L’Enfer par Marin Ledun

In8 éditions – Faction – 96 pages – 07 septembre 2021

Une nouvelle noire, historique, sans concession à lire dès 12 ans.

Dans cette nouvelle, publiée dans la nouvelle collection des éditions In8, Faction, de romans courts, engagés, accessibles aux jeunes lecteurs, Marin Ledun, nous emmène en Guyane, au milieu du XIXᵉ siècle. Il nous conte l’histoire d’Ahmed, condamné aux travaux forcés, pour avoir eu le malheur, à Oran, d’aimer Maryam. Amour qui l’aura poussé à commettre l’horrible crime, de ne pas respecter le couvre-feu. Arraché à sa terre, il sera déporté de l’autre côté de l’Atlantique afin d’y commencer une nouvelle vie pire que la mort, celle de bagnard.

Sur l’archipel des îles du Salut, il y découvrira la promiscuité, le travail sept jours sur sept sous un soleil brûlant, nourri d’une vulgaire bouillie. Sur cette terre volcanique, les journées rythmées au son des pioches qui cassent la roche, ne laisse guère place aux songes d’un avenir meilleur, ici tous sont prisonniers, les détenus, les gardiens et la famille des militaires. La liberté, c’est l’espoir et l’espoir, dans ce trou à rats, c’est un coup à devenir fou. Mais, Ahmed n’a pas encore vingt ans, et malgré, les conseils de celui qui est devenu son ami, le résigné André, il rêve d’un avenir surtout depuis qu’il a aperçu une jeune fille, tel un ange, de blanc vêtue…

Dans ce court récit, le contraste est permanent, la noirceur des pierres face à la robe d’une blancheur immaculée de Louise, la peine face au « crime » commis, la jeunesse d’Ahmed, face à l’âge avancé d’André. Un contraste qui nous rappelle celui de l’hypocrisie de notre nation, pays des Droits de l’Homme face à notre Histoire.

Avec L’Enfer, Marin Ledun, n’infantilise pas son histoire. Il nous rappelle à nous adultes, qu’ils sont capables de se forger leur opinion et surtout, que contrairement à nous, plutôt que de voiler l’Histoire pour rendre notre monde meilleur, ils sont capables comme Ahmed, de construire un futur plus juste.

Ne pas se rappeler l’Histoire, c’est reproduire les horreurs du passé….
Qui ne s’est jamais laissé enchaîner ne saura jamais c’qu’est la liberté

Le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/923-l-enfer

Nos corps étrangers par Carine Joaquim

La Manufacture de Livres – 232 pages – 07 janvier 2021

Avec Nos corps étrangers, Carine Joaquim nous offre un premier roman court, noir, d’une extrême finesse psychologique, un bouleversant récit sur ces vies parfois si banales en apparence et pourtant…

Elisabeth, Stéphane et Maeva 15 ans, forment une famille d’apparence modèle comme il en existe des milliers d’autres. Seulement, derrière d’idylliques apparences, se cachent souvent une réalité moins reluisante et malheureusement tellement banale. Leur réalité, c’est celle d’un couple qu’a fui l’amour, abîmé par la routine, les rêves inaccomplis et brisé par l’adultère de l’époux. Pour se reconstruire, ils décident de fuir cette réalité, de l’abandonner, quittant Paris, pour se donner une nouvelle chance en banlieue, à quelques dizaines de kilomètres. Seulement vingt ans ne s’effacent pas comme cela.

Ils rêvent d’un nouveau départ, s’offrent une jolie maison avec jardin et atelier. C’est là qu’Elisabeth souhaite se mettre à la peinture, une passion enfouie au fond d’elle, de ce corps devenu étranger, traumatisé par la trahison de Stéphane et qui n’accepte plus d’être nourri. Elle espère que la peinture sera une thérapie, une renaissance.

Maeva quant à elle est jeune fille qui devient femme, et doit faire connaissance avec un corps changeant, découvre les sentiments amoureux et cette nouvelle vie, loin de ses amis d’enfance tout en se remettant de la perte de sa grand-mère.

Pour Stéphane seul l’augmentation du temps passé dans les transports sera un changement notoire dans cette nouvelle vie qui ne fera pas illusion longtemps.

Carine Joaquim signe un brillant premier roman qui doucement, nous emporte jusqu’à nous happer complétement, le final est brutal, bouleversant. L’auteur aborde avec finesse de nombreux sujets tels que le handicap, l’immigration, le harcèlement, l’adolescence, l’adultère, la parentalité, le rapport du corps et de l’esprit… Beaucoup de sujets pour un court roman rythmé par une année scolaire de la vie de cette famille. Seulement, comme la vie nous le prouve trop régulièrement, le sort a tendance à s’acharner.

