Tableau noir du malheur par Jérémy Bouquin

Éditions du Caïman – 272 pages – 07 septembre 2021

HVS, ZEP, ZUP, CUCS, QPV, derrière toutes ces appellations, se cachent, ces quartiers défavorisés, souvent en bordure des villes, ces banlieues que, depuis quatre ou cinq décennies, les gouvernements successifs tentent de « rénover ». Seulement, malgré les promesses de « nettoyage au kärcher », le constat est le même partout ou presque, les inégalités se creusent, l’ascenseur social est en panne, les commerces ou services ont disparu. Il n’y reste bien souvent que l’école, ce lieu qui doit permettre de se sentir en sécurité, de développer ses facultés intellectuelles, d’apprendre la vie en société. L’école devrait être une oasis de quiétude au milieu du chaos qui souvent règne dans ces quartiers or, de plus en plus, les élèves sont abandonnés, lâchés par une absence de volonté politique et d’enseignants qui jettent l’éponge.

C’est ce tableau noir que nous dessine ici Jérémy Bouquin. Une école de banlieue où arrive Céline, récente veuve et maman solo d’un ado. Mutée dans cette école où elle prend en charge les grands, les CM2. Une classe difficile qui a fait fuir ou rendu malade ses prédécesseurs. Elle y trouvera des jeunes filles et jeunes garçons en décrochage scolaire total à la tête desquels, Kevin, Tanguy et Gary…

La question posée dans ce roman est « comment trouver sa place ? », celle de l’école au centre de ses quartiers, celle des jeunes qui n’ont aucune promesse d’avenir, celle de Céline, de son fils Ghislain, des jeunes enseignants sacrifiés… Attention, il ne s’agit nullement d’un essai. C’est un roman noir, de ceux qui nous interpellent, qui nous mettent face aux réalités de notre société que l’on classe facilement comme faits-divers, mais sont un profitable terreau où le Mal prend racine.

Dès les premières lignes : —Tais-toi ! Y chouine le gosse, gary. Saloperie de gamin, onze ans… On ne croirait pas, comme cela. Quand on le voit, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Et pourtant, ce môme, c’est la Diable. Oui le Diable ! La pire des saloperies. », on reconnait aisément le style de Jérémy Bouquin. Pas de blabla, une écriture vive et incisive, un rythme percutant font de « Tableau noir du malheur » un roman que l’on dévorera à toute allure et si vous êtes enseignants, il sera pour vous un formidable exutoire.

Le site de l’éditeur : https://www.editionsducaiman.fr/boutique/romans-noirs/tableau-noir-du-malheur-jeremy-bouquin.html

Le site de l’auteur : http://jrmybouquin.free.fr/

Mila de nulle part par Marie Murski

Editions In8 – 304 pages – 22 Juin 2021

Marie Murski nous entraîne dans un envoutant roman sylvicole, à la rencontre de Mila, jeune femme atypique, abîmée, rejetée, vivant isolée au milieu de la forêt, véritable personnage secondaire de ce récit poétique.

Mila, albinos à la main gauche palmée se retrouve un peu par accident sur cette Terre. Rejetée dès sa naissance par sa mère, elle erre, telle une âme en peine de famille d’accueil en famille d’accueil ou foyer. Incomprise par beaucoup, jeune adulte, elle trouvera une certaine forme de paix en emménageant dans une maison isolée en forêt, choisissant comme compagnons les arbres qui l’entourent. Eux seuls semblent connectés avec elle, ils se comprennent. Seulement, Mila n’est pas seule à vivre en ce lieu reculé et la découverte du cadavre d’un chien mutilé le lui rappellera. Elle se mettra alors en tête de découvrir l’auteur de ce crime, en plus de chercher à lever le mystère de la faute qu’aurait commise sa grand-mère, juive polonaise, déportée au camp d’Auschwitz.

