Les rêves échoués par Carine Joaquim

La Manufacture de Livres – 240 pages – 2 Juin 2022

Clarisse, 13 ans, collégienne, vit en alternance chez sa mère et son père suite à leur séparation. Seulement, la jeune adolescente ne trouve sa place nulle part et encore moins au collège où, diagnostiquée haut potentiel, elle est différente des autres. Seule échappatoire à cette société qui décide de tout pour elle, les discussions avec Sergio, rencontré sur le net qui lui promet une évasion en scooter. Quand elle décidera de le rejoindre pour vivre le roadmovie promis, c’est à l’encontre d’un bouleversement complet de sa vie qu’elle se rend.
Sa rencontre avec Tony lui permettra de partir au Portugal, loin de chez elle, c’est là qu’elle se sentira le mieux. Mais, à 13 ans, on ne disparaît pas comme cela…
Quel plaisir de retrouver la plume de Carine Joaquim qui voile d’une tendre sensibilité des mots durs, crus. L’autrice, comme dans son précédent ouvrage, renoue avec un récit dans lequel elle sème progressivement les éléments qui nous confrontent à une sombre réalité. À travers Clarisse, nous pouvons aisément imaginer ces tas d’adolescents torturés que nous fréquentons parfois sans imaginer ce que cachent leurs fêlures.
Merci à La Manufacture de Livres, particulièrement Pierre Fourniaud et à Carine Joaquim pour ce bouleversant voyage.

Les derniers jours des fauves par Jérôme Leroy

La manufacture de livres – 440 pages – 2 février 2022 – 9782358878302

Thriller politique, uchronie, roman noir, comme souvent avec Jérôme Leroy, ce nouveau roman est inclassable. Dans la lignée de Le Bloc, Les derniers jours des fauves, nous racontent la vie politique française d’une « dimension parallèle »… ou pas… Toutes ressemblances avec des personnes ou situations existantes ne seront que des vues de vos esprits.

2017, à la surprise générale et à l’issue d’un second tour aux résultats très serrés, Nathalie Séchard, du mouvement politique Nouvelle Société, créé spécialement pour elle, est élue présidente de la République et a évité de peu de voir le pays sombré aux mains du Bloc Patriotique.

Seulement, cinq années ont passé. Usée par ce mandat, la sexagénaire, mariée à un homme plus jeune qu’elle d’un quart de siècle, décide de se retirer de la vie politique et d’enfin profiter des quelques années d’un bonheur égoïste qu’elle est en droit de réclamer.

Au sein du gouvernement où se sont retrouvés élus de gauche et de droite, jeunes loups et vieux lions, une guerre de succession gronde. Dans un contexte de pouvoir affaibli par les crises successives, Gilets Jaunes, sanitaire, climatique, Manerville, le ministre écologiste et Beauséant, le très à droite ministre de l’Intérieur, vont s’affronter dans un combat qui dépassera l’arène politique.

Jérôme Leroy use ici de tous ses talents pour nous offrir un roman qui, en plus de nous donner un intense plaisir de lecture, nous donne matière à réfléchir sur le fonctionnement de notre société, celle que l’on conforte à chaque élection, tant ne nous reste que, depuis trop longtemps, le choix entre le moins pire des deux.

Derrière sa plume qui fait mouche, aiguisée par son regard sur la société, derrière ses bons mots et le déguisement de ses personnages, sa mise en scène et les nombreux clins d’œil aux lecteurs, Leroy, génie poétique et littéraire, nous livre un roman bourré d’humanité. Ici, même les personnages les plus sombres, ont une part de bon en eux. Ils ne sont que des hommes et des femmes qui savent aussi à côté des rivalités, trahisons, mensonges, des renoncements, faire preuve d’amour, d’amitié, de fidélité. La politique n’est que le reflet de ceux que sont les Sapiens.

Les derniers jours des fauves sera parmi les plus grands romans de l’année à n’en pas douter. La période préélectorale est le décor parfait pour se plonger dans cette fiction. Un seul conseil, foncez chez votre libraire, achetez ce roman et même les autres de Leroy (y compris les romans jeunesse), on ne peut que ressortir plus intelligent de ces lectures.