J’ai une nouvelle fois été bluffé par un premier roman dont la lecture dès les premières lignes m’a émotionnellement bouleversé tant ce premier chapitre résonnait en moi pour des raisons très personnelles. Néanmoins, la plume sensible de Carine Joaquim aura su transformer cette lecture en une nouvelle passionnante expérience. Comme lecteur, j’ai souvent l’impression de grandir un peu après chaque roman publié chez La Manufacture de Livre que je lis.

Un grand bravo Carine, hâte de découvrir le prochain et merci à Pierre Fourniaud de faire vivre une si belle maison et de nous permettre de découvrir autant de talents.

Quand l’amour n’est plus, il vaut parfois mieux lui dire au revoir tout simplement…

Le site de l’éditeur : https://www.lamanufacturedelivres.com/livres/fiche/191/joaquim-carine-nos-corps-etrangers

Va manger tes morts par Pascal Martin

Editions Jigal – 232 pages – 25 septembre 2021

Un dernier roman, véritable ode à la vie, pour cet auteur nous ayant récemment quitté et que je découvre avec Va manger tes morts.

Un véritable coup de poing, une lecture qui vous bouscule. Va manger tes morts est une histoire comme on en trouve trop peu. Dans ce roman noir, tout commence par une scène ordinaire, Rio Capo Ortega, comme chaque vendredi soir, déguste un excellent steak dans une brasserie parisienne. La vie de cet enquêteur en assurance est réglée comme une horloge. Mais, en cette soirée ordinaire, à une table voisine, un sale type, cogne violemment la jeune femme avec qui il partage son repas. Pourquoi Rio s’en mêle, nul ne le sait. Il ne fait malgré tout pas le poids et sera à son tour sauvé par la jeune femme, tuant l’agresseur d’une balle dans la tête devant tout le monde.

L’enquêteur à la vie si posée d’habitude, se retrouvera en cavale, accompagné par la tueuse. Seulement nos décisions prises parfois en quelques fractions de secondes peuvent avoir des conséquences énormes sur nos vies…

Véritable ode à la vie, ce récit nous donne envie de nous échapper de nos quotidiens bien rythmés. Il nous fait voyager, nous donne à réfléchir et nous fait découvrir une culture mystérieuse, celle des Gitans. En effet, Romane, la jeune tueuse, est une Gitane au langage bien particulier. Michto, bicrave, chlof, courave, gadjo, tikno… et en leitmotive Va criave tes moulos, ne sont qu’un petit échantillon du vocabulaire de Romane. Un roman quasi bilingue.

Va manger tes morts est une véritable aventure littéraire. Un roman plaisant à lire, mais avec un fond très dur mêlant traite humaine, violence extrême, règlement de compte. Parfois, suivre son instinct, ne pas prendre le temps de réfléchir à ses actes, fait exploser nos petites vies pour le meilleur ou le pire…

Pascal Martin nous aura quittés en laissant en héritage un récit débordant de vie.

Un grand merci à Jimmy Gallier et à Jigal Polar.

Le site de l’éditeur : http://polar.jigal.com/index.php?page=liens&p=269

Bancal de Nick Gardel

Auto-édition – 278 pages – 31 août 2021

Ouvrir un roman de Nick Gardel a pour moi, toujours été un plaisir. Cette suite qui n’en est pas vraiment une de Sans queue ni tête, n’échappe pas à la règle. Un régal de retrouver Jean Davis et Jean Anders accompagnés d’Aïna Fleury et de Trémeur Glascon pour une double enquête.

On commence donc avec deux victimes décédées, un éducateur spécialisé dans un accident de la route et un vieux banquier retrouvé dans une étrange position, tendance SM. Deux corps, une équipe hors du commun de quatre enquêteurs, par deux, ils auront chacun leur affaire.

Une nouvelle fois, Nick Gardel, nous entraîne dans un polar percutant, teinté d’humour et d’esprit avec en toile de fond, des thématiques fortes, telles la prostitution ou les laissés pour compte. Bancal est un plaisir à lire à a première gorgée tout en nous laissant en arrière-goût, un triste constat de notre société.

Je ne peux que vous dire de foncer sur le site de l’auteur (lien-ci dessous) et de commander Bancal au plus vite.