Dans ce récit, avec beaucoup de poésie, l’autrice, nous plonge dans le Mal, celui qui se cache au fond de certaines âmes. Néanmoins, elle nous démontre qu’une autre voie est possible. Très vite, grâce à son talent et à une certaine magie, elle nous lie à Mila, cette jeune femme qui fait preuve d’une incroyable envie de vivre alors que tout semble se liguer contre elle. Mila est la lumière, l’étoile qui brille au milieu de l’obscurité.

Le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/921-mila-de-nulle-part

Le site de l’autrice : https://www.marie-murski.fr/

Fucking Melody par Noël Sisinni

Jigal éditions – 232 pages – 20 mai 2021

C’est fou comme les choses qu’on a jamais imaginé peuvent vite devenir familières.

Cet extrait que l’on retrouve à plusieurs reprises dans ce premier roman de Noël Sisinni, traduit à la perfection ce que l’on ressent devant ce récit, car très vite, nous sommes pris d’affection par les personnages au premier rang desquels Fiorella, « Fio » comme elle aime se faire appeler, suivie de près par Soline, clown et musicienne de génie ainsi que son compagnon Boris, talentueux dessinateur de BD puis, le Professeur Antoine Marsac, médecin empli d’humanité, se battant quotidiennement face à la maladie et la mort, frappant au hasard les enfants et adolescents soignés dans sa clinique. Très vite, au gré des phrases couchées sur les pages, dont les véritables punchlines de Fio, nous tombons également sous le charme de la plume de l’auteur, teintée de beaucoup d’esprit, parfois drôle, souvent tendre. Le tout nous est offert à un rythme infernal, page turner digne des romans des meilleurs spécialistes du genre.

Dans Fucking Melody, Noël Sisinni se fait chef d’orchestre de cette putain de mélodie, celle qui gronde au loin et telle la foudre, frappe au hasard, d’abord sur Fio, qui du haut de ses quinze ans se découvre rongée de l’intérieur par une saloperie de crabe qui l’empêchera surement de voir ses seize ans et de connaître la vie et l’amour. Par ricochet, elle entraînera avec elle, Soline l’ancienne toxicomane et surtout Boris, sur qui elle jette son dévolu, potentiel amant et futur otage de sa cavale infernale mais, c’est fou comme les choses qu’on a jamais imaginé peuvent vite devenir familières.

Les éditions Jigal ont encore déniché une pépite avec Noël Sisinni. Un grand bravo à ce dernier et un grand merci à Jimmy Gallier pour cet excellent opus doté d’une très belle couverture.

Comme Soline, ils apportent de la joie à ces enfants malades … Merci à eux.

Le site des clowns de l’espoir : https://lesclownsdelespoir.fr/

Le site de Jigal : http://polar.jigal.com/?page=liens&p=264

Panier de crabes par Laurence Biberfeld

Editions In8 – 72 pages – 22 juin 2021

Un court roman, une novella d’une soixantaine de pages, mais un récit dense, intense, bourré d’émotions proposé par Laurence Biberfeld.

Dans ce récit noir que l’on pourrait également qualifier d’anticipation, nous découvrons une France dévastée dans laquelle, l’armée a pris le pourvoir et où les femmes et hommes cernés par la mort, tentent de survivre à leur manière. Un groupe par exemple, « Les Sans Clôture » traverse les campagnes pour libérer les animaux issus des élevages abandonnés afin de leur épargner une mort atroce, les tuants avec dignité afin de s’en nourrir. Ils seront bientôt rejoints par Myriam, fuyant son passé, sa mère distante, son ancien compagnon Nathan et leur fils Benjamin, tous deux incarcérés pour avoir violé conjointement une gamine de 13 ans. Elle n’emportera avec elle qu’un passager clandestin, un crabe, s’étant établi dans ses poumons.

Au gré des déplacements de ce groupe et des rencontres que fera Myriam, nous en apprendrons un peu plus sur son histoire, sa relation avec son fils pour qui elle ne ressent plus que dégoût et sur ses compagnons de route, tel Gabin, jeune homme au sombre passé.