Petit clin d’œil à Jérôme avec la dernière strophe d’un poème de Bernard Dimey, Fredo du recueil Poèmes voyous :

A côté des r’quins d’la finance
et des crabes du gouvernement
De ces tarés qui règn’en France
à grands coups de gueul’d’enterr’ment
A côté d’tout’ces riches natures
qui nous égorgent à coups d’grands mots
à côté d’tout’cett’ pourriture
i’n’était pas méchant, Frédo.

Pour tous les commentateurs des réseaux sociaux et autres… Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire On arrive au sommet de l’imbécillité…

Un immense merci à Pierre Fourniaud et l’équipe de La Manuf’ et à Jérôme, mes amitiés camarade.

Le site de la Manufacture de Livres : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/215/leroy-jerome-les-derniers-jours-des-fauves

Villebasse par Anna de Sandre

La Manufacture de Livres – 224 pages – 19 août 2021 – 9782358877800

Une ville sombre aux habitants sans avenir, contée par une plume poétique aussi lumineuse que cette Lune bleue, fantastique, mystérieuse, accrochée dans le ciel de Villebasse.

Anna de Sandre, nous entraîne avec son premier roman, dans une lecture déroutante, mais captivante. En à peine plus de deux cents pages et trente-sept chapitres, elle nous dépeint une ville et une vingtaine de ses habitants. Cette ville, personnage principal du roman, engoncée dans une vallée dont seule dépasse cette fameuse Lune bleue, ressemble à tant de villes que nous connaissons, dévastée par la fermeture d’usines, oubliée des projets d’envergure au profit d’autres. Ces villes où seuls errent des habitants qui ne font que survivre, parfois rejoints par des personnes qui arrivent là par hasard. Ces communes souvent rurales que l’on connaît tous, du Nord au Sud, de la Bretagne au Grand-Est.

Cette ville, Villebasse, c’est Le Chien qui nous la fera découvrir. Arrivé lui aussi par hasard, il est dénué de maîtres et va de maison en maison, traversant quartiers et rues. Le seul point central où se retrouve régulièrement de nombreux personnages est Le ventre de l’ogresse, un bar. Les personnages multiples sont tous différents, mais ont en commun une absence de joie dans leur vie, tantôt en proie à des névroses familiales, tantôt victime de la crise économique. Anna de Sandre, à travers ce voyage onirique et poétique dépeint celle qui est souvent qualifiée de France périphérique. Cette France oubliée des politiques entre chaque élection et qui ne fait parlait d’elle en général qu’avec des drames intéressants les médias.

Cette lecture est relativement perturbante tant les premiers chapitres nous perdent dans ces rues froides, enneigées où il nous est impossible de trouver un fil conducteur. C’est d’ailleurs à cette occasion que la magie de la prose de l’autrice opère le plus et nous incite à aller plus loin, pour rapidement nous emballer totalement. N’ouvrez pas ce livre si vous n’avez pas un vrai temps de lecture devant vous.

Je remercie La Manufacture de Livre, Marie-Anne Lacoma et Pierre Fourniaud pour m’avoir permis de découvrir ce roman que je relirai certainement, chose rare, tant il possède de mystères à explorer.

Cette formidable équipe de la Manuf’ en parle bien mieux que moi (à partir de 4’11)

Le site de La Manufacture de Livre : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/207/de-sandre-anna-villebasse

Noir diamant par Jean-Hugues Oppel

La Manufacture de Livres – 308 pages – 06 mai 2021

Et, de 1, et de 2, et de 3, avec Noir diamant, Jean-Hugues Oppel, signe la troisième apparition de Lucy Chan, plus vivante que jamais.

Rappelez-vous, Oppel, nous avait laissé dans son précédent opus avec notre officier de la CIA préférée, quasi morte. Vous comme moi, n’y croyons qu’à moitié, connaissant son courage et son intelligence. De plus, l’auteur s’amuse tellement avec elle qu’il aurait été surprenant qu’il la sacrifie. Et bien Darby Owens, sa supérieure, ancienne formatrice maintenant sous-directrice de l’Agence, n’y crois pas non plus et à juste titre. Sortie des flammes de l’enfer suite à la frappe du missile envoyé par cette même agence, Lucy survit. Owens, saute donc sur l’occasion pour en faire l’agent secret rêvé, car qui de plus secret qu’un individu officiellement décédé ?

