans un roman de Jérémy Bouquin, vous n’avez pas ouvert une « bibliothèque rose » … mais rassurez-vous, il ne s’adresse pas à une nouvelle lectrice, c’est Grand Franck viré de l’armée qui s’adresse à Henriette une octogénaire peu bavarde qu’il est en train de torturer. Le décor est planté.

Jérémy Bouquin à l’habitude de vous raconter une histoire sans en faire des caisses, il a des choses à dire, il les écrit, c’est net, sans bavures et surtout sans blablas. Vous entrez directement dans l’histoire qui défile au fil des mots à un rythme très soutenu. Sa spécialité, les phrases courtes, points et virgules sont au rendez-vous, son texte, des rafales d’armes automatiques dont vous êtes la cible. Résultat, une histoire avalée en peu de temps.

Cette histoire c’est celle de Franck Taupe, Grand Franck un paumé de la vie. Né d’une mère célibataire, résultat d’un coup d’un soir, il grandi sans père. Les hommes ne manquent pas dans son enfance, ils défilent dans la chambre de sa mère. Bref, une enfance pourrie dans un HLM de cité. Ma femme dont le métier et d’aider les enfants à naître me dit souvent qu’en fonction des gens qu’elle a en face d’elle pendant les accouchements souhaite soit la bienvenue, soit bonne chance au nouveau-né qu’elle accueille. C’est certainement bonne chance qu’elle aurait souhaitait à Petit Franck, seulement, elle l’a un peu oublié la chance.

Entrant dans l’âge adulte, l’armée a su lui donné un environnement où il a su évoluer mais alors qu’il est jeune papa, elle vient de le lâcher. Retour aux sources et à la réalité de notre société. Ancien soldat, ce n’est pas un statut, vous n’existez plus pour l’administration. Alors il faut se débrouiller et c’est souvent là que les rencontres auront une bonne ou une mauvaise influence…

Jérémy Bouquin dresse un portrait d’une société que l’on aimerait ne pas être la nôtre. Malheureusement ce n’est pas le cas. Dans ce roman social, les personnages n’auront pas notre affection, mais tout juste empathie, ils sont brisés. Pas tous pour les mêmes raisons, mais le résultat et le même. C’est là que l’on se dit que nous sommes quand même plutôt favorisés d’être nés dans une famille normale.

Encore une réussite pour Jérémy Bouquin qui nous fait réfléchir. Je vous invite vraiment à découvrir ce roman et l’univers riche de cet auteur prolifique qui en plus maîtrise l’utilisation de grossièreté sans jamais être vulgaire.

Chien de guerre est publié aux éditions du caïman dans un format « semi-poche » qui est très confortable à lire avec un papier de grande qualité et qui permet également d’être financièrement abordable. Ce dernier point méritant d’être souligné à l’heure actuelle ou les grands formats approchent de plus en plus les 25 euros…

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