RIP – T4 – Albert – Prière de rendre l’âme sœur par Gaet’s et Monier

Éditions petit à petit – 112 pages – 27 août 2021

Toujours aussi glauque, sordide et morbide… Pour notre plus grand plaisir, reviennent les nettoyeurs de scènes de crimes.

Après Derrick, Maurice et Ahmed, au tour d’Albert de nous dévoiler ses petits secrets dans ce quatrième opus de la tellement réussie série RIP signée Gaet’s et Monier. Un tome supplémentaire qui arrive encore à nous surprendre, à renouveler le plaisir de lecture et à nous apporter des informations sur les autres personnages.

Albert, le dernier arrivé, si discret et tellement joyeux qu’il sifflote, chantonne des chansons d’amour car, Albert est amoureux de Dolores. Un coup de foudre. « Elle avait le visage d’un ange. Je l’aurais bien embrassée si elle n’avait pas eu du vomi plein la bouche. Bon, c’est vrai qu’elle était morte aussi… Ça s’fait trop pas. » Vous l’aurez compris pour Dolores, c’est moins réciproque. Difficile d’aimer quand la vie vous a quitté. Mais, pour celui qui a frôlé la mort et après de nombreuses années de coma, travaille aujourd’hui chez les nettoyeurs-pilleurs de scènes de crime, ce n’est qu’un détail.

Fil conducteur de la série, la fameuse bague disparue, refait parler d’elle et le scénario, revient sur l’assassinat d’Ahmed de l’épisode précédent. Ce tome 4 peut malgré tout, se lire indépendamment même si, je vous conseille de lire l’intégralité de la série.

L’atmosphère, les détails, glauques à souhait, sont toujours superbement mis en valeur par Julien Monier. Cet album est tout simplement une nouvelle réussite.

Le site de l’éditeur : https://www.petitapetit.fr/produit/rip-t4/

Goldorak par Dorison, Bajram, Cossu, Sentenac et Guillo

Kana éditions – 168 pages – 15 octobre 2021

Cinq passionnés, talentueux représentants du 9ᵉ art, qui s’attaquent à un mythe pouvaient soit nous enchanter, soit nous décevoir. Ils ont fait mieux et nous offrent un chef-d’œuvre.

Ainsi se terminait au bout de 74 épisodes l’aventure Goldorak…

Ils l’ont tellement aimé qu’ils sont, en partie grâce à lui, devenus scénaristes ou dessinateurs de BD. Passionnés, certainement nostalgiques, ils ont rêvé d’une suite. Courageux et assurément un peu fous, ils ont osé la faire.

Alors que la guerre entre Véga et Goldorak est un lointain souvenir, que la Terre est en paix, qu’Actarus et Phénicia sont repartis sur Euphor et que Vénusia et Alcor mènent une vie normale, surgit l’Hydragon, le plus puissant des golgoths que tout le monde pensait disparus. Dans ce chaos inattendu, les armées terriennes sont écrasées et les survivants de Véga laissent un ultimatum, le Japon doit être entièrement évacué sous sept jours sous peine d’annihilation totale. Il ne reste qu’un espoir… Goldorak.

Un peu plus de cent planches, toutes plus belles les unes que les autres alternant entre sublimes créations et reproduction de scènes de l’époque où nous découvrions sur l’unique écran de la maison, cet animé japonais. Et, ici, pas besoin de version audio, la réalité est augmentée naturellement. Les bruitages, les voix des personnages résonnent en nous, au son des Planitrons, Fulguro Poing, Astéro Hache, Corno Fulgur, Métamorphose, Goldorak Go !!!

Les auteurs ont réussi le pari fou de rendre un hommage géant à l’œuvre de Go Nagai en fraisant renaître le robot géant quadragénaire tout en respectant l’original tout en véhiculant de nobles messages, tels que la protection de notre fragile planète, la nécessité du vivre ensemble entre les peuples ou que la violence n’est pas la seule solution aux maux qui nous menacent.

Cet album nous offre l’immense bonheur de retrouver Actarus, Alcor, Vénusia, Phénicia, sans oublier Procyon, Mizar, Banta et Rigel. Des retrouvailles tellement inespérées que les Fatals Picards chantaient « Goldorak est mort ».

En bonus, une trentaine de pages ajoutées à la fin de l’ouvrage nous permettent de prolonger l’expérience en immersion dans l’atelier des artistes, de la genèse de ce projet aux souvenirs d’enfance des auteurs.

Alors merci Xavier Dorison, d’avoir eu la folie de penser que leur retour était possible et bravo à Bajram, Cossu, Sentenac et Guillo de l’avoir suivi dans cette folie.