Et, cela tombe bien, car, la sécurité intérieure du pays alors dirigé par le potus peroxydé, apprend à la sous-directrice que des ogives nucléaires se promèneraient actuellement sur l’ancien continent. L’occasion est trop belle pour passer à côté et Owens met de suite, Lucy en contact avec un agent de la DGSE française de sa connaissance. Un périple transfrontalier entre France et Allemagne commence.

Ce Noir diamant, en étant le moins voyageur de la trilogie est certainement le plus explosif des trois. Lucy de simple analyste et aujourd’hui un agent de terrain à part entière qui n’hésite pas à se mettre en danger. Pantin entre des mains bienveillantes de sa supérieure hiérarchique, qui elle, déjoue les manigances depuis les États-Unis, Lucy joue la plus belle partition de sa jeune carrière.

Dans ce roman, au-delà des nombreuses qualités qu’il possède, que l’on retrouve dans les précédents opus (19 500 dollars la tonne et Total Labrador), la relation Chan/Owens, presque maternelle, apporte un vrai plus. Un roman d’action, d’espionnage, un univers très masculin, où brillent deux femmes qui n’ont rien à envier aux hommes.

Noir diamant, n’oublie pas non plus, pour s’inscrire totalement dans la lignée des précédents, de nous offrir en fil rouge, les messages d’un lanceur d’alerte. Sévissant cette fois, sur Twitter, le célèbre réseau dont l’ancien président était un utilisateur acharné.

Le site de La Manuf’ : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/200/oppel-jean-hugues-noir-diamant

Total Labrador par Jean-Hugues Oppel

La Manufacture de Livres – 288 pages – 07 février 2019

Sans être une suite directe de 19 500 dollars la tonne, Total Labrador, signe le retour de l’incroyable et surdouée Lucy Chan.

Jean-Hugues Oppel et l’un des rares auteurs français capable dans un style très anglo-saxon, de nous offrir un mélange entre thriller, roman noir et roman d’espionnage, le tout, sur fond de géopolitique, nouvelles technologies et manipulation. Dans Total Labrador, il nous entraîne dans le sillage de la jeune analyste de la CIA, à la poursuite de Jonathan Rogue, traître aux yeux de l’agence, de l’Afrique à l’Asie et des USA à l’Europe, une traque internationale.

Même si ce roman qui peut se lire indépendamment de 19 500 dollars la tonne, nous retrouvons les mêmes ingrédients dans les deux opus, pour notre plus grand plaisir. Avec Oppel et son style inimitable, ça envoie du lourd, tant pour le côté spectacle que pour le côté hyper documenté. Tout ce qui n’est pas interdit est permis, nous annonce-t-il page 17 alors, l’auteur ne se prive de rien et profite de ses personnages comme son animateur de Radio Jamaïque pour nous rappeler, les combines malsaines de groupe comme Apple, pour faire encore plus de blé avec la bénédiction des pouvoirs politiques en place.

Les thèmes abordés par l’auteur pourraient nous faire peur de part, leur complexité pour les arpètes en tissage de réseaux internationaux d’influence, que nous sommes. Néanmoins, ce maître du thriller politique, possède le rare talent de tout nous rendre accessibles. Ne fuyez pas par peur de ne pouvoir vous y retrouver.

Ce roman terminé en quelques heures de lecture me laisse avec l’énorme envie de dévorer Noir Diamant.

Le site de La Manufacture de Livres : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/133/oppel-jean-hugues-total-labrador

La petite gauloise par Jérôme Leroy

La manufacture de livres – 148 pages – 08 mars 2018

Un roman noir assez court, un moment de lecture jubilatoire où derrière un humour noir percutant couve la menace terroriste.