Laurence Biberfeld, nous fait découvrir une France post-apocalyptique qu’elle nous décrit avec poésie, rendant presque belle, par exemple, la décomposition d’un corps humain. Ses nombreuses métaphores accentuent les conséquences de l’effondrement de la société dans laquelle la mort est quotidienne et seule issue pour ces êtres en survie…

Nous ne pouvons que faire le parallèle, à l’issue de cette lecture, entre le lien maternel brisé par la perversité de son fils et ce lien qui relie notre Terre à l’humanité, véritable Panier de crabes, cancer généralisé ayant détruit notre environnement. Nous avons, nous aussi, par la perversité de l’argent rompu ce lien et commençons à en payer les conséquences.

Peut-être serons-nous obligés de devenir aussi Les Sans Clôture….

La page de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/920-panier-de-crabes

Le site de Laurence Biberfeld : https://biberfeldauteur.legtux.org/

Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance par Nick Gardel

Friends only (autoédition) – 324 pages – 04 juin 2021

Lire un roman de Nick Gardel est toujours un voyage littéraire à part. Sa plume apporte souvent de l’humour ou de la poésie dans des récits sombres, parfois violents, mais toujours teintés d’humanités. Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance en est un nouveau témoignage.

Une nouvelle fois, l’intrigue, une enquête policière sur l’horrible assassinat d’une femme bientôt suivi par un second, bien ficelée ne sert que de prétexte à y faire évoluer des personnages hauts en couleur parmi lesquels, un trio d’enquêteurs avec le très bavard Patrice Guerineau, brigadier-chef et procédurier, la bande du Fenris avec ce pharmacien italien et entre autre, Grégoire, photographe culinaire qui comme Thibaud, l’éducateur, viennent s’y assommer d’alcool pour échapper à leur vie quotidienne. Sans oublier, la truculente Gabrielle Bocage, si peu présente, mais tellement mémorable.

Néanmoins, derrière ces artifices, Nick Gardel, nous livre un roman sur deux thématiques sociales beaucoup plus profondes, l’alcoolisme et l’éducation des jeunes en marge du système scolaire. Enseignant auprès de ce type de public, l’auteur nous offre là, une part de lui-même, apportant une touche particulière à cette histoire.

Comme le souligne Nick Gardel, l’oubli n’est pas une rédemption, l’alcool n’est pas une solution. Plutôt que de vouloir échapper à la réalité en s’abreuvant de liquide alcoolisé, entourés de piliers de bar, rencontrons des personnages loufoques issus de l’imagination débordante d’auteurs talentueux. Un voyage littéraire vaut mieux qu’un voyage éthylique.

Nick Gardel, nous prouve également avec Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance qu’il est possible de produire un roman autoédité de bonne facture, travaillé et bénéficiant d’une mise en page réussie, respectant les lecteurs. Une particularité à souligner, tant les autoédités sont peu nombreux à ne pas bâcler le travail éditorial.

Pour tout savoir sur la veisalgie ….

Le site de l’auteur : http://nickgardel.e-monsite.com/

Jours de Sable par Aimée de Jongh

Dargaud – 288 pages – 21 mai 2021

Énorme coup de cœur pour ce roman graphique, fiction historique se déroulant pendant la grande dépression. Les personnages et le scénario sortent de l’imagination d’Aimée de Jongh mais, prennent corps dans un décor historique authentique.

Dans ce récit, nous sommes invités à suivre John Clarck, un jeune photo-reporter de 22 ans, essayant d’exercer son métier né de sa passion pour la photo, pour survivre dans la misère du New-York de la grande dépression. Nous le rencontrons, alors qu’en retard, il fonce vers un entretien pour l’agence gouvernementale qui souhaite envoyer en mission un photographe à la rencontre des paysans du Dust Bowl, cette région dévastée du centre des États-Unis, recouverte de sable et de poussière, charriés par des tempêtes en pleine sécheresse.