Séquence nostalgie….
Et non !!!!!! 😁😁😁😁😁

Les fronts renversés par Marek Corbel et Cyrille Launais

Yil édition – 114 pages – 11 mars 2021

La bande dessinée, au-delà d’être divertissante, peut aussi nous apporter un regard sur notre Histoire qui, parfois reste assez inconnu du grand public. C’est ce qu’ont fait avec brio, Marke Corbel et Cyrille Launais avec Les fronts renversés.

Algérie, 1955, dans un climat révolutionnaire, le gouvernement français, souhaite déstabiliser le FLN et pour cela, monte l’opération Oiseau bleu et envoi un ancien agent des services gaullistes, Serge Derain.

L’opération sera un échec qui tournera à l’avantage des combattants pour la liberté de l’Algérie et aura des retentissements tant personnels que politiques pour l’envoyé de Paris. Nous retrouverons ce dernier bien plus tard, où devenu commissaire, il est envoyé à Rennes pour enquêter, suite à une vague d’attentats sur le FLB, le Front de Libération de la Bretagne.

Histoire, aventure, espionnage sont au rendez-vous dans cet album dessiné d’un peu plus de cent pages au scénario bien ficelé et aux dessins expressifs et colorés rendant hommage aux grandes BD polars du siècle dernier. Hommage rendu également au néo-polar et à la fameuse série noire pour le plus grand plaisir des amateurs de la littérature de genre.

Un album réussi et intéressant qui donne envie de découvrir cette Histoire commune que nous partageons avec nos amis Algériens et dans laquelle la France ne s’est pas montré exemplaire. En refermant ces pages et en attendant la suite et fin de cette histoire qui nous permet de mieux comprendre les années qui ont suivi et qui explique certainement la situation actuelle, reste l’envie de chercher à s’informer sur ce conflit.

Bravo pour leur travail commun à Corbel et Launais. Merci Marek de m’avoir permis de découvrir cet ouvrage.

Contrairement à nombre de mes chroniques, je ne mettrai pas de vidéo, mes connaissances étant fort limitées concernant ce conflit et n’ayant pas trouvé de vidéo de sources très fiables.

Lien vers le site de l’éditeur : https://yil-edition.com/produit/les-fronts-renverses/

Peau d’Homme par Hubert et Zanzim

Glénat – 160 pages – 03 Juin 2020

Roman graphique aux multiples prix mérités, Peau d’Homme navigue entre la fable, le merveilleux, l’historique, la satire, le roman social, le roman initiatique. Le talentueux et regretté Hubert aux commandes du scénario et Zanzim qui signe les dessins et la mise en couleur, nous invite à suivre Bianca à la veille de ses noces.

La Renaissance, période charnière entre Moyen Âge et époque moderne a du mal à laisser derrière elle son lourd héritage religieux pour moderniser ses mœurs. On le voit ici avec Bianca, réduite à sa condition de femme, monnaie d’échange entre deux familles pour un mariage arrangé. Seulement Bianca ne le voit pas de cet œil et, aimerait au moins, à défaut de choisir son époux, faire connaissance avec lui quelques jours avant la noce. C’est sa tante, qui en lui faisant découvrir la peau d’Homme, transmise de mère en fille, qui lui offrira un moyen de découvrir à la fois son promis, mais aussi, les codes masculins, la sexualité, le passage à l’âge adulte, dans cette ville où pèse le fanatisme religieux.

Très clairement, cet ouvrage, très réussi sur le plan graphique avec, entre autres, ces illustrations modernes qui rendent hommages aux enluminures, ne plaira pas sur le fond à tous les lecteurs. En effet, les sujets abordés, sexualité, homo-sexualité, religion, libération de la femme, tabous depuis de nombreux siècles, le sont toujours aujourd’hui et les étroits d’esprit ne sont pas près de changer. Si, en revanche, vous vous intéressez à ces sujets, l’angle choisi par les auteurs avec un parti pris assumé, permet quand même de prendre du recul et se poser les bonnes questions.

Une belle réussite qui souffre juste de quelques longueurs et dont certains contenus ne rendent pas ce roman graphique accessible aux lecteurs en dessous de 15-16 ans.

Leçon de dessin par Zanzim pour Peau d’Homme des éditions Glénat

La page de l’éditeur : https://www.glenat.com/1000-feuilles/peau-dhomme-9782344010648

Jours de Sable par Aimée de Jongh

Dargaud – 288 pages – 21 mai 2021

Énorme coup de cœur pour ce roman graphique, fiction historique se déroulant pendant la grande dépression. Les personnages et le scénario sortent de l’imagination d’Aimée de Jongh mais, prennent corps dans un décor historique authentique.