Le site de l’auteur : http://nickgardel.e-monsite.com/boutique/romans/bancal.html

Tableau noir du malheur par Jérémy Bouquin

Éditions du Caïman – 272 pages – 07 septembre 2021

HVS, ZEP, ZUP, CUCS, QPV, derrière toutes ces appellations, se cachent, ces quartiers défavorisés, souvent en bordure des villes, ces banlieues que, depuis quatre ou cinq décennies, les gouvernements successifs tentent de « rénover ». Seulement, malgré les promesses de « nettoyage au kärcher », le constat est le même partout ou presque, les inégalités se creusent, l’ascenseur social est en panne, les commerces ou services ont disparu. Il n’y reste bien souvent que l’école, ce lieu qui doit permettre de se sentir en sécurité, de développer ses facultés intellectuelles, d’apprendre la vie en société. L’école devrait être une oasis de quiétude au milieu du chaos qui souvent règne dans ces quartiers or, de plus en plus, les élèves sont abandonnés, lâchés par une absence de volonté politique et d’enseignants qui jettent l’éponge.

C’est ce tableau noir que nous dessine ici Jérémy Bouquin. Une école de banlieue où arrive Céline, récente veuve et maman solo d’un ado. Mutée dans cette école où elle prend en charge les grands, les CM2. Une classe difficile qui a fait fuir ou rendu malade ses prédécesseurs. Elle y trouvera des jeunes filles et jeunes garçons en décrochage scolaire total à la tête desquels, Kevin, Tanguy et Gary…

La question posée dans ce roman est « comment trouver sa place ? », celle de l’école au centre de ses quartiers, celle des jeunes qui n’ont aucune promesse d’avenir, celle de Céline, de son fils Ghislain, des jeunes enseignants sacrifiés… Attention, il ne s’agit nullement d’un essai. C’est un roman noir, de ceux qui nous interpellent, qui nous mettent face aux réalités de notre société que l’on classe facilement comme faits-divers, mais sont un profitable terreau où le Mal prend racine.

Dès les premières lignes : —Tais-toi ! Y chouine le gosse, gary. Saloperie de gamin, onze ans… On ne croirait pas, comme cela. Quand on le voit, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Et pourtant, ce môme, c’est la Diable. Oui le Diable ! La pire des saloperies. », on reconnait aisément le style de Jérémy Bouquin. Pas de blabla, une écriture vive et incisive, un rythme percutant font de « Tableau noir du malheur » un roman que l’on dévorera à toute allure et si vous êtes enseignants, il sera pour vous un formidable exutoire.

Le site de l’éditeur : https://www.editionsducaiman.fr/boutique/romans-noirs/tableau-noir-du-malheur-jeremy-bouquin.html

Le site de l’auteur : http://jrmybouquin.free.fr/

Mila de nulle part par Marie Murski

Editions In8 – 304 pages – 22 Juin 2021

Marie Murski nous entraîne dans un envoutant roman sylvicole, à la rencontre de Mila, jeune femme atypique, abîmée, rejetée, vivant isolée au milieu de la forêt, véritable personnage secondaire de ce récit poétique.

Mila, albinos à la main gauche palmée se retrouve un peu par accident sur cette Terre. Rejetée dès sa naissance par sa mère, elle erre, telle une âme en peine de famille d’accueil en famille d’accueil ou foyer. Incomprise par beaucoup, jeune adulte, elle trouvera une certaine forme de paix en emménageant dans une maison isolée en forêt, choisissant comme compagnons les arbres qui l’entourent. Eux seuls semblent connectés avec elle, ils se comprennent. Seulement, Mila n’est pas seule à vivre en ce lieu reculé et la découverte du cadavre d’un chien mutilé le lui rappellera. Elle se mettra alors en tête de découvrir l’auteur de ce crime, en plus de chercher à lever le mystère de la faute qu’aurait commise sa grand-mère, juive polonaise, déportée au camp d’Auschwitz.

Dans ce récit, avec beaucoup de poésie, l’autrice, nous plonge dans le Mal, celui qui se cache au fond de certaines âmes. Néanmoins, elle nous démontre qu’une autre voie est possible. Très vite, grâce à son talent et à une certaine magie, elle nous lie à Mila, cette jeune femme qui fait preuve d’une incroyable envie de vivre alors que tout semble se liguer contre elle. Mila est la lumière, l’étoile qui brille au milieu de l’obscurité.

Le site de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/921-mila-de-nulle-part

Le site de l’autrice : https://www.marie-murski.fr/

Fucking Melody par Noël Sisinni

Jigal éditions – 232 pages – 20 mai 2021

C’est fou comme les choses qu’on a jamais imaginé peuvent vite devenir familières.