Grâce à la qualité de ses photographies, il est engagé et quitte New-York, armé de son appareil photo et de son immense talent pour rejoindre le bassin de poussière. N’ayant pas eu une vie facile avec un père détestable, il sera bousculé, tant ce qu’il découvrira est inimaginable…

L’autrice, s’attaque ici à de nombreux sujets. Sociaux d’abord avec cette crise qui a suivie le krach boursier de 1929 et qui ne prendra fin que remplacée par la seconde guerre mondiale. Écologiques, avec cette région dévastée par le vent et la sécheresse, en partie causés par l’activité humaine et qui fait forcément écho avec ce que nous vivons actuellement. Politiques, avec le pouvoir des images, les photos ici et leur « mise en scène », tromperie sur la forme, mais dans le but de faire éclater la vérité.

Aimée de Jongh réalise un véritable coup de maître avec ce roman graphique, qui n’est pas sans rappeler Steinbeck et Les raisins de la colère. Cet ouvrage mérite même deux lectures, dont une où l’on ne se contente de n’admirer que les graphismes magnifiques, qui transmettent autant d’émotions, si ce n’est plus que les textes. À ces illustrations, de nombreuses photos d’époques sont ajoutées afin de nous rappeler l’authenticité des difficultés rencontrées à l’époque.

Un récit bouleversant porté par de sublimes et poignants dessins, un immense bravo à Aimée de Jongh et un grand merci à Dargaud et Netgalley pour ce service presse.

Sous titré en français…

Le site de l’éditeur : https://www.dargaud.com/bd/jours-de-sable-bda5322000

Les seize arbres de la Somme par Lars Mytting

Actes Sud – 419 pages – 01 novembre 2017 – Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier

Une ferme isolée, à un peu plus de 150 kilomètres au nord d’Oslo en Norvège. Deux hommes, Edvard et Sverre Hirifjell. Un petit-fils et son grand-père qui vivent en quasi-autarcie, sans réelles interactions sociales, produisant pommes de terre et élevant des ovins. Tel est le décor dans lequel évolue notre protagoniste, ce jeune homme d’une vingtaine d’années Edvard, avec comme seules ombres au tableau, le partage d’un passé mystérieux, quatre jours où il a disparu à la mort de ses parents et alors qu’il était âgé de trois ans et pour son grand-père, un passé de soldat de la seconde guerre mondiale où sur le front soviétique, il portait l’uniforme allemand. Leur vie commune est plutôt bien réglée, millimétrée. Enfin, jusqu’au décès de Sverre et l’apparition d’un étrange cercueil, de toute beauté, réalisé par le travail habile d’un maître ébéniste, Einar Hirifjell, son frère, disparu de leur vie depuis si longtemps.

Désormais seul, Edvard, se posera de nombreuses questions sur son passé, son avenir. En effet, à l’âge où il doit construire sa vie, la perte de son grand-père, véritable tuteur et l’absence de fondations de son existence l’empêchent de trouver la voie, d’avancer. Il décidera donc de partir sur les traces de son passé nous entraînant dans une fresque familiale pleine de surprises, sur plus de soixante-dix ans au cours desquels ont eu lieu les deux plus grands conflits mondiaux.

Les seize arbres de la Somme est à la fois, un roman initiatique, d’aventure avec une chasse au trésor, historique et noir, social, sur les conséquences de ces guerres qui en plus de millions de morts ont laissé sur le bord de la route de trop nombreuses âmes brisées. Un roman touchant, qui nous fait voyager entre les territoires norvégiens, les îles Shetland et le nord de la France et plus particulièrement le nord de la Somme qualifié de plus grand abattoir mondial tant la der des der y fût dévastatrice.

Lars Mytting, nous offre ici un récit intéressant et complexe avec des personnages ambigus et une intrigue finement construite reprenant les codes qui font le succès des romans scandinaves. Une lecture passionnante qui malgré un rythme plutôt lent nous accroche du début à la fin.