Dans une ville portuaire de l’Ouest de la France, une de ces villes moyennes qui ne font pas, habituellement, la une des journaux télévisés, éclate une violente fusillade. Terreau du radicalisme à la fois religieux auprès des jeunes paumés de la cité des 800 et du nationalisme, la ville est dirigée par le Bloc patriotique, cet évènement mettra en branle les forces de sécurité. En une nuit, la tension est à son comble, car l’inconnue règne en maître, personne ne sait vraiment à quoi s’attendre. Le terrorisme ne se cache pas toujours derrière des visages barbus et il existe plus grande motivation que celles dictées par les religions.

Dans cette novella, Leroy dresse un portrait troublant de vérité de la France périphérique, presque inexistante aux yeux des élites politiques et intellectuelles parisiennes. Celle où naissent et se développent dans des esprits souvent ignorants, par manque de nourritures culturelles et intellectuelles, intégrismes religieux ou patriotiques, ou pire, simplement le dégoût de l’autre.

En même temps, nous ne pouvons reconnaître que nous ne faisons pas grand-chose pour y remédier. Souvent simples spectateurs, de l’évolution de la contamination des esprits par ces idées nauséabondes, nous nous révoltons à travers quelques publications sur les différents réseaux sociaux. Pour d’autres, le problème n’a qu’un visage, celui des musulmans. Comme le dit, à juste titre, Mokrane Méguelati, ce flic de la BAC en réponse à ceux (journalistes ou politiques) qui accusent les musulmans de France de ne pas manifester contre les islamistes : « les musulmans en France, quand ils ne sont pas parmi les victimes, ils n’ont pas forcément le temps de manifester : ils sont parmi les blessés, le personnel soignant qui s’occupe des blessés, ils sont parmi les profs qui essaient d’expliquer le lendemain aux mômes en face d’eux ce qui s’est passé, parmi les femmes de ménage qui épongent le sang du jour d’après ou parmi les maquilleuses qui refont vos sales gueules avant que vous alliez pérorer sur les chaînes d’infos continues. Ils sont même parmi les flics qui traquent les terroristes et, à l’occasion y laissent la peau. »

Cette société, si nous ne l’avons pas nécessairement voulu, nous l’entretenons, sourds à certains appels à changer. Souvent d’ailleurs, ces appels ne sont pas médiatisés, il est tellement plus télécompatible de mettre en lumière des femmes et hommes, caricatures d’eux-mêmes, qui seront très vite moqués ou qualifiés d’islamo-gauchistes.

Il y a tant à dire ce roman de pas tout à fait cent cinquante pages, que ce retour de lecture pourrait devenir interminable. Juste en conclusion, jetez-vous sur La petite gauloise et laissez-vous emporter par le rythme jubilatoire teinté d’un humour noir intelligent que donne Jérôme Leroy à ce récit incroyablement réaliste. Approchant les fêtes de fin d’année, si vous voulez faire une bonne action, offrez ce roman à chacun de vos proches tenté de voter pour la blonde éleveuse de chats ou pour le nouveau produit médiatique haineux.

Le site de l’éditeur : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/9/leroy-jerome-la-petite-gauloise

Nos corps étrangers par Carine Joaquim

La Manufacture de Livres – 232 pages – 07 janvier 2021

Avec Nos corps étrangers, Carine Joaquim nous offre un premier roman court, noir, d’une extrême finesse psychologique, un bouleversant récit sur ces vies parfois si banales en apparence et pourtant…

Elisabeth, Stéphane et Maeva 15 ans, forment une famille d’apparence modèle comme il en existe des milliers d’autres. Seulement, derrière d’idylliques apparences, se cachent souvent une réalité moins reluisante et malheureusement tellement banale. Leur réalité, c’est celle d’un couple qu’a fui l’amour, abîmé par la routine, les rêves inaccomplis et brisé par l’adultère de l’époux. Pour se reconstruire, ils décident de fuir cette réalité, de l’abandonner, quittant Paris, pour se donner une nouvelle chance en banlieue, à quelques dizaines de kilomètres. Seulement vingt ans ne s’effacent pas comme cela.