Cet extrait que l’on retrouve à plusieurs reprises dans ce premier roman de Noël Sisinni, traduit à la perfection ce que l’on ressent devant ce récit, car très vite, nous sommes pris d’affection par les personnages au premier rang desquels Fiorella, « Fio » comme elle aime se faire appeler, suivie de près par Soline, clown et musicienne de génie ainsi que son compagnon Boris, talentueux dessinateur de BD puis, le Professeur Antoine Marsac, médecin empli d’humanité, se battant quotidiennement face à la maladie et la mort, frappant au hasard les enfants et adolescents soignés dans sa clinique. Très vite, au gré des phrases couchées sur les pages, dont les véritables punchlines de Fio, nous tombons également sous le charme de la plume de l’auteur, teintée de beaucoup d’esprit, parfois drôle, souvent tendre. Le tout nous est offert à un rythme infernal, page turner digne des romans des meilleurs spécialistes du genre.

Dans Fucking Melody, Noël Sisinni se fait chef d’orchestre de cette putain de mélodie, celle qui gronde au loin et telle la foudre, frappe au hasard, d’abord sur Fio, qui du haut de ses quinze ans se découvre rongée de l’intérieur par une saloperie de crabe qui l’empêchera surement de voir ses seize ans et de connaître la vie et l’amour. Par ricochet, elle entraînera avec elle, Soline l’ancienne toxicomane et surtout Boris, sur qui elle jette son dévolu, potentiel amant et futur otage de sa cavale infernale mais, c’est fou comme les choses qu’on a jamais imaginé peuvent vite devenir familières.

Les éditions Jigal ont encore déniché une pépite avec Noël Sisinni. Un grand bravo à ce dernier et un grand merci à Jimmy Gallier pour cet excellent opus doté d’une très belle couverture.

Comme Soline, ils apportent de la joie à ces enfants malades … Merci à eux.

Le site des clowns de l’espoir : https://lesclownsdelespoir.fr/

Le site de Jigal : http://polar.jigal.com/?page=liens&p=264

Panier de crabes par Laurence Biberfeld

Editions In8 – 72 pages – 22 juin 2021

Un court roman, une novella d’une soixantaine de pages, mais un récit dense, intense, bourré d’émotions proposé par Laurence Biberfeld.

Dans ce récit noir que l’on pourrait également qualifier d’anticipation, nous découvrons une France dévastée dans laquelle, l’armée a pris le pourvoir et où les femmes et hommes cernés par la mort, tentent de survivre à leur manière. Un groupe par exemple, « Les Sans Clôture » traverse les campagnes pour libérer les animaux issus des élevages abandonnés afin de leur épargner une mort atroce, les tuants avec dignité afin de s’en nourrir. Ils seront bientôt rejoints par Myriam, fuyant son passé, sa mère distante, son ancien compagnon Nathan et leur fils Benjamin, tous deux incarcérés pour avoir violé conjointement une gamine de 13 ans. Elle n’emportera avec elle qu’un passager clandestin, un crabe, s’étant établi dans ses poumons.

Au gré des déplacements de ce groupe et des rencontres que fera Myriam, nous en apprendrons un peu plus sur son histoire, sa relation avec son fils pour qui elle ne ressent plus que dégoût et sur ses compagnons de route, tel Gabin, jeune homme au sombre passé.

Laurence Biberfeld, nous fait découvrir une France post-apocalyptique qu’elle nous décrit avec poésie, rendant presque belle, par exemple, la décomposition d’un corps humain. Ses nombreuses métaphores accentuent les conséquences de l’effondrement de la société dans laquelle la mort est quotidienne et seule issue pour ces êtres en survie…

Nous ne pouvons que faire le parallèle, à l’issue de cette lecture, entre le lien maternel brisé par la perversité de son fils et ce lien qui relie notre Terre à l’humanité, véritable Panier de crabes, cancer généralisé ayant détruit notre environnement. Nous avons, nous aussi, par la perversité de l’argent rompu ce lien et commençons à en payer les conséquences.

Peut-être serons-nous obligés de devenir aussi Les Sans Clôture….

La page de l’éditeur : https://www.editionsin8.com/catalogue/livre/920-panier-de-crabes

Le site de Laurence Biberfeld : https://biberfeldauteur.legtux.org/

Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance par Nick Gardel

Friends only (autoédition) – 324 pages – 04 juin 2021

Lire un roman de Nick Gardel est toujours un voyage littéraire à part. Sa plume apporte souvent de l’humour ou de la poésie dans des récits sombres, parfois violents, mais toujours teintés d’humanités. Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance en est un nouveau témoignage.