Dans ce récit, nous sommes invités à suivre John Clarck, un jeune photo-reporter de 22 ans, essayant d’exercer son métier né de sa passion pour la photo, pour survivre dans la misère du New-York de la grande dépression. Nous le rencontrons, alors qu’en retard, il fonce vers un entretien pour l’agence gouvernementale qui souhaite envoyer en mission un photographe à la rencontre des paysans du Dust Bowl, cette région dévastée du centre des États-Unis, recouverte de sable et de poussière, charriés par des tempêtes en pleine sécheresse.

Grâce à la qualité de ses photographies, il est engagé et quitte New-York, armé de son appareil photo et de son immense talent pour rejoindre le bassin de poussière. N’ayant pas eu une vie facile avec un père détestable, il sera bousculé, tant ce qu’il découvrira est inimaginable…

L’autrice, s’attaque ici à de nombreux sujets. Sociaux d’abord avec cette crise qui a suivie le krach boursier de 1929 et qui ne prendra fin que remplacée par la seconde guerre mondiale. Écologiques, avec cette région dévastée par le vent et la sécheresse, en partie causés par l’activité humaine et qui fait forcément écho avec ce que nous vivons actuellement. Politiques, avec le pouvoir des images, les photos ici et leur « mise en scène », tromperie sur la forme, mais dans le but de faire éclater la vérité.

Aimée de Jongh réalise un véritable coup de maître avec ce roman graphique, qui n’est pas sans rappeler Steinbeck et Les raisins de la colère. Cet ouvrage mérite même deux lectures, dont une où l’on ne se contente de n’admirer que les graphismes magnifiques, qui transmettent autant d’émotions, si ce n’est plus que les textes. À ces illustrations, de nombreuses photos d’époques sont ajoutées afin de nous rappeler l’authenticité des difficultés rencontrées à l’époque.

Un récit bouleversant porté par de sublimes et poignants dessins, un immense bravo à Aimée de Jongh et un grand merci à Dargaud et Netgalley pour ce service presse.

Sous titré en français…

Le site de l’éditeur : https://www.dargaud.com/bd/jours-de-sable-bda5322000

Karmen par Guillerm March

Dupuis – 160 pages – 07/02/2020

On dit souvent que lire est synonyme d’évasion. Pour certains, le besoin d’évasion est tellement grand, qu’ils commettent parfois l’irréparable en s’ôtant la vie. Karmen, à travers le suicide de Catalina, nous permet, de nous évader, pendant le temps de sa lecture, vers un après, léger et grave, coloré et sombre, une mort croquée de manière douce, poétique et sensuelle.

L’histoire que nous conte Guillem March dans Karmen, est avant tout celle de Catalina, qui, nue dans sa salle de bain, après s’être taillé les veines, à demi consciente, voit débarquer une jeune femme dans un costume de squelette, qui danse et sans pudeur, utilise bruyamment ses toilettes. Cette dernière, Karmen, l’invitera à aller se promener dans la ville. Une promenade, qui lui fera prendre conscience de son geste et peut-être de son erreur…

Les premières planches de cet album, sont assez déroutantes, on se demande où l’on met les pieds, mais très vite, par la qualité des graphismes et la profondeur du récit, nous nous retrouvons embarqués dans cette histoire, un brin philosophique, oubliant ce qui nous entoure.  

https://www.dupuis.com/karmen/bd/karmen-karmen/81460

Traces de la grande guerre par collectif

Éditions de la Gouttière – 152 pages – 05/10/2018

Traces de la grande guerre est un recueil collectif de récits graphiques, de nouvelles illustrées. Au nombre de dix-huit, elles nous plongent dans différents aspects de la première guerre mondiale, avec comme fil conducteur, le travail et le devoir de mémoire. Ainsi, de nombreux auteurs et illustrateurs, à l’aide de formats courts, de quatre à huit planches, nous racontent, la vie dans les tranchées, nous content les destins d’hommes et de femmes, nous rappellent les dégâts, physiques, psychologiques et matériels, causés par ce monstrueux conflit mondial. Comme souvent dans les recueils, l’ensemble des textes et graphismes présents dans cet ouvrage, ne plaisent pas à tout le monde. Néanmoins, cette diversité, permet de toucher un grand nombre de lecteurs.
Le travail réalisé pour réunir dans un même projet autant d’auteurs et d’illustrateurs et remarquable par la qualité de leurs œuvres et leur internationalité. Leurs récits, se déroulant tantôt à notre époque, tantôt il y a un siècle, ont en commun de nous rappeler qu’oublier, c’est risquer de reproduire les horreurs passées. Il est difficile de résumer ou donner son avis sur l’ensemble des dix-huit histoires, parmi lesquelles, « Impénétrables empreintes », « A la mine comme à la mine ! », « Jeux de guerre » ou « Mémorial » dont les graphismes nous rappellent l’univers de Tolkien qui a connu les tranchées samariennes, et « L’Allemagne doit payer » justifient à elles seules, que « Traces de la grande guerre » rejoint votre bibliothèque.