Ils rêvent d’un nouveau départ, s’offrent une jolie maison avec jardin et atelier. C’est là qu’Elisabeth souhaite se mettre à la peinture, une passion enfouie au fond d’elle, de ce corps devenu étranger, traumatisé par la trahison de Stéphane et qui n’accepte plus d’être nourri. Elle espère que la peinture sera une thérapie, une renaissance.

Maeva quant à elle est jeune fille qui devient femme, et doit faire connaissance avec un corps changeant, découvre les sentiments amoureux et cette nouvelle vie, loin de ses amis d’enfance tout en se remettant de la perte de sa grand-mère.

Pour Stéphane seul l’augmentation du temps passé dans les transports sera un changement notoire dans cette nouvelle vie qui ne fera pas illusion longtemps.

Carine Joaquim signe un brillant premier roman qui doucement, nous emporte jusqu’à nous happer complétement, le final est brutal, bouleversant. L’auteur aborde avec finesse de nombreux sujets tels que le handicap, l’immigration, le harcèlement, l’adolescence, l’adultère, la parentalité, le rapport du corps et de l’esprit… Beaucoup de sujets pour un court roman rythmé par une année scolaire de la vie de cette famille. Seulement, comme la vie nous le prouve trop régulièrement, le sort a tendance à s’acharner.

J’ai une nouvelle fois été bluffé par un premier roman dont la lecture dès les premières lignes m’a émotionnellement bouleversé tant ce premier chapitre résonnait en moi pour des raisons très personnelles. Néanmoins, la plume sensible de Carine Joaquim aura su transformer cette lecture en une nouvelle passionnante expérience. Comme lecteur, j’ai souvent l’impression de grandir un peu après chaque roman publié chez La Manufacture de Livre que je lis.

Un grand bravo Carine, hâte de découvrir le prochain et merci à Pierre Fourniaud de faire vivre une si belle maison et de nous permettre de découvrir autant de talents.

Quand l’amour n’est plus, il vaut parfois mieux lui dire au revoir tout simplement…

Le site de l’éditeur : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/191/joaquim-carine-nos-corps-etrangers

19500 dollars la tonne par Jean-Hugues Oppel

La Manufacture de livres – 256 pages – 02 mars 2017

L’étain, ça vous parle ? Oui oui, ce métal gris foncé presque noir que les chimistes appellent Sn, du latin Stannum, utilisé par l’Homme depuis la Préhistoire. Et bien, c’est aussi une matière première dont le cours s’envole régulièrement et sur laquelle, la spéculation va bon train… Que se cache-t-il derrière ces graphiques qui montent vers les sommets (alors que je rédige cette chronique, le cours est de 36 900 $ la tonne). Jean-Hugues Oppel, à travers ce thriller palpitant, sans nous donner les réponses à l’ensemble des questions que l’on se pose, nous donne matière à réfléchir sur l’impact de la finance sur nos propres vies. Il lève un peu le voile sur les arrières boutiques financières, des mines où sont exploitées des populations pauvres aux bourses où s’échangent des milliards de dollars.

Dans ce thriller, se mêlent plusieurs personnages d’apparence si éloignés, mais dont les destins se croiseront. Il y a Falcon, le tueur à gage ou plutôt comme il le préfère, « l’assassin professionnel », au bord de la retraite. Puis Mister K, un mystérieux hacker, qui affole les salles de bourses avec ses annonces à la manière d’un lanceur d’alerte. Et, enfin, Lucy Chan, une jeune et talentueuse recrue de la CIA. Ensemble, ils nous trimbaleront à travers les continents, à une vitesse folle, nous surprenant régulièrement.

19 500 $ la tonne est un mélange entre thriller politique, techno-thriller et roman d’espionnage. Roman engagé, il nous offre matière à réflexion sur le monde qui nous gouverne sans chercher à nous donner de leçon. Avec intelligence et beaucoup d’esprit, l’auteur, dans un style très percutant, nous donne les clés qui nous permettront de nous rendre compte de la folie financière qui nous entoure.

Un grand bravo à Jean-Hugues et merci aux éditions La manufacture de livres pour permettre à des romans noirs de cette qualité d’exister.