Une nouvelle fois, l’intrigue, une enquête policière sur l’horrible assassinat d’une femme bientôt suivi par un second, bien ficelée ne sert que de prétexte à y faire évoluer des personnages hauts en couleur parmi lesquels, un trio d’enquêteurs avec le très bavard Patrice Guerineau, brigadier-chef et procédurier, la bande du Fenris avec ce pharmacien italien et entre autre, Grégoire, photographe culinaire qui comme Thibaud, l’éducateur, viennent s’y assommer d’alcool pour échapper à leur vie quotidienne. Sans oublier, la truculente Gabrielle Bocage, si peu présente, mais tellement mémorable.

Néanmoins, derrière ces artifices, Nick Gardel, nous livre un roman sur deux thématiques sociales beaucoup plus profondes, l’alcoolisme et l’éducation des jeunes en marge du système scolaire. Enseignant auprès de ce type de public, l’auteur nous offre là, une part de lui-même, apportant une touche particulière à cette histoire.

Comme le souligne Nick Gardel, l’oubli n’est pas une rédemption, l’alcool n’est pas une solution. Plutôt que de vouloir échapper à la réalité en s’abreuvant de liquide alcoolisé, entourés de piliers de bar, rencontrons des personnages loufoques issus de l’imagination débordante d’auteurs talentueux. Un voyage littéraire vaut mieux qu’un voyage éthylique.

Nick Gardel, nous prouve également avec Ceux qui boivent pour oublier sont priés de payer d’avance qu’il est possible de produire un roman autoédité de bonne facture, travaillé et bénéficiant d’une mise en page réussie, respectant les lecteurs. Une particularité à souligner, tant les autoédités sont peu nombreux à ne pas bâcler le travail éditorial.

Pour tout savoir sur la veisalgie ….

Le site de l’auteur : http://nickgardel.e-monsite.com/

Jours de Sable par Aimée de Jongh

Dargaud – 288 pages – 21 mai 2021

Énorme coup de cœur pour ce roman graphique, fiction historique se déroulant pendant la grande dépression. Les personnages et le scénario sortent de l’imagination d’Aimée de Jongh mais, prennent corps dans un décor historique authentique.

Dans ce récit, nous sommes invités à suivre John Clarck, un jeune photo-reporter de 22 ans, essayant d’exercer son métier né de sa passion pour la photo, pour survivre dans la misère du New-York de la grande dépression. Nous le rencontrons, alors qu’en retard, il fonce vers un entretien pour l’agence gouvernementale qui souhaite envoyer en mission un photographe à la rencontre des paysans du Dust Bowl, cette région dévastée du centre des États-Unis, recouverte de sable et de poussière, charriés par des tempêtes en pleine sécheresse.

Grâce à la qualité de ses photographies, il est engagé et quitte New-York, armé de son appareil photo et de son immense talent pour rejoindre le bassin de poussière. N’ayant pas eu une vie facile avec un père détestable, il sera bousculé, tant ce qu’il découvrira est inimaginable…

L’autrice, s’attaque ici à de nombreux sujets. Sociaux d’abord avec cette crise qui a suivie le krach boursier de 1929 et qui ne prendra fin que remplacée par la seconde guerre mondiale. Écologiques, avec cette région dévastée par le vent et la sécheresse, en partie causés par l’activité humaine et qui fait forcément écho avec ce que nous vivons actuellement. Politiques, avec le pouvoir des images, les photos ici et leur « mise en scène », tromperie sur la forme, mais dans le but de faire éclater la vérité.

Aimée de Jongh réalise un véritable coup de maître avec ce roman graphique, qui n’est pas sans rappeler Steinbeck et Les raisins de la colère. Cet ouvrage mérite même deux lectures, dont une où l’on ne se contente de n’admirer que les graphismes magnifiques, qui transmettent autant d’émotions, si ce n’est plus que les textes. À ces illustrations, de nombreuses photos d’époques sont ajoutées afin de nous rappeler l’authenticité des difficultés rencontrées à l’époque.

Un récit bouleversant porté par de sublimes et poignants dessins, un immense bravo à Aimée de Jongh et un grand merci à Dargaud et Netgalley pour ce service presse.

Sous titré en français…

Le site de l’éditeur : https://www.dargaud.com/bd/jours-de-sable-bda5322000

Un Site WordPress.com.

Retour en haut ↑