Blanc autour par Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

DARGAUD 144 pages 27/11/2020

Wilfrid Lupano (scénario) et Stéphane Fert (illustrations) nous invitent à un voyage dans le temps, aux Etats-Unis, dans les années 1830. Pour être plus précis, à Canterbury dans le Connecticut. Et ce, afin de nous conter, l’histoire de la Canterbury Female Boarding School, la première école pour jeunes filles à la peau d’ébène.

L’institutrice, Prudence Crandall (1803-1890) est enseignante dans cette école, qui n’est à la base qu’une école de filles dans laquelle un jour, vient se présenter « Sarah », une jeune fille curieuse en soif d’apprentissage. Mademoiselle Crandall décide de lui offrir une place à l’école. Mais à cette époque et même si dans ces états du nord, l’esclavage n’est plus pratiqué, le racisme est encore monnaie courante et les esprits sont toujours hantés par Nat Turner, un esclave qui savait lire et écrire et qui a mené une révolte sanglante. Les blancs, refusent cette idée et menacent d’enlever leurs enfants. L’institutrice les prendra au mot et de ce fait, elle vient de créer la première école pour jeunes filles noires.

J’ai beaucoup apprécié cette histoire basée sur des faits réels et qui m’étaient totalement inconnus. Le travail de documentation a été remarquablement mené et permet à cet album graphique d’être très instructif. De plus, les biographies de personnalités issues de cette école en post face de l’album m’a appris beaucoup de choses. Elles sont signées par Joanie DiMartino, a conservatrice du musée Prudence Crandall. J’ai été un peu moins sensible aux illustrations et surtout à la police de caractères utilisée qui ne se prête pas à la lecture dématérialisée.

Je remercie en tout cas Netgalley et les éditions Dargaud pour cette histoire de sororité dans cette Amérique où même aujourd’hui, le racisme est malheureusement toujours présent.

S’enfuir – Récit d’un otage par Guy Delisle

DARGAUD 432 pages 16/09/2016

15 années, un peu plus de 400 pages, c’est ce qu’il aura fallu à Guy Delisle pour nous raconter les 111 jours durant lesquels Christophe André a été retenu, otage, la plupart du temps attaché à un radiateur, au Caucase en 1997, où il réalisait sa première mission humanitaire pour Médecins Sans Frontières.

Le résultat est un album où les nuances de bleus et de gris nous montrent comment les quelques mois de la vie de Christophe furent ternes, silencieux, longs… Il ne se passe pas grand-chose dans sa vie, rythmée par les repas que l’on lui apporte, souvent composés de bouillon. On, ses ravisseurs, dont il ne comprend pas la langue et qu’il surnommera Thénardier, le grand, le jeune.

Pas plus surpris d’avoir été kidnappé dans ses régions dangereuses, qui nécessitent justement assistance d’ONG, il pense qu’il sera libéré en quelques jours et s’inquiète plus de risquer de faire perdre une grosse somme d’argent nécessaire à aider les gens pour payer sa rançon.

S’enfuir, c’est l’histoire d’un homme qui se retrouve confronté à la solitude, qui a peur non pas de mourir mais plutôt de causer ennuis et peines à son entourage. L’histoire d’un homme qui garde espoir en l’avenir et qui ne souhaite pas jouer au héros inutilement. L’histoire d’un homme qui garde la tête froide face au danger.

Guy Delisle, se fait la voix de Christophe André, pour nous mettre devant les yeux, ces longues journées, où coupé du monde, rien ne se passer pour Christophe. Et il réussit le tour de force de ne pas en faire un album ennuyeux.

Enfin, en ces temps où nous sommes nous tous, privés de liberté par une crise sanitaire mondiale, la lecture de S’enfuir, permet de relativiser les choses. Nous sommes cloitrés dans des logements en général plutôt confortables, en tout cas plus que d’être menotté sur une paillasse et ce, afin d’éviter de se retrouver ou d’envoyer nos proches sur un lit d’hôpital, entravés par un tas de tuyaux nous reliant à des machines sans lesquelles nous serions morts.

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