Pour comprendre un peu mieux les crises économiques…
Avec un peu de musique, la littérature forme toujours un couple parfait….

Le site de l’éditeur : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/16/oppel-jean-hugues-19-500-dollars-la-tonne

Ainsi Berlin par Laurent Petitmangin

La Manufacture de Livres – 224 pages – 07 octobre 2021

Plonger dans le second roman édité d’un auteur remarqué par le premier est toujours un exercice délicat tant la déception est souvent au rendez-vous. Parfois, la seconde tentative est moins bonne, parfois, nous avons l’impression d’un copié-collé… Laurent Petitmangin, confirme, lui, son immense talent et qu’il est un auteur à suivre…

Changement radical de décor, Laurent Petitmangin nous emmène cette fois comme l’annonce le titre Ainsi Berlin, dans la capitale germanique actuelle, mais, à une autre époque, celle de l’après-guerre où, ville dévastée, elle était, en plus, coupée en deux. Nous y découvrons Gerd, un jeune allemand, résistant communiste qui avec Käthe, son amie, amante, compagne de lutte, rêvent de construire un monde nouveau en commençant par une nouvelle Allemagne, à l’Est. À l’Ouest, Liz, jeune veuve, architecte américaine, est là pour façonner une nouvelle Allemagne également mais, sur le modèle occidental… La rencontre entre Liz et Gerd, amènera ce dernier à se poser moult questions sur ses convictions, sur les possibles, sur l’amour…

Très différent sur la forme, nous reconnaissons bien heureusement des éléments qui font que l’on ne lit pas un roman de Laurent Petitmangin comme un autre. Parmi eux, des personnages faillibles qui les rendent véritablement humains et de fait, attachants. Puis, des thématiques, telles, la paternité, la fragilité des sentiments, des convictions qui ne sont jamais complètement acquises.

À la fois historique, sentimental, politique, d’espionnage, ce récit est inclassable tant, Laurent Petitmangin dose à merveilles chaque composante de cette fiction qui nous entraîne dans une période trop méconnue de l’Histoire.

Un immense merci aux éditions La manufacture de Livres, à Pierre Fourniaud et à Laurent Petitmangin pour ce voyage littéraire.

Pankow, groupe de Rock, partagé entre deux cultures en RDA…

Le site de l’éditeur : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/211/petitmangin-laurent-ainsi-berlin

Le nageur d’Aral par Louis Grall

La manufacture de livres – 144 pages – 03 juin 2021

Ce premier roman d’un auteur plus habitué à nous livrer des contes ou des poésies, transforme à merveille l’essai. Même s’il est plutôt court, ce récit nous transporte très vite alors même que la beauté de la prose, nous invite elle, à prendre notre temps. À l’image d’Anton Nazarbaïev, ce nageur de combat russe, qui en pleine guerre froide, déserte lors d’une mission de combat au large de la Bretagne pour trouver refuge dans le monastère de Landévennec, nous avons l’impression en entrant dans ce roman de franchir la porte d’un lieu sacré, de recueillement.

Le soldat d’élite ne pouvait espérer trouver meilleur refuge que ce lieu géré selon la règle de Saint-Benoît afin d’aspirer à une retraite spirituelle qu’il espérait tant et même si ce refuge s’apparente à une prison dorée.

Louis Grall, avec sa poésie, nous livre de magnifiques descriptions de ce lieu où se mêlent puissance de l’océan, calme spirituel et nature sauvage au milieu desquels, l’humain a toute sa place. Car, il s’agit bien d’humanité, de relations humaines, de transmission entre Anton et les frères, comme entre le narrateur et Luc et surtout entre le narrateur à travers qui le nageur russe deviendra éternel.

Un grand merci à La manufacture de livres pour cette très belle lecture et bravo à Louis Grall qui en plus nous fait découvrir des poèmes de Gilles Baudry moine à Saint-Guénolé.

Louis Grall interviewé par France 3 Bretagne

Le site de La manufacture de livre : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/202/grall-louis-le-nageur-d-aral

L’abbaye de Landévennec : https://www.abbaye-landevennec.fr/

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