Authuile, l’origine de l’intrigue du roman…

Le site de l’éditeur : https://www.actes-sud.fr/node/61377

Colère Jaune par Jérémy Bouquin

Editions In8 – 216 pages – 22 Avril 2021

La crise, la contestation des Gilets Jaunes, c’était il n’y a même pas trois ans, mais cela nous parait une éternité tant la crise sanitaire qui l’a suivi, étouffé, a complétement perturbé nos repères chronologiques. Jérémy Bouquin, nous replonge avec Colère Jaune, en plein cœur de cette révolte populaire, sociale, cet appel à l’aide de ceux qui souffrent, qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Ce roman, noir, social n’est pas un essai, une étude sur cette crise qui couve toujours, qui n’attend qu’une étincelle pour exploser de nouveau. C’est une fiction, réaliste, s’attachant à dresser un portrait sincère, empathique, à donner un visage, un prénom à ceux qui se cachent (en tout cas une partie d’eux) derrière ces deux mots : gilets jaunes. Ces hommes et femmes que le dernier président socialiste, qualifiait de « sans dents ». Ces travailleurs pauvres. Ces retraités oubliés. Ces étudiants à l’avenir incertain.

Nous rencontrons donc Sandrine, quarantenaire, maman seule, handicapée, un fils au lycée, précaire. Comme inscrit au marqueur sur son gilet de sécurité symbole de la contestation. Une femme voutée sous les coups du père de son fils, usée par une vie de labeur, une femme seule dans cette région de France qui ressemble à tant d’autres, ces villes de province où seules prospèrent les zones commerciales. Mais, une femme attachante, courageuse, souffrant pour donner le meilleur à son fils. Et une femme fière, travailleuse, se refusant à être vivre au crochet de la société.

Dès les premières occupations de rond-ponts, Sandrine, trouvera une famille, des oreilles attentives et compréhensives de ses problèmes, une forme de solidarité dans le froid et l’humidité de cette fin d’année 2018. Son fils Ghislain, y trouvera lui, des grands frères, des pères de substitution, apprendra à mener une grève, à se battre pour son avenir.

Jérémy Bouquin, nous livre ces portraits dans un roman rythmé, comme il en a l’habitude avec des phrases et chapitres courts et un récit où les dialogues sont très présents. Avec sa justesse, il décrit ses hommes et femmes, sans filtres, il écrit avec leurs mots à eux. Justesse que l’on retrouve également dans la neutralité du ton utilisé et du choix des personnages à l’image de notre société, ce n’est pas les bons contre les mauvais.

Gilet Jaune ou pas, ce texte, permet à tous de prendre du recul sur ce mouvement et surtout, il nous rappelle, que des Sandrine, il y en a malheureusement encore beaucoup trop autour de nous et peut être même encore plus après la crise sanitaire. Ces Sandrine, ne se battent pas pour avoir plus de pouvoir d’achat, elles se battent pour vivre dans la dignité.

Longtemps, le jaune n’a pas eu la cote : couleur de la robe de Judas, du cocu, de l’étoile jaune… Pourtant, aujourd’hui, il est devenu la couleur de prédilection des personnages de dessins animés. Avec le mouvement des gilets jaunes, le jaune commence-t-il à devenir contestataire, au même titre que le rouge ?

La page du roman sur le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/918-colere-jaune

Tarmac Blues par Gérard Carré

Jigal Éditions – 368 pages – 20 Février 2021

Souvent, nous sommes amenés à nous poser la question de ce qui différencie dans la littérature de genre, le polar, le thriller, le roman noir. Gérard Carré, avec Tarmac Blues a résolu le problème, son roman est tout cela à la fois.

Six actes, un nombre énorme de courts chapitres basés sur un personnage différent à chaque fois, donnent à ce roman qui démarre, avec l’enlèvement de la femme enceinte du commissaire Delevigne, patron de la BAND, sur les chapeaux de roues, un rythme effréné.