La première des histoires de ce recueil, se situe près de l’Isonzo, dans le nord de l’Italie, que nous connaissons beaucoup moins que les batailles de la Marne ou la Somme, voici donc une vidéo de l’excellent Benjamin de Nota Bene qui en parle :

Inhumain par Bajram – Mangin – Rochebrune

DUPUIS 104 pages 02/10/2020

L’exploration spatiale, la recherche de nouvelles planètes, la création d’arches de Noé futuristes pour préserver une partie de l’espèce humaine, tous ces sujets ont déjà été abordés de différentes manières. Néanmoins, le trio de créateurs -Thibaud de Rochebrune, Valérie Mangin et Denis Bajram- de ce très bel album planet opera, réussissent à nous surprendre.

Le récit, commence fort, un vaisseau d’exploration spatiale, se crash sur une planète inconnue. L’équipage n’a pour seul échappatoire que d’enfiler leurs scaphandres et de quitter l’engin au plus vite, ce dernier étant en train de sombrer dans les abysses. Les voilà donc dans une eau profonde, aux couleurs sanguines et envahie par des pieuvres marines pas du tout rassurantes…

Sauvés par miracle, les voilà sur la terre ferme, celle sableuse d’une plage, coincée entre l’océan et un immense volcan. Une plage sur laquelle ils feront la rencontre d’habitants, qui n’ont rien d’aliens, bien au contraire puisqu’ils nous ressemblent et parlent notre langue…

Notre équipage, aidé d’Ellis, l’humanoïde les accompagnant, partira dans le but de trouver un moyen de communiquer avec l’arche spatiale de laquelle en sont partis ses membres, en expédition, à la recherche de l’origine de ses humains aux coutumes primitives.

Plus qu’un simple ouvrage illustré, de toute beauté et d’un récit de SF, c’est un album qui nous amène à nous poser de nombreuses questions philosophiques qui font écho à la période que nous traversons actuellement. Doit-on pour un confort relatif, sacrifier nos libertés individuelles, notre libre arbitre, devons-nous vivre uniquement pour le bien être d’une communauté, nos journées ne servant qu’à travailler à maintenir cette société debout ?

Ces réflexions que nous amènent un ouvrage de SF, sont pour moi signe d’une grande œuvre réussie, ce qu’est Inhumain.       

Sapiens – T1 – La naissance de l’humanité par Yuval Noah Harari , Daniel Vandermeulen et Daniel Casanave

ALBIN MICHEL 248 pages 07/10/2020

Depuis tout jeune, je suis très intéressé par l’histoire de l’humanité, de l’évolution d’Homo à travers les âges et je voue une énorme admiration à Yves Coppens dont j’ai dévoré tous les ouvrages. Quand j’avais vu en rayon en librairie Sapiens, je m’étais donc jeté dessus, découvert Yuval Noah Harari et sa manière de rendre accessible cette longue transformation des humains primitifs à cet être « évolué » que nous sommes devenus.

La sortie en roman graphique de Sapiens m’a permis de me replonger dans ce best-seller publié il y a maintenant cinq années. Plus qu’une simple adaptation, c’est un essai transformé qui colle complétement au format de ce type d’ouvrage. En effet, Harari s’est associé à David Vandermeulen et Daniel Casanave qui n’en sont pas à leur première collaboration dans ce type d’ouvrage de non-fiction. Sans oublié Claire Champion qui a réalisé la mise en couleur des illustrations.

Quelle bonne idée donc que cet album qui reprend une partie des presques 500 pages de l’essai original allant de la révolution cognitive il y a 70 000 ans, avec quelques bons en arrières, à la révolution agricole il y a 12 000 ans. Cette refonte en images, permet de rendre l’ouvrage accessible aux plus jeunes ainsi qu’aux lecteurs ayant peur de se lancer dans la lecture d’un épais essai.

Plonger dans l’étude de nos origines, nous permet de comprendre notre présent et d’entrevoir un futur ou le risque d’absence de futur attendant notre espèce.

Chacun pourra se faire son avis, le mien étant plutôt pessimiste à moins qu’une nouvelle révolution de notre façon de penser ne change la donne.

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