L’intrigue brillamment construite quant à elle, nous réserve du début à la fin des surprises et nous incite sans cesse à lire la page suivante. Gérard Carré n’est pas scénariste pour rien et il prend plaisir à vous transformer en spectateur d’un récit hyper visuel, cinématographique.

En plus de la forme maîtrisée à la perfection, le roman de Gérard Carré est profond, les personnages principaux ou secondaires sont remarquables de qualités et de défauts. Ils sont humains. Les thèmes abordés, nombreux, variés, comme le trafic de drogue, le terrorisme, la corruption, les quartiers et banlieues, l’ascenseur social ou son absence, la pédophilie, le génocide au Rwanda… permettent aux lecteurs de se retrouver face à un récit riche qui touchera le plus grand nombre.

4 ème de couverture :

Léonard Delevigne est le tout jeune patron de la BAND, branche spéciale de la brigade des Stups de Paris en charge de la lutte contre le narco-djihadisme.

Milovan Milosevic, commandant dans la même unité, est le « presque » frère de Léonard que ses parents ont adopté lorsqu’ils étaient adolescents. À l’inverse de Léonard, Milo est un homme d’action, pulsionnel et intuitif, pour qui la fin justifie souvent les moyens.

Salomé Delevigne, une brillante avocate d’origine juive hongroise, a rencontré ces deux hommes de sa vie le même jour, une vingtaine d’années auparavant. Elle les a aimés l’un et l’autre, incapable de choisir entre le cérébral et l’aventurier, jusqu’à ce que Milo s’engage dans les casques bleus de l’ONU pour laisser le champ libre à ce « presque frère » envers qui il se sent redevable.

Jüri Ostnik, alias Viking, est le parrain d’un important cartel, incarcéré à Fleury pour détention et trafic de drogue. Afin de faire pression sur son mari, Viking donne l’ordre à ses hommes d’enlever Salomé qui est enceinte et prête à accoucher de jumeaux…

Un grand merci à Jimmy Gallier et aux éditions Jigal pour ce roman/

Pour en savoir un peu plus sur ce drame horrible.

Foncez chez votre libraire indépendant ou commandez-le sur le site de l’éditeur : http://polar.jigal.com/?page=liens&p=256

La République des faibles par Gwenaël Bulteau

La Manufacture de livres – 04/02/2021 – 368 pages

Laissez-vous embarquer dans un voyage que vous n’oublierez pas de si tôt !

Le premier janvier, nous souhaitons leur fête aux Clair, les brillants, les glorieux. Seulement, en 1898, dans une France qui, sous la IIIᵉ République, n’arrive pas encore à poser de manière pérenne ses principes fondamentaux que sont la démocratie, les libertés, la laïcité, les droits sociaux, la justice pour tous, c’est l’obscurité qui va s’abattre sur la ville de Lyon avec, l’atroce découverte par un chiffonnier du corps d’un enfant sans tête.

Le commissaire Jules Soubielle sera chargé de l’enquête dans un climat de tension extrême à l’approche d’élections législatives où le socialisme naissant fait face au nationalisme et surtout l’antisémitisme exacerbé par l’affaire Dreyfus.

Le commissaire devra jongler entre ses ennuis personnels, ses équipes déchirées entre problème d’alcool et idéaux politiques, une misère sociale présente à tous les coins de rue, les secrets cachés de familles comme les Génor et les sévices subis par certains enfants.

Gwenaël Bulteau signe avec La République des faibles un magistral premier roman, récompensé par le prix Landerneau. Professeur des écoles, on ressent dans son texte l’affection et l’engagement auprès des enfants et son combat contre l’injustice sociale. Polar, roman noir, roman social, roman historique, un récit multi-facettes et une prose poétique font de ce roman un petit bijou de l’édition contemporaine.

Un grand merci aux éditions La manufacture de livres et à l’auteur pour ce magnifique roman.

Pour découvrir le Lyon de l’époque

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